‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 15 sur 23 · LK GABARET DB MAITRE LE FAUCHEUR · texte numérisé non relu

LK GABARET DB MAITRE LE FAUCHEUR

Mêlerai , dont le nom clôt la liste qilê nous avons donnée des pensionnaires de Louis XIV» était tiraillé par denx mobiles qui se disputaient incessamment la direction de son esprit. Il était d*on tempérament tout à la fois frondeur et avaricieux, Furetière prétend qu^il a ne se laissoit point toucher aux pensions dei grands pour déàoMiger la Vérité , belle dame dont il étoittrès*amoureux^ » Noos sommes , à notife profond regret, forcé de contredire Tallégation de Tabbé de Chalivof . Si Méterai avait mordu Macarin , Masarid Tavait apprivoisé en lui Jetant conune os à ronger un brevet de quatre mille livres. Colb^ le bâillonna par le même procédé, fit cette haute libéntlité^ tout ex» ceptionnelle , lui fut continuée jusqu'au jour où , las de lécher les mains du ministre, Mêlerai montra de nouveau les dents.

Mais cette velléité d'indépendance fut bietttét suivie d'un acte de contrition, a Ce que m'a dit M. Perrault de votre part , éerivit»il à Golbert , a été un terrible coup de foudre qui m'a rendu tout à fait immobile et qui m'a ôté tout éentiment, hormis celui de voui avoir déplu» Ma seule espérance est, monseigneur, que,

Dieu vous ayant rendu la santé , vous ne me défendrez pas aujourd'hui de prendre part à la réjouissance publique, et que, pendant cette satisfaction universelle des gens de bien , vous ne voudrez pas que je sois le seul qui demeure dans une tristesse mortelle. Permettez-moi donc, s'il vous plaît, monseigneur, dans cette heureuse conjoncture, d'implorer le secours de votre généreuse bonté; je la supplie très -humblement d'intercéder pour moi auprès de vous , et de m' obtenir ma grâce, que je vous demande avec une entière somnission et un profond respect. Je ne prétends point , monseigneur, justifier mes manquements autrement qu'en les réparant et en justifiant la rectitude de mes intentions par une prompte et sincère obéissance , ce qui me sera d'autant plus facile qu'une seconde édition 4e mon ouvrage étant augmentée de plus de trois cents articles et d'un grand nombre de choses aussi utiles que rares et curieuses, effacera et anéantira bientôt la première ; car, conmie le savent ceux qui entendent le commerce des livres , c'est une expérience infaillible que les impressions postérieures , quand elles se font du vivant des auteurs et qu'elles sont plus humbles et plus correctes , font périr tout à fait les précédentes , de sorte qu'on n'en tient plus compte et que même on n'en voit plus du tout. C'est dans cette disposition , monseigneur, que j'ai prié M. Perrault de vous assurer que je suis peêt A PASSER l'éponge sur tous les endroits que vous jugerez dignes de censure dans mon livre... n

Cette humiliante supplique porte la date du 31 janvier 1669. Colbert attendit plus de trois ans pour y répondre. C'est ce que prouve la lettre suivante, qui est du 15 mars 1672 :

« Je vous rends très-humbles grâces de l'ordon-

nance de deux mille livres qu'il vous a plu de m^ envoyer. Je Fai reçue avec le même respect et avec la même reconnaissance que si elle eût été entière et telle que feu monseigneur le cardinal me Favoit obtenue du roi , et que vous-même , monseigneur , aviez eu la bonté de me la faire continuer durant plusieurs années ; mais je vous avouerai franchement, monseigneur, que j*ai sujet de craindre qu'on ne m'ait encore imputé quelque nouvelle faute , et que ce retranchement n'en soit une punition. Si j'en pouvois avoir connoissance , je me mettrois en devoir ou de m'en justifier, ou de la réparer selon vos ordres. Je m'examine , pour cet effet , à la dernière rigueur ; je cherche jusqu'au fond de mon âme, et ma conscience ne me reproche rien. Je travaille, monseigneur , selon vos intentions et selon les règles que vous m'avez présentes. Je porte les feuilles à M. Perrault, j'avance le travail autant qu'il m'est possible. Ainsi , monseigneur , je ne puis trouver d'autre cause de ma diminution que mon peu de mérite ; mais la générosité du plus grand des rois et la faveur de votre protection peuvent bien encore suppléer à ce défaut , conmae elle^ y ont suppléé jusqu'à l'année présente. C'est avec cette espérance, monseigneur, que je prends la hardiesse d'avoir recours à votre bonté, toujours si favorable aux gens de lettres et aux créatures de feu monseigneur le cardinal , dont la mémoire vous est si chère. Ne retranchez pas , s'il vous plait, une partie de vos grâces à une personne qui perdrait plutôt la vie que de rien diminuer du zèle qu'il a pour votre service et de l'attachement invio-* lable avec lequel il fait gloire d'être.... »

