‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 3 sur 23 · LES POETES DE CABARET · texte numérisé non relu

LES POETES DE CABARET

It GOBMrEH KT hli FOMME DR PIN.

Laissons se forme r et Sf développer librement les rèuiùoiis ujipt'ltH^i* h n^cHcillir F héritage de T hôtel ïlamlioiiîllet. Nous dirons, en temps et lieu, leur cUeiUt'Ic et leur résuhat lilU'Taire.

Il mi de toute jiiisiice de parler, avant d^aller plus loin , de deux sociélés Je ^ciis de lettres qui ont fait retentir de leur verve bruyante les eômmencements du dix-septième siècle , et que la postérité a confondues dans le ménie oubli , dans la même ingratitude.

Donnons^ aux impies le pas sur les goinfres. Théophile précède Saint-Amant.

Théophile de Viau, né en 1590, à Boussères- Sainte-Radegonde , sur la rive gauche du Lot , entra de plain-pied à la cour, au sortir de sa province. Gentilhomme et Gascon , brave et spirituel , il blessait du mot comme de Tépée , — quand il ne tuait pas. Les raffinés d^ honneur lui firent un accueil des plus chaleureux. Poëte, il fut sacré roi et eut une cour de poètes. Ils s'appelaient Sigogne, Berthelot, Motîn, Bergeron, du Rosset... Ils ne s'appellent plus ! Leur nom est resté enfoui avec leurs œuvres dans les recueils du temps.

Les succès de Théophile ne s'arrêtèrent pas là. L'exemple des raffinés d'honneur fut suivi par les grandes dames. Aussi nifaa-t-il .joyeuse et galante vie ; aucun souci ne venait la traverser. Il s'ahandonnait corps H toe «ux a*dinbraiif m iédu^lioas dont il était entouré.

Mais si Théophile , pécheur endurci avant Fâge , se préoccupait peu de son salut, quelqu'un y songeait pour lui. Nous voulons parler du hon, de l'excellent père Garasse , qui n'avait que ces paroles à la bouche : « Le feu purifie tout. » Ah ! vous êtes un libertin ! ah ! vous êtes un impie ! . . . Qu'on entasse fagots sur fagots , et qu*un déluge de flammes , enveloppant ce misérable , le lave de tous 8^$ crimes ! Pure question d'hygiène morale.

Quel curieux personnage que ce révérend !

ii C'est un esprit folâtre çt ])oi|ffon... un homnie qni s'attache indifféremment à tout ce qu'il lit , bon ou mauvais , et le met en œuvre comme il peut , avec des contes, la plupart méchants et ridicules. Au reste, convicieux partout, et malœ Unguœ, même en louant, et qui traite les choses graves et sérieuses falotement, et en termes de c^b^retier d'honneur, comme il parle, ou de charlatan ; ramasse tout ce qu'il y a d'ordure et de boue , et ne craint point d'en patrouiller son livre, ou plutôt son pot-pourri, jusqu'à y mettre contre soi-même l'alliance de deux synonymes convertibles, jésuite et assassin, ce qu'un homme de jugement n'eût pas réveillé. Bref, à voir ce qu'il écrit, îl joueroit mieux en une farce le personnage de Jean Farine, qu'il connoît... Il sait tous les blasons et quolibets du pont Neuf, et n'a point dp style que bâtarj, bizarre et déchiqueté partout de locutions et métaphores insolentes. Je ne vois quasi feuillet dans ce

SALONS BT 6ABARETS. V5

livré ^è 11 n'f ait du veau, cUi sot, du fitt, tant il est liatwrei d'avoir «n la bouche ce qu'on est*... »

Voilà r^niflio. Au demeurant, la para (krasse Aait un boa diable de jésuite , pr^Ê&raRt à la momie ^0 Gbarpoii, quMl nooime « le patriafshe des esprits fevts , » k morale de liaeette ,

La £|iaimse Macetle à la cour si connue , Qui s'est aux lieux d'honneur en crédit maintenue , Et i\iii 'l^'puis dh ans, jasqu'en ses derniers joun , • A (auLcan ic prii et l'mtmme d'amomn»

n Dsl vrai t]u« cette vieille <;liouette, « copime J'appelle brulalmiçïjt Régnier, fst ui^e çré^fure con- (}Lp iTi dévotion :

Kilf Ul fâipl Uemard, la Gwdc dat PécfataM,

Spp œil (put pénitent ne plèvre qu eau bénitd.

