‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 69 sur 138 · Ibid., t. H, p. II · texte numérisé non relu

Ibid., t. H, p. II

donné à don Diègue dans le premier acte, et que le Cid rappelle en ces termes dans le deuxième :

Quand je lui fis l'affront.

Chapelain venge la grammaire insultée à son tour : « Il n'a pu dire Je lui fis, car l'action vient d'être faite; il falloit due quand Je lui ai fait, puisqu'il ne s'étoit point passé de nuit entre deux. » Voilà où aboutit la machine de guerre mise en œuvre par Richelieu.

Corneille eut aussi à lutter contre le mauvais vouloir des acteurs qui repoussaient ses légitimes prétentions, et entendaient le pressurer comme le tragique Hardy. 11 tint ferme et remporta la victoire. Les droits d'auteur furent établis sur une base plus sérieuse et plus digne. De là cette doléance de la Beaupré, la martiale comédienne qui croisa le fer, en plein théâtre, avec Catherine des Urlis, sa camarade et son ennemie. « M. Corneille, dit-elle, nous a fait un grand tort; nous avions ci-devant des pièces de théâtre pour trois écus, que l'on nous taisoit en une nuit. On y étoit accoutumé, et nous gagnions beaucoup: présentement, les pièces de M. Corneille nous coûtent bien de l'argent, et nous gagnons peu de chose (i). » Nous connaissons trop les devoirs de la politesse pour infliger un démenti à Mademoiselle Marrotte Beaupré, qui d'ailleurs pourrait nous chercher noise au jour de la résurrection. Nous nous contenterons de rapporter deux vers naïvement caractéristiques que murmuraient les comédiens eux-mêmes, au convoi du vieux Pierre :

Puisque Corneille est mort, qui nous donnait du pain. Faut vivre de Racine, ou bien mourir de faim.

Lorsque, après la scène que nous avons racontée. Corneille eut secoué le joug du maître, la société des Cinq-Auteurs, ainsi nommée parce qu'elle en comptait six, se trouva tout naturellement

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