I. Tallemant, Historiettes, t. 1. p
Sur la réponse affirmative du grand écuyer, il ajouta :
— Ma foi, je vous envie plus cela que votre duché-pairie.
On ne l'appelait chez M. de Bellegarde que « le père Luxure ».
La personnalité de Malherbe regorge d'inconséquences. Il rougissait parfois du métier de poète. « Voyez-vous, mon cher monsieur, disait-il à Racan, si nos vers vivent après nous, toute la gloire que nous pouvons en espérer, c'est qu'on dira que nous avons été deux excellents arrangeurs de syllabes, et que nous avons été tous deux bien fous de passer toute notre vie à un exercice si peu utile, et au public et à nous, au lieu de l'employer à nous donner du bon temps et à penser à l'établissement de notre fortune (i). 11 célébrait avec emphase l'illustration de la maison de Malherbe Saint-Aignan, et faisait grand fracas de ses armes, qui étaient d'argent semé d'hermines à six roses de gueules. Le lendemain, par un changement de front inattendu, il reprochait au marquis de Racan, de la maison de Bueil, ses allures et ses prétentions de gentilhomme : « C'est folie, disait-il, de se vanter d'être d'une ancienne noblesse ; plus elle est ancienne, plus elle est douteuse : il ne faut qu'une femme'lascive pour pervertir le sang de Charlemagne et de saint Louis. Tel qui pense être issu de ces grands héros est peut-être venu d'un valet de chambre ou d'un violon (2). »
Malherbe fut présenté à la cour par Duperron et des Yveteaux. Henri IV le reçut à bras ouverts, mais à bourse close. Il était quelque peu enclin à lalésinerie, voire même à la rapine, ce bon roi de la « poule au pot ». Il ne prodiguait que les gasconnades et montrait parfois ses doigts crochus, disant avec une cynique ingénuité : « Si je n'avais été roi, j'aurais été pendu. » O mystères de la popularité !
Cependant, Henri IV avait fait « commander des vers » à Malherbe sur son voyage dans le Limousin ; les vers servis, il fallait les payer. Notre gascon se tira d'affaire avec la libéralité de