^tarasse n'avoue pas hautemeut sa prédileetion égrillarde pour cette m elergesse, n mais il la laiase percer dans le vagabondage de ses discours. Nous et^ ferons plus loin la prose du révérend. Décrîvons maintenant l'état des esprits à cette époque. Garasse n'est pas un anachronisme. 11 avait alors , sinon sa vaison d'être, du mpins son encadrement. Il n'a qu'un tort, c'est de ressusciter aujourd'hui sous la peau d'un journaliste et de vomir à nouveau un vocabulaire d'injures si maisonnantes , que le front de nos baren gères en a rougi. Nous ne sommes plus au temps oà les pédants, voire même pédants d'église, e' entre -jetaient « ûomorrhe »> à la tète, pour égayer la discussion.

*' Ogier , Jugement et censure du livre de Ui Doctrine (^rieuse de François Garasse, p. 1-4.

Donc Garasse , — Fancien , — sut bien choisir son heure. Le poignard de Ravaillac avait tué plus qu'un roi, il avait tué la vieille gaieté française. Henri iV répandait et provoquait les gaillardises autour de lui. La physionomie morose et ennuyée de Louis XHI arrêta le rire sur les lèvres. Apre à la curée amoureuse, Henri IV avait mérité le surnom de » vert galant » . Les filles de la reine disaient de Louis XIII à mademoiselle de Hautefort : u Ma compagne , tu ne peux rien ; le roi est saint » . Selon Tallemant , u il n'avoit d'un amoureux que la jalousie* ». Un jour, cette maîtresse immaculée u tenoit un billet, il le voulut avoir; elle ne le voulut pas. Enfin, il fit effort pour ravoir ; elle , qui le connoissoit bien , se le mit dans le sein et lui dit : u Si vous le voulez , vous le prendrez donc là? » Savez-vous ce qu'il fit? U prit les pincettes de la cheminée, de peur de toucher à la gorge de cette belle fille ^. » Continuons le parallèle. Henri IV s'était converti en disant joyeusement : » Paris vaut bien une messe. » Le trône gagné , il n'avait rien rabattu de son scepticisme goguenard. On raconte qu'étant à Poissy, il accosta la petite de Maupeou, future abbesse de Vitry, et lui dit avec sa fine bonhomie :

— Qui est votre père , mignonne?

— C'est le bon Dieu , Sire , répondit la jeune fille en baissant les yeux.

— Ventre-saint-gris! s'écria le roi très -chrétien, je voudrois bien être son gendre.

Louis XIU ne ressemblait en rien à son père , surtout en matière de religion. La moindre raillerie côtoyant ce sujet lui semblait un blasphème. U avait,

1 Historiettes, première ëdition, t. II, p. 69. » Historiettes, p. 70.

SALONS ET CABARETS. Tl

comme Louis XI , une dévotion toute particulière pour la mère du GHrist. Tandis que son ministre achève la besogne révolutionnaire de ce même monarque, en faisant le vide autour de la royauté , Louis XIll , dans une Déclaration solennelle , place la France sous la protection de la Vierge , u afin , dit-il naïvement , que tous nos bons sujets aillent en paradis , car tel est notre bon plaisir. »

Les courtisans se souvenaient du « Béarnais , » de celui dont le duc de Guise avait dit : u G^est un des plus agréables hommes du monde ^. » Libertins et sceptiques , ils regrettaient le roi des folles amours et des propos pantagruéliques. Ils n'étaient pas encore arrivés à T époque où ils devaient fournir à Bussy- Rabutin le chapitre de la Gaule amoureuse intitulé la France italienne. Louis XIIl , sorte de contrefaçon d'Henri III , les avait devancés dans cette voie , couvrant ses vices du manteau de la religion , qui couvre tout.

