Ménagiana, t. I, p. 137, 13S
dans un coin du salon bleu, et discutait sur Rome et les Romains.
M. le Prince, après avoir applaudi aux gajetês de Voiture, aimait à se retremper dans une conversation sérieuse. « La grandeur de son esprit surpassait la grandeur de son courage (1% » Il s'élevait aux plus hautes considérations, et étonnait ses illustres interlocuteurs par les éclairs de son intelligence supéiieure. Hâtons-nous d'ajouter que. Corneille et Balzac disparus, il reprenait bien vite le ton dégagé qui était le fond de son caractère. Il avait de Tcntrain et jetait le mot avec aisance et à propos. On raconte que, traversant la Bourgogne, il eut la fantaisie de voir « un possédé » qui faisait quelque tapage. On en disait des merveilles. M. le Prince sentit la farce sous le miracle et nargua le possédé, qui, furieux, fit mine de se précipiter sur lui.
— Monsieur le diable, s'écria Condé en brandissant sa canne, si tu me touches, je t'avertis que je rosserai bien ton étui.
Ce fut fait de la diablerie.
Le frère de Mademoiselle de Bourbon était un des plus chauds admirateurs de Corneille. A la première représentation de Cinna, il laissa éclater ses sanglots à ces magnifiques vers :
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie, etc.
Avant de livrer ses pièces au théâtre. Corneille les lisait rue Saint-Thomas-du-Louvre. Sa mauvaise diction en voilait les beautés. v< II ne faut l'entendre qu'à l'hôtel de Bourgogne, » disait Conde.
« Avoir M. de Corneille, écrit Vigncul-Marville ^'Bonaventure d'Argonne), on ne l'auroit pas pris pour un homme qui faisoit si bien parler les Grecs et les Romains, et qui donnoit un si grand relief aux sentiments et aux pensées des héros. La première fois que je le vis, je le pris pour un marchand de Rouen... La nature, qui lui avoit été si libérale en des choses extraordi-