‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 94 sur 138 · I. Mémoires de Huet (1853), p · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Huet (1853), p

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elle devioit se consoler de cet arrangement, ayant eu les hommes dans le bel âge pour plaider (i). >> Mais son « bel âge » n'était pas encore passé, car elle n'avait que soixante ans alors. L'Epistolière ajoute, faisant allusion au grand Condé qui, rencontrant Ninon dans la rue, descendait de carrosse pour la saluer, sorte d'hommage que l'on ne rendait qu'aux personnes de sang royal : « Le moyen de n'être pas flattée de l'estime de M. le Prince, d'autant plus qu'il ne la jette pas à la tête des dames. » Scarron couronne par ce vers l'éloge qu'il fait de Madame Cornuel :

Elle eut l'estime de Lenclos.

A ceux qui objecteraient ses galanteries que nous n'avons pas dissimulées, on peut répondre qu'elle résolut le difficile problème de dépenser sq;i honneur sans l'entamer. « L'amour, écrit Saint- Evremont, ne fait pas de tort à la réputation des dames, mais le peu de mérite des amants les déshonore (2). » Ninon sut aussi garder intact jusqu'à sa mort, jusqu'à quatre-vingt-cinq ans, le trésor de beauté et d'esprit que la nature lui avait départi. Ce n'est pas pour elle, si c'est devant elle, que l'auteur des Maximes a dit :

— La vieillesse est l'enfer des femmes.

Mais Ninon se mit, sans fausse modestie, au nombre des victimes du Temps :

— Si j'avais, répliqua-t-elle gaiement, assisté au conseil des dieux au moment de la création, j'aurais opiné pour qu'ils plaçassent les rides où ils ont placé le faible d'Achille.

Quand sonna l'heure suprême, les robes noires tentèrent de l'ensevelir dans leurs plis.

— Vous savez, dit-elle à Fontenelle, vous savez le parti que j'aurais pu tirer de mon corps ; je pourrais encore mieux vendre mon âme : les jansénistes et les molinistes se la disputent.

Un jésuite intervint et jeta cette commode planche de salut :

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