L'esprit de la Ligue n'était qu'endormi. U se réveilla le jour de la mort du maréchal d'Ancre. Les gens du peuple, les bourgeois et les prétres^pplaudirent à l'assassinat, ou plutôt au châtiment; car, selon les uns et les autres , le roi faisait acte de jus^ tice, et de justice éclatante. Dans la personne du prodigue , du voluptueux , de l'impie Goncini , il condamnait et frappait les débordements et l'irréligion de toute la race des courtisans.

u Ne point payer ses dettes quand on est aux champs ; faire le petit roi ; lever des contributions sur ses vassaux; faire travailler à corvées, frapper l'un', battre l'autre, faire des mariages à leur plaisir; c'est

» Brottîer, Paroki mémorables, p. 160.

^ bigitized by CjOOQIC y

1» AUELLBS.

pHié qtte d'afoir à vivire avec eui. Là gt^rre w»^ elle; on capitule avec le roi, ne le sert qn^en payant prend tout pour soi , appointe ces pauvres malotrue soldats (en petit nonabre) à courir la poule et ééBt* oker les cochoiis de nos fermes i n'y rien laisser qiM •e qu^ils ne peuvent avalw ou emporter ; et le pattvni Bianant et sa déplorable fanû^ eourbeni S9us ee Um insupportable*. »

VoÛà ee qm disait un pampUel écrit ioH» Fiae^imiîon d» U bourgeoisie et du peuple^ Quaal in ^rgé» il témoignait de la plus vive exaâpéi^tionk hà Mot de Beis-Yvon lui était entrée cotmmé une flécbe^ •A pleine ehair^ Cet impie ^ écbo des autre» e^urtift tane^ l'était ovbliô jusqu'à dire à un prédicateur qmt atail abueè dan» son sermon du Dem e^B imàcl^m t

-^ Ne me parles paft tant de Dieu \ td9S m'^i de» g^Àteriei l

La Hieture étaâ coinblei Garasae n'a plus.deMml lui ces indifférents dont il esquisse ainsi le portrait t

I y» font i|iielqaefi)is à la messe ^ quand ila t^en foitviemMAt^ quelquefois ils se eimfesseiH» Dieu ééîI eemMent \ quelqu^ois îb fréquentent lea religiewi pour leur demander à l'oreille s'il» croieaC en Dieu i il» entendent qudquefeis ks prédkationt pdur lee traduire en riséê^ lorsqu'ils sent écbauflés de^ vin., «^v

Le rir« avait eemplélemeni déraciné la M| let bittstieii étaient devewn de fnintd athées^ i U eel temps de frapper un grand eoup ^ » se dit alera 6a^ rasse)>et, rassemblant toutes ses forées ^ il prisse à pleine pintHne son {oratidable cri d'esterminatiett i tt iUles dans le £eii ^ aiéekuitel ^r

^ Pdurmenaâe cUs Bonsîiûfnmes , on îe fugemefii de noire sUcIe. ^ Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou prétendus tels..., p. 215.

SALONS ET OABAftETS. 19

Théophile de Viau fut le bouc émissake de toutes les haines et de toutes les vengeances» L* orage, passant sur les têtes des libertins de cour, éclata sur lui seul. Le poëte paya pour les grands seigneurs. C'était justice. N'était-il pas le plus riche? N'était-^ce pas lui qui avait donné le branle à leur gaieté par ses inépttisahles railleries? Il les avait teru» entretenus, marqtiié «I d^s y de sdA propre fonds. Quant un bon met ftmdttH r*if , ^ Sft^it qu'il sortait de la bouche dé fhéophik. ée ti*étéit pas que les eourtisans mètn* tfàn^eûi d'ésprit; mais itetre Gascoit en avait plué que tout le monde. Il donnait d'avance un écktanl démenti au mot de M. de Talleyrand, bon mot, du reste, niaisement fameux « car la foule n'est qu'une grande sotte. On le fit done l'éditeiir fespensable de toutes les joyeusetés impies qui circulaient au Louvre et semaient le rire autour d'un trône oh siégeait F ennui. Le pî'i'c Caussiii fut (Uiiï^jé d'ouvrir le feu. Confes^i^or àM roi* il troiïbiri c^Mtr âme timorée et W arrncha k drs^jrâce (k' Théo[>hile( Gé deFRieft qui Savait lire dflf ks physinnomteSy n*aiteiidii pal qné iû colère dfl mi se m n ni (estât en ftitokê et en ûeieê% " Le poi'te-^îrapuîiu de.s libertins el deê alliées ; * comme rappelle un auxiliaire du pèreCaussin*^ sui* vî| le cause il de ses amis et s'enfuit dans la direction de l'Angleterre. C'était fen mdi 1619» Il fut retenu quelque temps à CalàiS ptiV tinê fjolêfllt tffmpête qui lui inspira une pièce de Vers dont hoiis extrayons la Strophe suivante :

J'oy sans fctir f éT%é (}tiî p'éttàe , Et , fût-ce rheniie de ma matt , Je suis prêt à quitter tte port , • En dépit du ciel et de Tonde.

