I. Tallemant, Historiettes, t. VII, p. 237 et suiv
vieil ami Marc-Antoine de Saint-Amant, il le leçut donc à cœur ouvert, et lui Offrit aide et protection. L'abbé tint parole. Il recommanda chaleureusement le poète à la princesse, devenue reine de Pologne et qui « le retint au nombre des gentilshommes de sa maison, avec une pension de trois mille livres, qu'elle lui octroya par brevet qu'elle fit expédier exprès (i}». Saint-Amant était radieux comme s'il eût arrêté la roue de la Fortune. 11 gambadait, et, dans l'ivresse de sa joie, se faisait par anticipation appeler « Saint-Amanski ». 11 s'éciie avec une expansion tout enfantine, dans une épitre adressée à M. Desnoyers, secrétaire des commandements de la reine :
Il m'entre en la pensée,
Si vers le Nord ma fortune est poussée. Si la Vistule à mes yeux se fait voir. Comme le ciel m'en a donné l'espoir.
De me vêtir en noble et fier Sarmate, D'un beau velours dont la couleur éclate. Qui, grave et doux sur un poil précieux, Rende mon port superbe et gracieux; D'armer mon flanc d'un riche et courbe sabre ; De m'agrandir sur un turc qui se cabre. De transformer mon feutre en un bonnet, Qui tienne chaud mon crâne rasé net; De suivre en tout la polonoise mode.
Jusqu'à la botte au marcher incommode, Jusqu'aux festins où tu dis qu'on boit tant, Ht dont l'excès m'étonne en me flattant
Tandis que le Gros gagnait la Pologne en qualité de conseiller d'État, le Rond battait les Espagnols à Valenciennes, et le Vieux, de retour à Paris, mettait la main à VHontiéte homme. La confrérie des monosyllabes était à Jamais dissoute.
Pour payer les honneurs dont il était comblé, Saint-Amant dédia son Moïse à Marie de Gonzague, qui, tout engouée du poète, le chargea d'assister en son nom au couronnement de l.i