Mézerai ne peut abriter ses capitulations de conscience sous cette triste et banale excuse , — la mi-

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sère. Il était environné de toutes les commodités de la vie. Il possédait une maison de ville rue Montor^ gueil et une maison des champs à Cbaillot. Rieu ne r empêchait de se livrer au]( élans de sa passion pour la belle dame dont parle Furetière , sinon cette autre passion qui le donûnait et le portait h empiler écus sur écus. Son avarice rappelait la sordidité de Cha« pelain ; ses habits étaient aussi coq^ttement effilés que les guenilles de Fauteur de la IhfcHU^ Des ao* cbers le prirent une fois pour un vagabond t et a'ap-» prêtaient à le conduire dans un dépôt de mendicité, lorsqu'il leur dit fièrement : u Je ne vous suivrai que lorsqu'on aura mis une nouvelle roue à mon carrosse.» Sur ce , le guet , croyant avoir affaire à quelque gen<tilhomme ou à quelque maltôtier errant incognito , salua et passa outre ^ tandis que Mézerai continuait son chemin avec la gravité superbe d'un Espagnol drapé dans son manteau à jour. Il gagnait sans doute le cabaret de maître le Faucheur , auquel il rendait de nombreuses visites et qui était situé dans le village de la Chapelle-Saint-Denis.

Méserai était un ladre vert compliqué d'un franc buveur, Il chopinait en pleine taverne et avec le pre* mier venu : ce premier venu était tantôt un charre» tier en station^ tantôt un mousquetaire égaré, Mais rhomme avec lequel il trinquait d'habitude, c'était le Faucheur, solide gaillard dont la figure barbouillée de lie de vin aurait pu servir d'enseigne h sa bou^ tique. Mézerai affectionnait le populaire i sa liberté d'allure et d'expressions. Il raffolait du mot qui va 4roit au but , dût-il casser les vitres , «— et méprisait souverainement les phrases creuses et 4 paillettes, tout le clinquant des ruelles,

Méserai, entré à l'Académ^ m 1649 » à l'âge de

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trente-neuf ans , fut nommé secrétaire perpétuel à la qiort de Conrart , en 1675. 11 se plaisait à la railler , de concert avec son ami Patru : c'est à lui qu*elle est redevable des trois qualifications de délibérante, dé" putante et remerciante. Il essayait de glisser dans le Dictioiifiaire , à Tadresse des financiéfs , des locutions proverbiales comme celle-ci : - <t Tout comptable est pendable. » Mais ses confrères en immortalité plus ou moins viagère s'empressaient de biffer jusqu*à Tombi^ d'un traft. L'esprit a toujours Mi peur à Tillustre eorpa. « Vive le cabaret ! s'écriait alors Mézerâi. Foin de l'Académie et de ses grimaces I « Et il quittait au plus vite, pour la nappe rougie oà il pouvait donner à ses boutades une libre carrière » le tapis vert où il souffrait cruellement de voir de maladroits ciseaux en train de rogner la langue de Rabelais et de Régnier,

Le Faucheur ne se contentait pas d^ouvrir les oreilles toutes grandes et de se livrer h de sonores éclats de rire, accompagnés de formidables coups de poing qui faisaient sauter au plafond les verres et les bouteilles ! il se piquait d'honneur et ripostait à Mézerai» en lui jetant au nez sa provision de sel gris. C'était un singulier spectacle que cet historien et ce cabareiïevi bouffonnant à qui mieux mieux, de pair à com^ pagnon.

Il advint trn jour, après tin toumdl de ce genre ^ que le Faucheur dit d'une mine rêveuse :

— Tu ne sais pas , l'ami , à quoi je songe? «

— Tu ne songes guère à remplir mon verre...

-^ Allons i le voici plein : bois, mais écoute. ^

— Peste!

— Ne m'interromps plus : une seconde de silence et j'ai fini.

ao

— Parle donc.

— Eh bien , j'ai... un caprice qui me poursuit depuis longtemps et qu'il faut que tu m'aides à satisfaire.

— Voyons le caprice.

— C'est de connaître la bande à laquelle tu appar-. tieqp«

— Il prend y Richelieu me pardonne! l'Académie pour une caverne...

— Tu plaisantes , moi , je parle sérieusement.

