I. Menagiana, t. I, p. lo
l'honorable qualification de « solliciteur des Muses affligées ». Son crédit baissait cependant quelquefois auprès du cardinal, m lis il avait un ami qui se chargeait de le relever. C'était Citois, premier médecin du cardinal, qui disait à son illustre malade :
— Tous mes remèdes n'y font rien, s'il n'y entre un peu de Bois-Robert.
Et l'abbé remontait sur l'eau. Mais il survint une brouille qui fut de longue durée. Le motif d'ailleurs était des plus graves. On sait toute la tendresse de Richelieu pour Mirame. La première représentation de cette pièce fut signalée par un grand scandale. L'abbé chargé, avec le chevalier Desroches, de dresser la liste des invités, convia des marquises de joyeuse vie, qui furent reçues solennellement à la porte par le président Viguier et M. de Valençay, évêque de Chartres. Le roi et le duc d'Orléans en firent des gorges chaudes : ils étaient heureux de trouver leur maître en faute, car Bois-Robert n'était que la main du cardinal-ministre. Richelieu, furieux des plaisanteries dont il était l'objet, gourmanda vertement l'abbé, et l'exila dans son chapitre de Rouen.
Sa disgrâce ne finit qu'à la mort de Cinq-Mars. Il reçut une lettre de Mazarin qui se disait de ses amis et qui promettait de le remettr.; en faveur. Bois-Robert accourut en toute hâte à Paris, et n'eut pas longtemps à se louer de l'accueil que lui fit le cardinal, qui l'embrassa en sanglotant. L'abbé voulut, mais en vain, mêler les larmes aux larmes. 11 joua alors le saisissement, et Mazarin, sous prétexte de lui porter secours, s'écria traîtreusement :
— Voyez ce pauvre homme! il étouffe, il en est si saisi qu'il ne saurait pleurer ; quelquefois on est suffoque pour moins que cela. Un chirurgien, vite!
1 fallut se laisser saigner. Bois-Robert disait que le seul bon service que Mazarin lui eut rendu était de lui avoir fait tirer trois palettes de sang... en bonne santé.
La fin de l'abbé ne fut pas plus religieuse que sa vie ne l'avait été. Il disait :
— Je me contenterais d'être aussi bien avec Notre-Seigneur que je le fus avec le cardinal de Richelieu.
Comme il tenait le crucifix pour demander pardon à Dieu :
— Ah! s'écria-t-il, au diable soit ce vilain potage que j'ai mangé chez d'Olonne! il y avait de l'oignon, c'est ce qui m'a fait mal.
Il ajouta :
— Le cardinal de Richelieu m'a gâté : il ne valait rien.
Puis ce fut tout. 11 mourut avant le temps qu'il avait marqué dans cette pièce :
L'Académie est comme un vrai chapitre :
Chacun, à part, promet d'y faire bien,
Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien,
Mais tous ensemble ils ne font rien qui vaille.
Depuis six ans dessus l'F on travaille.
Et le destin m'auroit bien obligé
S'il m'avoit dit : Tu vivras jusqu'au G.
Bois-Robert n'est pas mort tout entier. C'était le moins que le vrai fondateur de l'Académie fût un peu immortel. 11 a laissé certaines pièces de théâtre où la bonne comédie est en germe. Nous ne citerons que la Belle Plaideuse, dont Molière a détaché les deuxième et troisième scènes de Vj^vare (i). Balzac qualifiait Bois- Robert de « favori des muses >>. Mascaron lui prodiguait ses élogts. Corneille lui-même se mettait de la partie, et avait la modestie d'abriter son grand nom sous le sien.
Toute médaille a un revers. Malleville, embastillé dans la personne de Bassompierre, son maitre et sou ami, et n'osant frapper le ministre, lança à l'adresse de son ombre le joli rondeau suivant :
Coiffé d'un froc bien raffiné Et revêtu d'un doyenné Qui lui rapporte de quoi frire, Frère René devient messire, Et vit comme un déterminé.