I. Scgrais, Mcmoircs-anecdotes, p
réduite à son chiffre normal : Desmarets, Rotiou, Colletet, Bois- Robert et l'Estoile.
Conseiller du roi, contrôleur général de l'extraordinaire des guerres et secrétaire général de la marine du Levant, Desmarets de Saint-Sorlin était, en outre, le premier commis de RicJTelieu dans le département des affaires poétiques. C'est lui qui a signé Europe et Mirante. L'inventeur des Amours du Compas et de la Règle fut appelé avec raison « le plus fou des poètes ». Sa vie est un casse-cou perpétuel. Le confident du cardinal établit d'abord sa demeure « dans la cabane des plaisirs charnels et grossiers, qui n'avoit qu'une enseigne grossièrement peinte où étaient représentés un Bacchus et une Vénus(i) ». C'est là, surquelque table branlante, qu'il a composé son roman à'Âriaiine, dont l'iiéroïne, honteuse du rôle qu'elle joue, a poussé ce gémissement dans l'oreille de l'indiscret auteur du Parnasse réformé : « On ne trouve chez moi que des lieux infâmes; chaque livre en fournit un pour le moins, et les héros du roman sont si bien accoutumés à fréquenter ces endroits, qu'on les prendroit pour des sold.its aux gardes ou des mousquetaires. Me rendre visite et aller au... (vous m'entendez bien) n'est plus qu'une même chose; on confond maintenant l'un avec l'autre, et je suis devenue le répertoire de tous les bons lieux. Je ne m'étonne point, après cela, si l'on me fait paroitre nue : il y auroit eu de l'irrégularité d'en avoir usé d'autre sorte, et puisque Astrée, qui n'avoit pas l'avantage du lieu comme moi, se montre à Céladon en cette posture, il étoit d'une nécessité indispensable que j'en fisse autant (i). » La débauche de Desmarets n'est pas une simple débauche d'esprit : le corps y a aussi sa part. L'un va-t-il jamais sans l'autre? Belle demande! Ce sont deux complices intimes qui ne cessent de marcher de conserve que lorsque le Temps a rempli l'office du chanoine Fulbert. Desmarets, parfois glisse sournoisement dans le cœur des créatures mystiques, dont les ressources dans le tète-
I. Desmarets, Délices de l'esprit, p. 3. I. Guéret, Parnasse réformé, p. 148, 149.
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à-tètesont inappréciables. II y détrône Dieu, et, usurpant sa place, découvre des abimes de béatitude. Mais voici que tout à coup notre athée par amour, touché de la Grâce, verse « des larmes de sang, pensant au mauvais usage qu'il a foit de l'éloquence auprès desfpmmes(i)». Il passe bientôt de cet accès de contrition à un accès de rage épileptique : il écume de dévotion et prêche une nouvelle Saint-Barthélémy contre les impies, les jansénistes et les Turcs, il fait intervenir le Saint-Esprit, et écrit, sous sa dictée et à l'adresse du roi, un Avis des plus bouffons et dont se moque agréablement Pierre Nicole, ce pourfendeur de billevesées qui ne mettait le pied dans la rue qu'en appréhendant la chute d'une cheminée.
Desmarets s'agitait dans le vide : l'heure des dragonnades n'avait pas encore sonné. Il eut pourtant la suprême joie de voir, à sa requête, rôtir en place de Grève un illuminé de ses amis, Simon Morin. Ce maniaque allait criant par les places que Dieu le Fils, revêtant de nouveau une enveloppe terrestre, s'était incarné en lui. Il avait une église dans une boutique de fruitière, proche de Saint-Germain l'Auxerrois.
Bois-Robert jalousait fort l'influence conquise par Desmarets auprès du cardinal, et qu'il sut garder toujours. Les éclipses, auxquelles était sujette la faveur dont jouissait l'abbé, furent fatales au malheureux d'Ouville, accueilli avec tant de bonne grâce par Richelieu; il ne put obtenir que des titres sonores, ce que le peuple appelle « viande creuse ». Bois-Robert s'en est plaint avec le ton léger qui lui était habituel :
Le pauvre d'Ouville est mon frère ; II porte titre d'hydrographe, D'ingénieur, de géographe, Mais avec ces trois qualités, Il est gueux de tous les côtés.
Malgré la pension qu'il touchait comme collaborateur du cardinal-poète, Claude de l'Estoile menait la vie besogneuse du