— Oh ! oh ! prétendrais-tu d'aventure entrer à l'Académie?

— Pas si... C'est bon pour des gens qui n*out rien de mieux à faire.

— Merci... mais enfiij que demandes-tu?

— Oh ! mon Dieu ! je voudrais tout bonnement voir défiler ici quelques-uns de tes confrères de l'écritoire , que je désirerais connaître : tu te chargerais de les inviter et moi de les réjouir.

— L'idée me paraît originale, et je suis tout disposé à y prêter les mains.

Et Mézerai , sans désemparer , de dresser une liste d'invités qui était loin d'être exclusivement formée d'académiciens.

Au jour et à l'heure indiqués, un cénacle de gens de lettres était réuni au premier étage de la maison de le Faucheur , où avait été dressée une table de quatorze couverts. Les uns étaient venus parce qu'ils ai- * maient Mézerai ; les autres , parce qu'ils le redoutaient. Ceux qui manquaient à l'appel avaient eu soin d'envoyer des excuses fondées sur de plausibles empêchements.

Le Faucheur, enr cabaretier bien appris, s'était

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endimanché pour faire honneur à ses convives , qui le prenaient pour quelque obscur citoyen de la république des lettres, et, tout ens^étonnant de la munificence ^e Mézerai , avaient salué ce dernier comme leur amphitryon. Ils s'étaient tenus tous deux à la porte. Penché à F oreille du marchand de vin , Mézerai , sous prétexte de Fédifier sur le compte de chacun , avait blasonné les invités à mesure de leur présentation :

— Voici d'abord, avait-il dit, Sénecé, père de huit enfants et de cinq cents vers composés en Thonneur du beau sexe , et dans lesquels il enseigne Fart àe filer le parfait amour.

Celui-ci, qui est modeste comme une jeune fille et qui marche à tâtons comme un aveugle qu'il est, s'appelle Bernard de la Monnoie. Compère, prosterne* toi bien bas devant ce savant qui , à la première requête , improvise en grec , en latin , en espagnol , en italien... voire même en français. Il a aboli le duel dans une pièce couronnée par F Académie. Grand homme qui serait parfait s'il ne s'enivrait... d'eau.

Celui-là n'est autre que Michel Baron , un roi de théâtre qui ne troquerait pas son sceptre de bois peint contre le sceptre d*or de Louis XIV. Le nouveau Roscius , cofhme on le surnomme , a plus de gens qu'ufi marquis et ne se contente pas toujours d'une mar^ quise. Il a daigné , dans ses moments perdus, mettre la main à quelques comédies : sa meilleure , c'est VAndrienne du père de la Rue.

Voici Poisson, un cinquième d'auteur, ainsi qualifié parce qu'il ne fait que des pièces en un acte. C'est le bel esprit de Fhôtel Carignan.

Attention ! si tu ne connais pas Choisy , le voilà. C'était , il y a peu de temps , un garçon de gdante

son B0ILLB9,

eneolore , qui, sous la robe de la oomtetse Aeê Barrei, a converti bien des femmes à la reHgioii da plaisir. Mais ne s*e8t-il pas ensnite imaginé de reprendre k petit collet , pour aller essayer Teffet do coilame sur le roi de Siam? Le roi a édaté de rire« en pafen d*esprit, et a renvoyé Tabbé à ses dieux lares. Mais Choisy ne voulut pas rentrer en France sans une cob* version , et le monarque siamois ayant glissé entr« ses mains, il se rejeta sur lui-même... Solide vertv que sa vertu de fratcbe date, car il ne faudrait rien moins qu*un miracle pour la faire cbopper « potir res* susciter le vert-galant et le joueur effréné d'autre» fois : enlever vingt années à Tabbé et lui ren^ ^ en échange , la fortune qu^il a dévorée au pharaon.

Saluons Y empereur deê Musei, TiHustre père Bw»^ hours , un révérend passé maître dans Tart de bien penser et qui s'est taillé un habit d'arlequin dans la

Î[arde-robe des anciens et des modernes. H marche à a postérité d'un pas fier et assuré.. « Mais vivra-t-il seulement jusqu'à sa mort? J'ai l'impertinenoe d'ea douter. Et toi?

Chut! place à M. de Tlle.*. autrement dit Thomas GomeiUe , lequel s'est anobli ^ sans doute par medeatie , pour ne pas courir le risque d'être confondu avec éon frère.

Ouvre de grands yeuic, comp^ ! V(Aeï tenir M. et madame Dacier^ couple unique « moitié (Éair« moitié poisson. Garde-toi de leur adresser la parole... La femme te répondrait en grec et le mari en latin , — ' méchante plaisanterie dont Os sont eoutumim^.