1 Jlaynaldus, De Theophilis, p. 239.

Je meurs d*eniii#.dati8 ce loisir , Car an impatient dësir De revoir les pompes du Louvre Travaille tant mon souvenir , Que je brûle d'aller à Douvre , Tant j'ai hâte d'en revenir.

L^ancre fût levée enfin , et Théophile gagna Lon* dres, où il sollicita vainement Fhonneur d*une entrevue avec Jacques I'". Le poëte , éconduit sans trop de façon , se vengea par une épîgranune de ce roi qui avait pour couronne un bonnet de docteur et pour sceptre une marotte.

Si Jacques , le roi du savoir , N'a pas trouve bon de me voir , En voici la cause infaillible :

C'est que , ravi de mon écrit , Il crut que j'ëtois tout esprit.

Et par conséquent invisible.

Théophile dut , comme Bois*Rohert , traiter T Angleterre de « climat barbare d . Il ediala ses regrets d^exilé dans une ode d^une forme magistrale , mais dont le lyrisme rapide est condamné par le maintien décent de V Ode à Namur :

Celui qui lance le tonnerre , Qui gouverne les élémens , *

Et ment avec des tremblemcns La grande 'masse de la terre :

Dieu qui vous mit le sceptre en main , Qui vous le peut ôter demain , Lui qui vous prête sa lumière , Et qui , malgré vos fleurs de lis »

^ Un jour fera de la poussière

De vos membres ensevelis , —

Ce grand Dieu qui fit les abimof Dan8 le centre de l'univers ,

SALONS ET CâBARETS. ^

Et qoi les lient tovjown^nvèrts A U pnnitioa des crimes .

Vent aussi qnc les innocens A l'ombre de ses bras poissant Trenvent on assure refage , Et ne sera point irrite Qae TOUS tarissies le dëlage Des maux où woos m'aves jeté !

Poésie élevée et de franche allure. Mais cher Théophile le prosateur était eucore plus grand que le poète. Il Ta prouvé dans ses Apologies , non^eulement par la virilité de son style , mais aussi par la sagesse des règles sur lesquelles il veut asseoir le talent de Técrivain. Le déhut est quelque peu romantique :

« Il faut écrire à la moderne ; Démosthënes et Virgile n^ont point écrit en notre temps et nous ne saurions écrire en leur siècle. Leurs livres , quand ils les firent, étoîent nouveaux, et nous en faisons tous les jours de vieux. L'invocation des muses ( à l'exemple de ces païens) est profane et ridicule. Ronsard, pour la vigueur de Tesprit et la vive imagination , a mille choses comparables à la magnificence des anciens Grecs et Latins ; mais il a mieux réussi à leur ressembler qu'alors qu'il les a voulu traduire , et qu'il a pris plaisir à les contrefaire... Il faut, comme Homère, faire bien une de^ription, mais non point dans ses termes, ni avec ses épithètes. 11 faut écrire comme il a écrit. C'est une dévotion louable et digne d'une belle Ame, que d'invoquer, au commencement d'une œuvre, des puissances souveraines; mais les chrétiens n'ont que faire d'Apollon ni des Muses ; et nos vers d'aujourd'hui, qui ne se chantent point sur la lyre, ne se doivent point nommer lyriques, non plus que les autres héroiques, puisque nous ne sommes plus au temps des héros ; toutes ces singeries ne

gi RUILLE8.

