‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 19 sur 138 · Tallemant, Historiettes, t. IV, p · texte numérisé non relu

Tallemant, Historiettes, t. IV, p

était quelque c!iose comme une massue trempée dans la boue. Balzac, renversé tout d'abord, finit par se relever, mais ne riposta point Aux coups succédèrent les coups, venant de toutes parts. Bautru disait qu'il fallait « être bien attractif d'injures », pour se mettre sur les bras de si nombreuses attaques. L'auteur du « Socrate chrétien » prit le parti de se glorifier de la tempête qu'il avait déchaînée. Il écrivit la lettre suivante au chancelier Séguier, qui venait d'empêcher la puMication d'un nouveau pamphlet :

« Tant qu'il ne se présentera au sceau que de ces gladiateurs de plume, ne soyez point avare des grâces du prince, et relâchez un peu de votre sévérité. Si la cliosc étoit nouvelle, il se peut que je ne serois pas fâché de la suppression du premier libelle qui me diroit des injures; mais à cette heure qu'il y en a pour le moins une médiocre bibliothèque, Je suis presque bien aise qu'elle se grossisse et prends plaisir à faire une monjoye des pierres que l'envie m'a jetées sans me faire mal (i). »

La réputation que Voiture s'était acquise par ses Lettres pesait au « grand épistolier ». 11 en perdait le sommeil, il en perdit la vie, si Segrais dit vrai. — Il imita les envieux dont il parle dans sa lettre au chancelier, et « jeta des pierres » à un homme qui l'avait tiré d'un mauvais pas avec une délicatesse et une générosité sans exemple. Qui ne se rappelle ce fameux billet :

« Je, soussigné, confesse devoir à M. de Balzai", la somme de 800 écus pour le plaisir qu'il m'a fait de m'en emprunter 400. »

Voilà qui est noble, voilà qui est grand. Mais, hélas! lajalojsie passe l'éponge là-dessus, et Girac est lancé aux mollets de Voiture dont Costar prend la défense, avec une vigueur couronnée de succès.

Richelieu, qui n'aimait pas la prose, tenait Balzac en très faible estime. II lui gardait d'ailleurs rancune, pour n'avoir placé sous son haut patronage ni le Prince ni les Li'ttn-s. L'amour-

I. Quarante-troisième lettre du XVl'^ livre. Œuvres 1663 , in-fol., \. I, p. 710.

SALONS ET CABARETS }j

propre du cardinal-ministre était piqué au vif. L'homme puissant, habitué aux génuflexions de tous les porte-plumes, s'étonnait et s'irritait de rencontrer un scribe qui ne fut pas son thuriféraire. 11 s'en plaignit en ces termes à Bois-Robert : « Se croit-il assez grand seigneur pour ne pas dédier ses livres ? » La fierté de Balzac devait s'adoucir avec le temps. Ménage nous le montre quêtant les faveurs.

«< M. de Balzac, dit-il, étoit toujours malade ou valétudinaire . Un jour, faisant sa cour à M. le cardinal de Richelieu en présence de M. de Bautru, ce ministre lui demanda s'il ne se portoit point mieux. M. de Bautru, sans donner le temps à M, de Balzac de parler, dit à M. le cardinal : Comment pourroit-il bien se porter ? il ne parle que de lui-même, et à chaque fois il met le chapeau à la main, cela l'enrhume. Quoique M. de Bautru fût son ami, M. de Balzac ne laissa pas d'être très mécontent de ce qu'il lui avoit rendu un si mauvais office auprès de M. le cardinal de Richelieu, dont il espéroit quelque chose. M. de Balzac avoit premièrement aspiré à êtreévêque 11 se retrancha ensuite à devenir abbé; mais il ne réussit à pas un de ses desseins. 11 a même écrit dans quelqu'un de ses ouvrages qu'il ne seroit jamais abbé, à moins qu'il ne fonrlât l'abbaye. Quoiqu'il eût des incommodités presque continuelles, ajoute Ménage, cela n'empêchdit pas que sa conversation ne fût très agréable. Il étoit affable, caressant. On étoit ravi de le voir; il portoit son cœur sur ses lèvres; il embrassoit et caressoit avec tendresse. C'est dommage que sur la fin de sa vie il se mit si fort dans la dévotion, qu'il entra dans un couvent de capucins où il vouloit prendre rhabit (i). »

D'aucuns ont prétendu qu'il demanda de mourir dans l'habit de saint François. C'est le sceptique Bayle qui le premier fit courir ce mauvais bruit.

Nous l'avons dit, Balzac était une des figuresgraves de l'hôtel de Rambouillet. En compagnie de Condé et de Corneille, il se tenait

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