Mais tu peux prendre langue avec le garçon d^es^ prit qui les suit et qui a nom Boursault. Il te donnera la relique V lui, en bel et bon français. 11 est trop discret pour réveiller les Grecs et les Romaiiis qefû

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WB cmiu^ pmnt... Ce spirituel Ignorant a été honoré tout à la foif de T affection dtt vieux Comeilk , qui rappelait son fils, et de labaine deBoileau, duquel il l'est y au reste, cmellement vengé. Le satirique était venu aux daux de Bourbon et ne pouvait les quitter ^ faute d'argent, Boorsault le sut et alla porter & son iasulteur une bourse de deux cents louis.

Allons! maître le Faucheur', un êalut graeieux à madame Deshoulières , ciélèbre par^<son idylle des MoutoM , qu'elle a , dit-on , ingénieusement escamo** tée à un poète obscur appelé Coutel. L'homme qui lui sert de cavalier et qui tranche du fier^l^bras , n'est rien moins que l'immortel auteur de la Phèdre,,, de Pradon.

C'est Lainez qui ferme la marché. tJn abîme sans fond! Son estomac, comme il dit, n'a pas de mémoire. Il avale, sans qu'il y pat^isse, des montagnes de viande et des fleuves de vin. On prétend qu'il de* Bieure proche de l'abbaye Saint*^ermain des Prés : je crois , moi , qu'il reste au cabaret de la PanUmJk, , . puisqu'il n'en sert pas.

Mainteuant, compère, ajouta Mézerai, il s'agit de faire les honneurs du souper.

Puis il engagea les convives à s'asseoir et prit plac^ ^ au milieu d'eux, en indiquant du doigt au cabaretier la chaise qui faisait face h la sienne. Un seul siège restait vide.

Pendant toute la durée du prett^ier service , la con-> vèfsation demeura , pour ainsi parler , à l'état latent. On causait à la sourdine , de voi^ih à voisin , et en jetant , à la dérobée , des yeux i;rainttfs sur Mènerai : il semblait qu'on eût peur d'être tombé dans un plége.

Mézerai rompit enfin la glace t

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— Avant dédier plus loin ^ àiUil en promenant ses regards sur rassemblée, je tiens à sortir de la position fausse dans laquelle je me trouve...

Et toutes les bouches de s^arréter , comme frappées d*une soudaine paralysie , à Texception de celle de Lainez, qui eût fonctionné sous une grêle de mousquetade. — On n'entendairplus que le cliquetis de ses dents affamées.

— Oui , mes amis , continua Mézerai , les apparences me donnent un rôle qui n^est pas le mien et que je veux décliner hautement. Cest le cas de répéter le mot de Sosie :

Le véritable Amphitryon

Est l'Amphitryon- où l'on dtne.

Or, vous êtes chez maître le Faucheur que voici : un digne cabaretier , qui n'a qu'un travers , c'est d'être curieux. Et je suis sûr que vous, ne l'en blâmerez pas, car c'est à ce travers que nous devons d'être tous réunis ici en ce moment... Du reste, comme vous le voyez , mattre le Faucheur s'entend à traiter les gens qu!il invite. 11 a composé son menu des mets les plus délicats et des meilleurs crus...

— Compère, dit en souriant le cabaretier, prends garde de gâter le vin avec ton eau bénite de cour.

— Je ne suis pas homme à commettre un tel sacrilège. Mais laisse-moi t'adresser le reproche d'avoir oublié de renouveler, à l'intention de M. et de madame Dacier, le brouet noir des Spartiates.

Un rire universel accueillit cette boutade. Quelques jours auparavant^ le couple Dacier avait failli s'empoisonner avec un plat de leur façon, savam-^ ment préparé d'après une recette d'Atbénée.

Le signal une fois donné, les plaisanteries partirent j comme des pétards , de tous les coins de la salle.

Choisy fit circuler le sixatn suivant :

Quand Dacier et sa femme engendrent dç leur corps . Et qu'il parait des fruits de ce beau couple.... alors

Madame Dacier est la mère ;

Mais quand ils engendrent d'esprit Et qu'ils mettent au jour des enfants par écrit.

Madame Dacier est le père.

Au moment où Tépigramme allait passer aux mains de cette dernière des mains de Lainez , son voisin , lequel, tout absorbé par son formidable appétit, tendait, sans Favoir lu, le méchant papier qu^on lui avait remis, — la porte s'ouvrit avec fracas et tous les regards se tournèrent de ce côté. Deux personnages singuliers venaient d'entrer ou plutôt de faire invasion.