font ni le plaisir, ni le profit d*un bon enfendement. Il est vrai que le dégoût de ces superfluités nous a fait naître un vice ; car 1^^ esprit^ foibles que Famoroe du pillage avoit jetés daoi la métioF des poètes, n'étant pas d'eux-mêmes asseï vigoureux ou assez adroits pour se seryir des objets qui se présentent à r imagination, ont cru qu'il n'y avoit plus rien dans la poééle, at le «oat persuadés que les figures n'en Atoieiit poi»t, et qu'une métaphore étoit «ne extravagance... tt

Il condamne tout à la fois la eicheresse du style et l'opulence de mauvais aloi :

K L'élégance ^e nos écrivaini, ajout6«4*B, est à peu près selon ces termes t L'aurore tout d^or et d'azur , brodée de perles et de rubis , paroissoit ai|X portes de l'Orient; les étoiles, éblouies d'une plut vive clarté , laissoient effacer leur blancheur et devenoient peu 4 peu de la couleur du ciel ; les bêtes de la quête *revenoient au bois , et les hommes au travail ; le silence faisoit pl^ce au bruit, et letf ténèbres à la lutmière. Et tout le reste , que la vanité des faiseurs de livres fait éclater à la faveur de l'ignorance publiqife. »

On sent, à Ténergie et à la sobriété de cette plumii, que Pascal n^est pas loin.

De retoup en Fvanee, Théophile ne reparut plus à la COUP. Les portes du Louvre lui étaient fermées. En revanche , les hôtels de| grands seigneurs s'ouvraient tout béants devant ses épigramn^es. Le duo de Montmorency se signala pi|r Teoftpressiiment avee lequel il accueillit Théophile. Bei^ nombre 4* courtisans , que 6ar^8$§, Gaussin et Haynauld avaient tournés autrefois contre {e popte, li^i tendirent la main au dé-

' TcrjTio ào chasse.

SAtONS BT CABARETS. H

bôii«r. Ce revirenient «oodaii^ •i^ggir^ & Hêophile , dam 80B Epîtvê ma heteur, la réflexion luivante \ * N En B|0ii bani^isfttQieot j^étpU infôme et enmmd i depuis môR rappet, innefjent e( homme de bien) et b même ftcon de vivre ^ qui l'appeloit autrefois di« baudie , s^fippeUe aujourd'hui réformatiou. »

II mena donc, comme devant^ pétulante etJpySuse vie , de concert avec gigogne , Bertbelot , Motw ♦ Pa^ trix, Bergeron, du Rosset... toute la bande enfin des ppëtp§ ^^1 plaisir, G^rfjpp^eftpijs 4'0ub}ipr D^b^rf ^au^, Guillaume CoUet^t, Samt.Pavin p\ tuillier, l^ pr^ïpipr av^it Ijérité 4e TinçréflulUé èp son grand» ppclp Qepffrpy V^Hèe, pen4u pt brûlé m J574i çpipmfi a^t^ur 4Vn Uvre intitulé k Ff^ç ^ l<^ foy^ P^sb^rrfau^, ^Ipvé par le§ jé^uiiçs, ft^it ^QViï dç h^V^ vm?^ ^rmé ^^ gHÇTre ppptre j^ religion, qw'4 nÉ5 pe8§§ 4>PP»bl§r 4p seg sarpa?mp3, ^.pf rèv^rpp4g p^ fpnt p^§ 4'^Btre ^espgnç \ dpmandpz ^ Vplt^ir^i Pp3bf^rrP«W| était de Ift raçp dp§ VQ}|ipti;p^x, ^oft pfere, maître de# requêtes pf pré^idp^t ^h gw4 ^^ fifijl, li^} avait §c|^eté Hpe cfearge dp ppnseijjpr ^p Pftp? Ipp^pnt ^p P^ri^î 11 ^>p démit ^îei^w. Pr JPP aUPi rapporfpHf 4'ttpp ftff^ire, ;} b^ill^jt ^ J^ Ippl^re 4ft

jps^ipr, la im\m% Iw Prit 4? ferftier ipi pi^ppi 4u

îçf p^rtipil §t ré^fo§ frpi4eip§î?t (leY§pt pHps 8pn prQs

jet 4'§BtM%îféî Gptt§ mUtm h\ ppôtft pwq ç§Rti

]m^h y }#fl^Pm§în ^P f^ M9 éqçipép, H ^^aît

Y§ïi4a k ebftrgfi ^6 ^o«f§iliep pt s'était jeti k ^^fm p§rdu ^îi§ la m^k 4ôs lifefirtips et d^g impiis. ïîp^«

|ftrr§§p^ ftyait Tftttaq^P §t 1§ répliqi^p algrteg $| ^}, guisées. Il était Pantithè^e 4u fcpn Gi^illauDfie Cplc letet, qui laissait tomber ses malicieuses reparties plutôt qu'il ne les lançait.

