Menagiatia. t. II, p
lamentations à fendre l'àme, lorsqu'il fallait reprendre le chemin de Paris. 11 s'écrie, en finissant, dans une ode adressée à Balzac et tout humide de ses larmes :
Adieu, jardins de musc et d'ambre!
Je m'en vais encore à la cour Faire le badin tout le jour Sur le coffre d'une antichambre.
L'abbé est tout entier dans cette chute. 11 oubliait bientôt et Balzac et les champs. Le trictrac faisait ses délices. Il y perdit un jour dix mille écus; le gagnant était M. de Roquelaure.
« Ce duc, qui aimoit l'argent, voulut être payé, et ce fut M. de Bautru qui fit l'accommodement. L'abbé de Bois-Robert vendit ce qu'il avait, dont il fit quatorze mille francs. M. de Bautru dit à M. le duc de Roquelaure en lui donnant cette somme qu'il fallait qu'il lui remît le surplus, et que l'abbé de Bois-Robert, en reconnaissance, feroit une ode à sa louange, mais la plus méchante qu'il pourroit. Quand on saura dans le monde, ajouta-t-il, que M. le duc de Roquelaure aura fait présent de seize mille francs pour une si méchante pièce, que ne présumera-t-on pas qu'il eût fait pour une bonne! L'abbé avait une telle passion pour le trictrac qu'il y jouait ses bénéfices (1). »
Bois-Robert aimait les lettres, et chose rare, les auteurs, quoique auteur, [-"ourtant il en faut excepter Corneille qu'il jalousait et qu'il essaya de tourner en ridicule, pour l'amusement du cardinal. Voici comment : il fit jouer le Cï<i devant Richelieu par des laquais, et après ces mots : « Rodrigue, as-tu du cœur? » leur mit cette réplique dans la bouche : « Je n'ai que du carreau. » Et le grand ministre de se tordre de rire.
L'abbé venait en aide aux pauvres de la littérature, et les secourait de sa protection. On les appelait les « enfants de la pitié de Bois-Robert ». Il leur ouvrait les portes de l'Académie, ou les faisait inscrire sur les registres des pensions, ce qui lui mérita