I. Mélanges, t. II, p
couvert d'une cuirasse en peau de buffle, des culottes de drap rouge et un feutre gris orné de plumes blanches. Nous puisons ces détails dans les mémoires de l'évêque d'Avranches, d'où nous extrayons aussi l'anecdote suivante :
« Saumaise me raconta, dit-il, que durant toute l'année qu'il avait passée à Stockholm près de la reine Christine, il avait été retenu au lit par la goutte. La reine l'étant venue voir, un jour que, pour faire diversion à sa douleur, il lisait le Moyen de parvenir, livre fort sale, mais plaisant, dit-on, de Béroalde de Verville, il se hâta de glisser le livre sous ses draps, de peur que la reine ne s'en saisît et ne parût choquée de cette lecture obscène. Mais ce mouvement n'avait point échappé à l'œil furtif et curieux de Sa Majesté. Elle s'empara du livre, l'ouvrit, en lut quelques lignes en courant, et rit des plaisanteries pleines de malice qu'elle y rencontra. Appelant alors sa favorite Mademoiselle de Sparre, noble et belle jeune fille, elle lui indiqua quelques passages et lui commanda de les lire. Celle-ci eut beau résister, il fallut obéir. Elle en rougit jusqu'au blanc des yeux; mais l'assistance éclata de rire. En mémoire de cette aventure, Saumaise fit chercher le livre chez les libraires de Leyde, et m'en donna un exemplaire richement relié. » A la bonne heure! voilà un bréviaire amusant (i).
Christine fut subjuguée par les grâces de Ninon.
— J'ai vu, dit-elle, défiler devant moi bien des célébrités, y compris l'Académie, mais je n'ai rien vu de plus illustie que Mademoiselle Ninon de Lenclos.
L'hôtel de la rue des Tournelles est resté jusqu'à la fin le foyer du savoir-vivre, des lettres et des arts. Malgré ses rancunes quelque peu légitimes, Madame de Sévigné le constate en ces termes: « Corbinelli me mande des merveilles de la bonne compagnie d'hommes qu'il trouve chez Mademoiselle de Lenclos. Ainsi, elle rassemble sur ses vieux jours et les hommes et les femmes, mais quand elle n'auroit présentement que les femmes,