tt Fadmirable tempérament que celai du eomplaisant M. Golletet ! s^écrie Urbain Chevreau. On ne Ta jamais vu en colère ; et en quelque état qu'on le rencontrât, on eût jugé qu'il étoit content et aussi heureux même que Sylla qui se vantoit de coucher toutes les nuits avec la fortune. Dans ses poésies, on trouve ce vers :,

' J'ai des maisons aux champs, j'ai des maisons en ville.

T» Mais ces maisons dévoient être in parttbus infi^ delmm, U étoit naturellement voluptueux, et pour le tenter il ne falloit être ni belle ni jeune. Gonune il ne vouloit point être en scandale à son voisinage , et qu'il ne pouvoit vivre sans quelque servante , il épousoit celle qu'il avoit prise , et qui n'étoit pas plutôt morte qu'il en cherchoit quelque autre dont il ne manquoit pas de faire sa femme. Nous allions bien souvent manger chez lui, à condition que chacun y feroit porter son pain , son plat , avec deux bouteilles de vin de Champagne ou de Bourgogne; et par ce moyen nous n'étions pas à charge à notre hôte. U ne fournissoit qu'une vieille table de pierre sur laquelle Ronsard, Jodelle, Belleau, Baïf, Amadis Jamyn, etc., avoient fait , en leur temps , d'assez bons repas ; et comme le présent nous occupoit seul, l'avenir et le passé n'y entroient jamais en ligne de compte. Claudine, avec quelques vers qu'elle chantoit, y choquoit du verre avec le premier qu'elle entreprenoit , et son cher époux , M. Colletet , nous récitoit, dans les intermèdes du repas , ou quelque sonnet de sa façon , ou quelque fragment de nos vieux poètes , que l'on ne trouve point dans leurs livres *. »

* Chevrœana, t. I, p. 29, 30.

LoiMier était un des plus riches de la bande. Il jouissait de dix-huit mille livres de rente qu^il menait rondecaent, avec F aide de Desbarreaux. Il aimait à se mêler aux gens de lettres et voulut aussi faire ses preuves. Il composa un ouvrage qui eut quelque succès. Cet ouvrage est intitulé Chapelle. « Étant maître des comptes, dit Tallemant, il eut unç amourette avec une de ses parentes qui étoit mal avec son m^ri ; il en eut un fils , et , par son crédit , quoique cet enfant fût adultérin , il le ût légitimer, et lui assura de quoi vivre par le consentement de ses sœurs *. » Mais laissons Chapelle, pour ne parler, en ce moment, que de son père. Luillier, comme Colletet, s* est rendu célèbre par ses amours ancillaires. « Ses sœurs lui envoyoient , sous prétexte de lui faire des confitures , une jolie suivante qui demeuroit deux mois tous les ans avec lui. 11 n^avoit que des femmes chez lui, et disoit qu^ elles étoient plus propres-*. » C'était, en fm de compte, un garçon de belle et gaillarde humeur. Il avait le masque du curé de Meudon. On le rencontrait souvent par les rues, entre Desbarreaux et Saint- Pavin. Nous avons déjà, par quelques coups de crayon, fait connaître ce spirituel bossu. Complétons son portrait tracé tout entier par lui-même :

J'ai le nex poîntn , je l'ai long.

Je l'ai mal fait , mais je l'ai bon ; Et je seng venir tontes choses De pins loin que l'on sent les roses.

Enfin je pnis dire , en nn mot , Que je n'ai pas le nex d'nn sot.

La société des impies se réunissait d^ ordinaire chez le Cormier ou à la Pomme de pin ; ce cabaret

< BittorietUs, première édition, t. UI, p. 220. » HUtoriettes, t. III, p. 220.;

•a AtlBLL«di

fkmôttx , oAèhfè ilijà pal" ViUoii it pat Rabélats , était ouirerl non loin de Noti*e-Daiii0 , tue de la J^U tetÏBi en faca de Tôglise de 1» Madeleine ^ àèïÉfAïê en 17B9.

