‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 33 sur 138 · Brottier, Paroles mcinorahks, p · texte numérisé non relu

Brottier, Paroles mcinorahks, p

SALONS ET CABARETS Ol .

Rabutin le chapitre de la Gaule amoureuse intitulé la France italienne. Louis XllI, sorte de contrefaçon d'Henri iil, les avait devancés dans cette voie, couvrant ses vices du manteau de la religion qui couvre tout.

L'esprit de la Ligue n'était qu'endoimi. 11 se réveilla le jour de la mort du maréchal d'Ancre. Les gens du peuple, les bourgeois et les prêtres applaudirent à l'assassinat, ou plutôt au châtiment, car, selon les uns et les autres, le roi faisait acte de justice, et de justice éclatante. Dans la personne du prodigue, du voluptueux, de l'impie Concini, il condamnait et frappait les débordements et l'irréligion de toute la race des courtisans.

« Ne point payer ses dettes quand on est aux champs : faire le petit roi, lever des contributions sur ses vassaux; faire travailler à corvées, frapper l'un, battre l'autre, faire des mariages à leur plaisir ; c'est pitié que d'avoir à vivre avec eux. La guerre vientelle; on capitule avec le roi, ne le sert qu'en payant, prend tout pour soi, appointe ces pauvres malotrus soldats (en petit nombre) à courir la poule et dénicher les cochons de nos fermes, n'y rien laisser que ce qu'ils ne peuvent avaler ou emporter; et le pauvre manant et sa déplorable famille courbent sous ce faix insupportable (i). »

Voilà ce que disait un pamphlet écrit sous l'inspiration de la bourgeoisie et du peuple. Quant au clergé, il témoignait de la plus vive exaspération. Le mot de Bois-Yvon lui était entré, comme une flèche, en pleine chair. Cet impie, écho des autres courtisans, s'était oublié jusqu'à dire à un prédicateur qui avait abusé dans son sermon du Deus ex machina:

— Ne me parlez pas tant de Dieu; vous m'en dégoûteriez !

La mesure était comble. Garasse n'a plus devant lui ces indifférents dont il esquisse ainsi le poitrait :

« Ils vont quelquefois à la messe, quand ils s'en souviennent; quelquefois ils se confessent, Dieu sait comment; quelquefois ils fréquentent les religieux, pour leur demander à l'oreille s'ils

I . Poiirmenade des Bonshommes, ou le Jugement de notre siècle.

croient en Dieu ; ils entendent quelquefois les prédications pour les traduire en risée, lorsqu'ils sont échauffés de vin... (i) »

Le rire avait complètement déraciné la foi; les loustics étaient de francs athées. « Il est temps de frapper un grand coup i , se dit alors Garasse ; et, rassemblant toutes ses forces, il pousse à pleine poitrine son formidable cri d'extermination : « Allez dan s le feu, méchants! »

Théophile de Viau fut le bouc émissaire de toutes les haines et de toutes les vengeances. L'orage, passant sur les tètes des libertins de cour, éclata sur lui seul. Le poète paya pour les grands seigneurs. C'était justice. N'était-il pas le plus riche? N'était-ce pas lui qui avait donné le branle à leur gaieté par ses inépuisables railleries? 11 les avait tous entretenus, marquis et ducs, de son propre fonds. Quand un bon mot fendait l'air, on savait qu'il sortait de la bouche de Théophile. Ce n'était pas que les courtisans manquassent d'esprit; mais notre Gascon en avait plus que tout le monde. 11 donnait d'avance un éclatant démenti au mot de M. de Talleyrand, bon mot, du reste, niaisement fameux, car la foule n'est qu'une grande sotte. On le fit donc l'éditeur responsable de toutes les joyeusetés impies qui circulaient au Louvre et semaient le rire autour d'un trône où siégeait l'ennui. Le père Caussin fut chargé d'ouvrir le feu. Confesseur du roi, il troubla cette âme timorée et lui arracha la disgrâce de Théophile. Ce dernier, qui savait lire sur les physionomies, n'attendit pas que la colère du roi se manifestât en paroles et en actes. « Le porte-drapeau des libertins et des athées », comme l'appelle un auxiliaire du père Caussin (2;, suivit le conseil de ses amis et s'enfuit dans la direction de l'Angleterre. C'était en mai 1619. 11 fut retenu quelque temps à Calais par une violente tempête qui lui inspira une pièce de vers dont nous extrayons la strophe suivante :

1. Doctrine curieuse des beaux esprits de ce teiiif'S ou prétendus tels... p. 215.

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