I. Hist. amour, des Gaules, édition de 1829, t. I, p
quatre-vingt-dix chevaux. Ces derniers sont plus ou moins écloppés. Qu'importe? le comte de la Suze ne prend souci de rien, ni de sa fortune entamée, ni de sa femme partagée. 11 s'en est allé vivre solitairement à Brisach, et la comtesse, née comme lui dans la religion calviniste, s'est convertie au catholicisme, « afin, dit la reine Christine, de ne voir son mari ni dans ce monde ni dans l'autre ». En revanche, elle se prodigue à droite et à gauche. Selon Tallemant, « il y va tant de gens que c'est une vraie cohue (ii ». On ne compte plus ses amants. Hier, c'était Laeger, aujourd'hui c'est de Lude, demain ce sera Saintd'Hierry, qui aura d'Hacqueville pour successeur.
Le jovial marquis de Sévigné montre, en riant, ce couple enflammé à la malicieuse Madame Cornuel, qui lui dénonce, à son tour, Ménage tenant une des mains de Madame de Sévigné dans les siennes. Marie de Rabutin-Chantal finit par retirer ce qu'elle avait abandonné par distraction, et Pelletier dit au pédant langoureux :
— Voilà le plus bel ouvrage qui soit sorti de vos mains. Marigny le jeune, et le gros abbé de Montreuil, surnommé le
hanneton, applaudissent bruyamment à cette saillie. Sévigné leur prête le concours de son rire sonore. Quant au pauvre Ménage, il est tout penaud, et semble méditer quelque épigramme latine ou grecque. On s'assemble autour de lui, on l'assassine de regards railleurs. La marquise a pitié de la situation embarrassée de son « mourant ». Elle l'en tire... en l'embrassant follement.
— C'est ainsi, dit-elle, qu'on baisoit dans la primitive Eglise. Ce baiser retentit comme un soufflet sur la joue du chevalier
de Méré, grand conquérant de ruelles, dont la galanterie pleine de fatuité a subi un honteux échec auprès de la spirituelle épistolière. 11 se cabre
Comme un coq qui s'apprête à jouer de l'ergot (2).
La jalousie gratuite de cet amant contraste fort avec l'attitude