Lorsque, Fkiver pâisé, 11 pfenAtt fitutatsië ft t^iii eel fott^ d'aller respire^ Tair embaumé de la taiH*» ' pagfie^ ils montaient en bateau i #uî¥aied( le fil de \é Seine, et, t'arrètant à Saint^-Gloud , débarquaient ft rhdtel du PeUhMoré^

Qu'à cause da bon vin tout iùberon honore*

La ttlilsê dé hoi poètes étaient Une luronne Êirè-^ flietit campée sur ses hanches et douée de joues rt chôment carminées. Les « lieux d'honneur n qu*îla hantaient avaient coutume d'entendre des propos peu orthodoxes en morale ou en religion, Tantôt, é^étaîent Théophile et Desbaiteaux qui faisaient fléché de tout boië contre Tenfer et toute la diablerie; ei tantôt Motin et les autres , qui faisaient iailllr avé«i lé vîft une épîgrammë ou une chanson, Motin , dont lé glacial fioileau a critiqué la froideur , avaît la spé* •cîalilé des « vers gaillards « . Pourtant 8 ne dédaignait pas lé genre bucolique. Nous avons trouvé dans ses œuvres une jolie chanson qui commence ainsi :

Que j'aime eét peUts tivtgef ^ Semés de fleurettes sauvages t Beaux yeux à l'amour destina» « Je le connaît, fo«§ ta ?eitfa.f<4

Tandis que Motin le Gaillard , obéissant à un bi- Éûttê éapricc, chantait éëtte hluetté naïvô^ ôon confrère Colletet reudoulait grotesquénlent , éi avéé une mimique appropriée à la dreoaitanee» U Dmhgne d'un amant et d'un ivrogne /

VArtANf»

fiies né conteste gi fort ma vie (Jae le bonheur de voir Sylvie.

l'ivjkmsnb.

fiièii fie cohtenie mon oreille Cottmd k iàû d^tlné botiteiié.

Nos UiiMIâfl allaient TMophile eu tête Jetttili dé par le mon je l^i tréaorfl d^uii espHt nartjiioit ô( acep* llq^ti II kar ailÎTaîl qiÉelquefois ) au taiiliëu àU fuÂtêea de Tivretséi de s*abandonnër au coHfani d'uite i»flpiratÎ0n effr£héët Toute padtfur était laiaeéf al^rs au fond des Iktateillesi 11 plràvait dei grôl Btottf qili ne tombaient pân i terre ^ mais dané des oreilles totltes béantes^ D'avides libraires) 6olléi oottti^ la pbtïë^ ti-nnscrivaieiil frdMemetit d«f Vers dietéi pal Vëi^iet Lorsque Des misérables Spéeo» latetirs earent fait une suffisante moisson de pritl^ pies 9 ils les livrèrent au pttbËoi en leur doiinànt effreiitèmelit petar passe^port le nom de Théopbilei 6tf rëeudî de « gaietés » parut en 16Si| sous la double titre de i Parnasse satyrique n e%àe « Quiâ» tessence satyrique. » Sa publicatiotl sëulevu tme da^ BMur immëlisé èiontre Tbéopbilei II fut setil ëbiltgé iéê hâpréeations siupidés de la foule, quoiqu'il eÀt dèl ecmipliees) itiais dtfs compliooi prôtéaés par leur obseturitéi Ils avateiit Hom Frénide, Berthdet et G. Gobletett Gi né fut 4{ae plut tard que ee dernier acquit i|tidqtlé jr^utatioiii La gfandé renonknée de ïbéo*^ phile de Viau le dénonça donc à la haine pUbliqdOi II élût toujours reu&nt gâté de la mautaiie fortune.

lie père Garasse Taitaqua oîltrftgeusemëiii | eomme il eonveitait d-attaquer « Tun des (irindpdttlL tbeft de la bande libertine* « . Mais avant de le prendre

' Doctrine curieuse, p. 885.

