Observations sur le CiJ
■j. Observations sur le CiJ.
qui n'en est pas, c'est le Cid entier que je défends et non Corneille. » Décidément, le niarguillier sent le fagot : il raisonne, et raisonne juste, au lieu de battre la campagne et d'injurier , à l'instar du R. P. François Garasse. « 11 faut aussi, dit-il encore, que nous confessions que cet auteur, qui ne s'attendoit point à si grand applaudissement, n'a pu supporter cette liante fortune... Scudéry a bien eu quelque raison de s'opposer à cette déification qu'il faisoit de lui-même, et de le déniciier du ciel oij il s'etoit mis, sans en demander permission à Jupiter. » La restriction parait plausible : elle se présente honnêtement, tenons-la pour légitime. Seulement, gardons-nous de faire un crime à Corneille de ses bouffées d'orgueil. Il ne s'enivrait pas, on l'enivrait. « Ce grand poëte jouit des honneurs les plus singuliers. Il avoit sa place au théâtre. Lorsqu'il y alloit, tout le monde se levoit par respect, et le parterre frappoit des mains ( 1 ). » Rien ne manquait à son triomphe, pas même linsulteur public, qui s'appelait tantôt Scudéry, tantôt Mairet. puis Claveret, et enfin Laserre. Ce dernier, d'humeur burlesque, s'écriait à propos de sa tragédie de Thomas Morus : « On y suoit au mois de décembre, et l'on tua quatre portiers, de compte fait, la première fois qu'elle fut jouée. Voilà ce qu'on appelle de bonnes pièces. M. Corneille n'a point de preuves si puissantes de l'excellence des siennes; et je lui céderai volontiers le pas, quand il aura fait tuer cinq portiers en un seul jour (2). » Heureux temps^où l'on se jetait des portiers à la tête !
Disons un mot des Sentiments de V Académie sur la tragi-comédie du Cid. Ce morceau de critique, élaboré par Chapelain, possède toutes les qualités du style poli en usage chez les Quarante ; il est incolore et plat au suprême degré. Après avoir jeté un regard d'aigle sur l'ensemble de la pièce, l'auteur de la Pucelle daigne descendre dans les moindres détails; il épluche les mots, les fl lire et les pèse, comme ferait Vaugelas lui-même. S'agit-il du soufflet