I. Boileau, Œuvrfs, 1747. t. V, p
Madame de Longueville disait, pour ne pas trop blesser M. de Montausier, un des fanatiques de la Piicclle :
— Cela est parfaitement beau, mais cela est parfaitement ennuyeux.
Cet ouvrage indigeste et soporifique se vendait quinze francs, petit format, et vingt-cinq, grand format. Chapelain, en sa qualitéd'avare, « s'avisa d'une belle invention, ditTalIemant ; il associa deux personnes pour ne leur donner qu'un exemplaire au lieu de deux, comme à Madame d'Avangour et à Mademoiselle de Vertus, sa belle-sœur, qui, quoiqu'elles fussent alors à Paris ensemble, sont pourtant pour l'ordinaire fort éloignées Tune de l'autre, car la première demeure en Bretagne et l'autre ici; comme à M. Patru et à moi, qui sommes logés à une lieue l'un de l'autre; à M.Pellisson et à un de ses amis qui est secrétaire de Bordeaux, ambassadeur en Angleterre. 11 en a donné même quelques-uns à condition de le laisser lire à tel et à tel; mais à ceux qu'il craignoit, à des pestes, il leur en a donné un tout entier, comme à Scarron, à Boileau (Gilles), Furetièrcs et autres (i). »
Chapelain fut avaricieux jusqu'au bout: il périt bravement sur la brèche. Nul n'était plus ponctuel que lui à l'Académie. Un jour qu'il s'y rendait parunepluie battante, il rencontra rue Saint- Honoré un ruisseau si largequ'il ne pouvait le franchir. Une planche était là, mais un sou était le prix du passage. Il attendit que l'eau s'écoulât; mais trois heures approchaient, et les jetons de présence allaient être perdus. Que faire? Chapelain prend une résolution stoïque : il entre dans l'eau, à mi-jambe, aux applaudissements narquois des polissons du quartier, et arrive tout trempé à l'Académie, ou il dissimule ses jambes avec soin, au lieu d'aller les sécher à la cheminée. On ne joue pas impunément un pareil jeu à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il mourut quelques jours après, laissant cent mille écus de fortune, dont plus de deux cent mille livres en argent comptant.
Peu de poètes ont réjoui à ce point le cœur de leurs héritiers;