I. Lettre du 4 novembre
8o RUELLES
Théophile consacra les longues heures de la prison à composer ses /Ipologies, dont la réplique à Balzac est un remarquable échantillon. 11 donna tort au père Rapin, qui dit, dans un endroit de ses Reflexions, « que ce poète ne s'est piqué que d'esprit, et qu'il a fait son capital de son imagination (i) ».
On ne rencontre aucune trace de colère dans la défense de Théophile. Le style en est mesuré, ferme et incisif. Une dialeclique serrée y prend corps à corps les injures et les mensonges de l'attaque. Tout cet échafaudage de preuves ramassées dans la fange croule comme un château de cartes. Quelle est la base de l'accusation? Des témoins subornés. Le père Voisin a pieusement racolé et soudoyé des chenapans tels que Bonnet, Sajot, Guibert et autres. 11 s'est laissé emporter par l'intempérance de son zèle sur une voie qui mène aujourd'hui aux galères. Théophile met froidement le pied sur Voisin et l'écrase comme une bête venimeuse. Raynaud et Garasse ont le même sort. Quant au parlement, de Viau nous le montre obéissant en esclave aux haines d'une légion de cuistres. 11 fait enfin le procès au procès et réduit à néant toutes les pièces. Quoi qu'il en soit, on le retient deux années dans le cachot humide et ténébreux de Ravaillac. Il en sort le \'^' septembre 1625, banni et mourant.
Grâce au duc de Montmorency, Théophile reçut un adoucissement à sa peine et put se retirer à Chantilly, où, un an après sa délivrance, il rendit le dernier soupir entre ses deux amis. Desbarreaux et Mairet. 11 n'avait que trente-six ans.
Sa mort a donné lieu à plusieurs versions. On prétend, d'abord, qu'attaqué d'une fièvre tierce à Senlis, il but, pendant l'accès, deux bouteilles de vin d'Espagne, qui le firent passer de vie à trépas. D'un autre côté, Chorier raconte, dans son livre sur Pierre de Boissat :
« Que Théophile, étant au lit de la mort et recevant la visite de son ami Boissat, lui témoigna une extrême envie de manger des anchois. Celui-ci, qui croyoit ce mets fort contraire à un