Le premier était de haute taille et d'honnête corpulence. Il avait le visage large, niais les joues creuses , le menton relevé , le nez épaté et aux ailes ouvertes , les yeux noirs et en saillie , le front haut et le sinciput dénudé. Il était couvert d'un manteau qui, entre-bâillé, laissait voir un surplis blanc. Voici le crayon qu'en a donné la Bruyère : u Concevez un homme facile, doux, complaisant, traitable, et tout d'un coup, violent, colère, fougueux, capricieux; imaginez-vous un homme simple , ingénu , crédule , badin , volage , un enfant en cheveux gris ; mais pei^ mettez-lui de se recueillir ou plutôt de se livrer à un génie qui agit en lui, j'ose dire, sans qu'il y prenne part , et comme à son insu : Quelle verve ! Quelle élévation ! Quelles images ! Quelle latinité ! — Parlez-

819 RUBLLlfl.

¥OM d*aii« mémi partonae? me <foei«-«t)»» — Omi, da même , de TkMof, et de lui aeol. U orîe , il sV gite, il se roule à terre, il se relève, il tonne, il éclate, et da milieu de cette tempête il sort une lamiëre qui brille et qui réjouit ; disons-le sans figure , il parle eommf un fou et pense comme on bonmie sage; il dit ridiculement ded choses vraies et follement des choses sensées et raisonnables ; on est surpris de voir BAtb*e et édore le bon sens du sem de la bouffonnerie parmi les grimaces et les e<mtorsions. Qu*ajouterais-je davantage? Il dit et il fait mieux qit*il ne sait; ee sont en lui comme deux Ames qui ne se connaissent points qui ne dépendent p^nt Tune de Tautre , qui ont chacune leuV tour ou leurs fon^ tions toutes séparées* U manquerait tin irait à celte peinture si surprenante , si j'oubliais de dire qu'il est tout à la fois avide et insatiable , prêt de.se jeter aux yeux de s^s critiques ^ et dans le £ôtul aaseï dodlè pour profiter de leur censure. Je commence à me persuader moi-même que j'ai fkit le portrait è^ deux personnages asseï différents \ il ne serait pas même impossible d'en trouver un troisième dans Théodas; car il est bonhomnw, il est plaisant homme ^ et il est excellent homme */»

Son compagnon était coiiïé d*un petit diapeau el enveloppé d'un manteau rouge , sous lequel on aper» cevait une sangle et une épée de bois<

•^ Mesdames et m^sieurs , dit ce dernier en gam* badant » souffk^s que je vous présente deux nouveaux convives, -^ le Santeuil dd la Comédie itaUenite» pour cemmencer par votre serviteur^ et F Arlequin du couvent de Saint^^Victor..*

• €<»m^$, im%tk Watetcetiàér, 104», ^ «0» 4ll.

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C*AtAit le folâtre ckenoine qu'attendak la place vide dont nous avons parlé. U avait oublié Theure du souper aux côtés de Dominique Biancolelli, le compUce ordinaire de ses freisAnh; et, la mémoire lui étant revenue, il Tavait entratné 4 sa suite* ^— On en fut quitte pour se serrer un peu et pour rire jusqu^aux oreilles.

Le repas terminé , le Faucheur dit à Mézerai , resté seul avec lui :

— Voilà deux savants, compère !...

— Qui donc ?

— Parbleu ! Santeuil et Arlequin.

— Ah!ah!ah!

— Moque-toi tant que tu voudras , mais les savants que j^aime sont ceux qui savent divertir les gens.

Peu de jours après, Mézerai mourait d*un accès de goutte, ou, comme il le disait lui-même, d'un excès u de fillette et de feuillette » . 11 avait institué le cabaretier son légataire universel. On trouva dans un de ses tiroirs un sac de mille livres avec cette suscription narquoise : u C'est ici le dernier argent que j'ai reçu du roi. Aussi , depuis ce temps , n'ai-je jamais dit de bien de lui *. »

L'historien avait reconquis son franc parler. On raconte qu'il répondit crûment à Louis XIV, qui lui demandait pourquoi il avait fait de Louis XI ufi tyran :

— Parce que c'était un tyran.

Ceci nous rappelle le mot de Bemier, revenant des Indes :

* Uplace . Pièet» mUre$tante$ , t. III , p. 223.

— Eh bien , monsieur , lui dit le roi , de tous les pays que vous avez vus , quel est celui que vous préférez?

— La Suisse, repartit le médecin philosophe.

De telles répliques sonnaient mal à F oreille d'un

roi habitué à ne voir que des valets autour de lui.

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