‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 77 sur 138 · Tallcmant des Rcaux, Historiettes, t. V, p · texte numérisé non relu

Tallcmant des Rcaux, Historiettes, t. V, p

n'inspirer aucune crainte : « Allons, montez, ajouta-t-elle, voilà bien des façons; si vous raisonnez, j'irai vous voir jusque dans votre chambre. » Elle y est venue, toujours enjouée et moqueuse, mais sans parti pris d'agression. Le mourant l'a désarmée, en taisant place à l'ami, au confident désintéressé. Pourtant, voici comme un écho du passé qui se réveille. Ménage s'est approché de Madame de Sévigné, et roule des yeux de savantasse chauffé à blanc. Écoutons : «Je suis, dit-il entre deux soupirs, je suis votre confesseur et j'ai été votre martyr. » — « Et moi votre vierge », réplique la malicieuse avec un éclat de rire si fou qu'il rappelle Ménage à la raison et à sa sciatique. Quelle énigme que cette femme! le mot en aurait été à jamais perdu sans les indiscrètes révélations de Bussy-Rabutin. « Elle aime l'encens, dit-il, elle aime d'être aimée; et pour cela elle sème afin de recueillir, elle donne la louange pour en recevoir. Elle aime généralement tous les hommes; quelque âge, quelque naissance et quelque mérite qu'ils aient, et de quelque profession qu'ils soient, tout lui est bon, depuis le manteau royal jusqu'à la soutane, depuis le sceptre jusqu'à l'écritoire. Entre les hommes^ elle aime mieux un amant qu'un ami, et parmi les amants les gais que les tristes; les mélancoliques tlattent sa vanité, les éveillés son inclination; elle se divertit avec ceux-ci, et se flatte de l'opinion qu'elle a bien du mérite d'avoir pu causer de la langueur à ceux-là. Elle est d'un tempérament froid, au moins si l'on en croit feu son mari ; aussi lui avoit-il de l'obligation de sa vertu, comme il disoit: toute sa chaleur est à l'esprit. A la vérité, elle récompense bien la froideur de son tempérament. Si l'on s'en rapporte à ses actions, je crois que la foi conjugale n'a point été violée : si l'on regarde l'intention, c'est une autre chose. Pour en parler franchement, je crois que son mari s'est tiré d'affaire devant les hommes^ mais je le tiens un sot devant Dieu (i). »

L'impitoyable cousin ne se contente pas d'analyser froidement l'âme de Madame de Sévigné, il se complaît aussi à détailler sa

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