I. Jugements des sçavauts, t. V, p
Après publication, ces vers furent remplacés par les suivants :
Depuis vingt ans on parle d'elle, Dans dix mois on n'en dira rien.
Cette flèche était sortie du carquois de Linière, que le naïf Chapelain avait blessé autrefois par sa franchise.
— Monsieur le chevalier, lui avait-il dit, vous avez beaucoup d'esprit et de bonne rentes. C'en est assez, croyez-moi, ne faites point de vers. La qualité de poète est méprisable dans un homme de qualité comme vous (i).
La chute de l'auteur de la Pucelle ne peut se comparer à aucune chute. Après l'avoir vanté, « paranymphé », outre mesure, on ne se contentapasdele fustiger, on le dépeça tout vivant. Mais il avait une force d "âme que rien ne pouvait abattre. Que lui reprochait la critique? Le plan? non, l'exécution. Vétilles que cela! II a laissé douze chants manuscrits, précédés d'une préface où s'étale cette phrase pleine de dédain : « Qiiant aux vers et au langage, ce sont des instruments de si petite considération dans l'épopée, qu'ils ne méritent pas que de si grands juges s'y arrêtent. » 11 finit par déclarer, du haut de son pégase poussif, qu'il prend « l'univers pour théâtre et l'éternité pour spectatrice ».
En attendant les battements de mains de l'éternité, Chapelain battait monnaie chez son libraire. Il reçut de Courbé mille écus, après avoir touché pendant vingt ans deux mille livres de M. de Longueville, sans compter les bénéfices que Bois-Robert lui avait fait obtenir. On peut dire que Chapelain vécut et mourut de la P«c^//^. Madame de Longueville ne partageait pas l'engouement de son mari pour ce poème rocailleux et sottement burlesque, où pullulent des vers de cet acabit :
L'Anglois sur elle tonne, et tonne à grands éclats ; Mais, pour tonner sur elle, il ne l'étonné pas.
Pauvre Jeanne! n'était-ce donc pas assez d'avoir été torturée par l'évèque Cauchon !