‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 78 sur 138 · I. Hist. amoureuse des Gaules, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Hist. amoureuse des Gaules, t. I, p

gracieuse physionomie, de manière à en troubler l'harmonie : « Madame de Sévigné a d'ordinaire le plus beau teint du monde, les yeux petits et brillants, la bouche plate, mais de belle couleur; le front avancé, le nez seul semblable à soi, ni long ni petit, carré par le bout; la mâchoire comme le bout du nez; et tout cela, qui en détail n'est pas beau, est, à tout prendre, assez agréable ; elle a la taille belle sans avoir bon air; elle a la jambe bien faite, la gorge, les bras et les mains mal taillés; elle a les cheveux blonds, déliés et épais; elle a bien dansé et a l'oreille encore juste; elle a la voix agréable, elle sait un peu chanter : voilà, pour le dehors, à peu près comme elle est faite (i). » Ce portrait a la fidélité d'une charge. Madame de Sévigné n'y vit pas son image^ mais une injure qu'elle ne pardonna qu'après un acte de contrition nettement accentué. Ménage imita l'épistolaire : il fmit par amnistier Bussy-Rabutin, qui avait osé écrire que « sa naissance, son âge et sa figure l'obligeoient de cacher son air.our (pour Madame de Sévigné) autant qu'il pouvoit (2). » Le trait avait percé de part en part le pauvre Gilles, qui, plus que personne, faisait claquer son fouet, selon le mot de Tallemant. S'adressant à un arbiire du bon air, le chevalier de Méré, il disait avec une modestie pleine de superbe : « je vous prie de vous souvenir que lorsque nous faisions notre cour ensemble à une dame de grande qualité et de grand mérite, quelque passion que j'eusse pour cette illustre personne, je souffrois volontiers qu'elle vous aimât plus que moi, parce que je vous aimois plus que moi-même (3). » Ce n'est pas de Madame de Sévigné qu'il s'agissait, car, dans ses Lettres, elle n'a parlé du chevalier que pour maudire son « chien de style ».

Fournissons maintenant la preuve du pardon accordé par Ménage à l'auteur de la boutade citée plus haut : « C'est un bel et bon esprit que M. de Bussy-Rabutin, a-t-il dit en ami généreux.

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