‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 46 sur 138 · Mémoires-anecdotes, p · texte numérisé non relu

Mémoires-anecdotes, p

esprit à ceux qui prêtent de l'argent. Le mot est d'un débiteur sans vergogne, un de ces auteurs païens que Charles Perrault mordit à belles dents et que nos rats d'église ont essayé de grignoter.

Peu de temps après l'orgie de Saint-Cloud, la société des impies n'existait plus. Disons les métamorphoses qui s'opérèrent dans la vie de quelques-uns de ses membres. C'est l'éternelle histoire du diable devenu vieux... L'impuissance parfois se nomme vertu.

Saint-Pavin « se fit hermite », converti par la goutte. Ses hymnes lui rapportèrent de bons bénéfices. 11 ne changea pas de caractère, du reste, en changeant de peau, et se montra toujours digne de l'épitaphe composée par Gaspard de Fieubet, cet autre viveur qui se retira chez les camaldules de Grosbois :

Sous ce tombeau gît Saint-Pavin :

Donne des larmes à sa fin.

Tu fus de ses amis, peut-être?

Pleure ton sort avec le sien.

Tu n'en fus pas? Pleure le tien, Passant, d'avoir manqué d'en être.

Frénicle, chez qui Chapelain avait reconnu « une veine aisée, mais sans fond et sans élévation, » Frénicle couvrit d'un cilice la muse du Tramasse Satjyrique, et la condamna, pour pénitence, à travestir les psaumes de David en vers plats et saugrenus. C'est le comble de la macération. Une intempérance de zèle religieux le conduisit au suicide. Il mourut d'un long bâillement, provoqué par la lecture de ses propres paraphrases.

Patrix rentra aussi dans le giron de l'Église. Il dut sa conversion à un miracle devenu banal de nos jours. Le fait est attesté par Segrais. Patrix, qui avait suivi Monsieur en Flandre, habitait le château d'Egmont. Un jour qu'il heurtait à la chambre d'un officier de ses amis et qu'il ne recevait pas de réponse, il tourna la clef qui se trouvait à la porte et fut frappé, en entrant, par le spectacle d'un homme atterré et immobile.

« L'officier, revenant à lui, dit : Vous ne seriez pas moins surpris que je le suis, si vous aviez vu comme moi le livre que vous voyez en cet endroit-là y passer tout seul et les feuillets se tourner d'eux-mêmes, sansque je visse autrechose. C'étoit lelivre de Cardan, de la Subtilité. — Bon, lui dit M. Patrix, vous vous moquez; vous aviez l'imagination remplie de ce que vous veniez de lire, vous vous êtes levé de votre place; vous avez mis vousmême le livre à la place où il est; vous êtes revenu ensuite vous remettre en votre place ; et ne trouvant plus votre livre auprès de vous, vous avez cru qu'il étoit allé là tout seul. — Ce que je vous dis est très vrai, reprit l'officier ; et pour marque que ce n'est pas une vision, c'est que la porte que voilà s'est ouverte et refermée, et c'est par là que l'esprit s'est retiré, M. Patrix alla ouvrir cette porte, qui étoit celle d'une galerie assez longue, au bout de laquelle il y avoit une grande chaise de bois fort pesante, tant que deux hommes auroient pu porter, et il n'y avoit autre chose; il vit que cette chaise se branla et quitta sa place en venant vers lui comme soutenue en l'air; ce fut alors que M. Patrix dit : — Monsieur le diable, les intérêts de Dieu à part, je suis bien votre serviteur, mais je vous prie de ne me pas faire peur d'avantage. Et la chaise retourna à la même place d'où elle était venue. Cela fit une forte impression sur l'esprit de M, Patrix et ne contribua pas peu à le faire dévot (i). »

Ce passage des Mémoires de Segrais prouve que les chaisej ont tourné avant les tables. Patrix, épouvanté par le singulier prodige dont il avait été témoin, se jeta tout tremblant dans les bras de la foi. Il déplora ses égarements passés, et, pour les racheter , composa des poésies religieuses, qu'il intitula : La Miséricorde de Dieu sur la conduite d'un pécheur pénitent. Ces vers, selon l'évêque d'Avranches, son compatriote, « sentent le terroir normand et le déclin de l'âge. » On en cite pourtant que Patrix aurait improvisés à l'iieure de la mort et dont la touche est loin de manquer d'énergie; ils sont plus célèbres que connus :

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