‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 61 sur 138 · Ménétrier · texte numérisé non relu

Ménétrier

M. de Bellegarde, qui reçut l'ordre de pensionner l'auteur sur sa propre cassette. Le premier gentilhomme de la chambre, s'exécutant de bonne grâce, lui donna mille livres d'appointements et la table; de plus, il lui entretint un laquais et un cheval. Ce fut dans cette maison que commencèrent les relations de Malherbe avec Honorât de Bueil, marquis de Racan, alors page de M. de Bellegarde, relations de pédagogue à élève.

Notre maître d'école rente, logé et nourri, ouvrit chez lui un cercle ou plutôt une classe. 11 y admettait Maynard, Cauvigoy de Colomby, Yvrande, Infrainville, Lingendes, Touvant et Chandeville. Maynard était, en ce temps-là, président au présidial d'Aurillac. Un habitant de cette ville s'en vint un jour heurtera la porte, demandant :

— M. le président n'est-il pas ici?

Malherbe, avec sa brusquerie ordinaire, se leva et répondit :

— Quel président demandez-vous? Il n'y a que moi qui préside ici.

Ce grand éplucheur de syllabes ne reconnaissait, en toutes choses, d'autre supériorité que la sienne. Il prétendait dépasser tout le monde de la tête, et jalousait non seulement les succès poétiques de ses disciples, mais encore la taille élancée de Colomby. Du reste, il était « grand et bien fait, et d'une constitution si excellente, qu'on a dit de lui, aussi bien que d'Alexandre, que ses sueurs avaient une odeur agréable (i) ». La morgue de Malherbe le menait tellement loin, que le doucereux Lingendes, dont Colletet a vanté la politesse, dépouilla une fois sa patience accoutumée et s'écria : « Ce n'est qu'un tyran ; il abat l'esprit aux gens. » Souvent, il y avait foule chez le tyran ; on venait lui faire sa cour, baiser la main qui tenait la verge du Parnasse. Mais le palais ne se composait que d'une chambre, et la chambre ne renfermait que huit chaises. Q^iand tous les sièges étaient occupés, Malherbe verrouillait la porte et criait à ceux qui frappaient : « Attendez, il n"y a plus de chaises. »

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