& corps, il distribua quelques coups de gourdin à droite et à gauche. Le digne jésuite entama ainsi la lutte :

tt Je confesse qu^ayaut lu les Priapées de Bèx€ , revues, corrigées e| augmentées sur la lin de ses jours..., je ne pensois pas que Timpudence pût aller au delà et pût inventer des paroles plus infâmes , des termes plus horribles, des figures plus honteuses... Mais je vois que je me suis trompé , car depuis trok ou quatre mois est sorti au jour un livre en deux parties sous le nom de Parnasse satyrique et de Quintessence satyrique, le plus horrible que les siècles les plus païens et les plus débordés enfantèrent jamais. Les principaux auteurs qui s* y nomment sont Théophile, Frénide (Frénicle) etColletet. Pourquoi je pense avec raison pouvoir défier les diables de luxure, de fornication, de sodomie et de brutalité, de faire pis qu^ont fait ces trois gosiers de cerbère, quand ik ramèneroient dans le christianisme toutes les florides et priapées de Tantiquîté et toutes les vilenies des earpocratiens , toutes les hontes des turlupins. . . * »

Voilà le style du père Garasse. Si le Parnasse sen lyrique » fait rougir n , la Doctrine curieuse fait lever le cœur. On dirait d^une leçon de morale donnée par un moine en débaudie. Interrogez plutôt un homme expert en ees matières, celui-là même qui devait servir de second à Balzac dans son duel avec k père Goulu :

• « Il est, dit le prieur Ogier, très-justement défendu aux comédiens, bouffons et bateleurs, de se vêtir de rhabit des religieux ou religieuses et de les porter

* Doctrine curieuse, p. 180, 181.

sur le théâtre. Mais je crois quMl est encore plus étroitement défendu aux religieux de prendre Fhabit des bouffons et de comparoitre en cet équipage au mépris de Dieu et de Tordre ecclésiastique. Or qu^estee de prendre leur habit , et de se couvrir de leurs haillons, au prix de se revêtir de leurs humeurs,

emprunter leurs mots de gueule et de b , ne faire

parade que de leurs rencontres mordantes et satyriques? Garasse ne se soucie pas d'entasser Tun sur r autre toutes sortes de fables ridicules , tous les ti^aits de raillerie des saltimbanques et charlatans , pourvu que d'estoc ou de taille , à tort ou à travers , il puisse les coudre à son discours... — Garasse! gausser et rire quelquefois est le propre de T homme; toujours rire , toujours railler , et mendier curieusement toutes les occasions de faire rire son lecteur pu son auditeur, est lé propre d'une béte... Voilà le défaut général que je remarque en sou style, qui est d'être bouffon partout; en voici quelques autres particuliers. Premièrement, j'observe qu'il y nomme trèssouvent des choses exécrables qu'il pourroit déguiser d'une sorte qui n'offenseroit pas tant les oreilles chastes... En ces occasions, il faut imiter ce peintre

Qui peignit sans la peindre nne extrême douleur....

et voiler ses impudicités sous la courtine du silence ou de quelque honnête déguisement. Secondement, il y nomme incessamment ces lieux de débauche , la Pomme de pin et le Cormier , jusques à en soûler le lecteur... Tellement que qui veut maintenant savoir où en sont les fameuses tavernes , qu'il lise Garasse. Qui veut savoir à quel prix on y est traité, qu'il lise Garasse. Qui veut savoir où l'on vend le bon vin, qu'il lise Garasse. Vraiment s'il vient à mourir,

9^ lUBLLSSi

MaitU eû feront let vottiiit i Car il enseignait iei boni vins.

Quatlt à la Poiiimé de jpin , je iie sais pourquoi il en lait mention nommément. Pour le Cormier^, sans doute il lui ihet iin bouchon dans son livré {^our té i-écompenser d* un traitement qui lui fut fait, lorsqu'il prêchoit cet Avent passé a Saint-Èuslacte^ «

Ogier n*a garde, en attaquant la Doctrine cm* rieuse, de prendre èri main la défense du ParndSsi salyrique. Il le condamne même liautement, mais il Tansout tout l)as. Quoi de plus naturel? tin amical éckailge de sonnets ne s*est-il pas établi entre lili et lin des collaborateurs de ïhéopbile de Viau? Le bon

E rieur pèut-il marcher de compagnie avec lé pire arasse , attiser avec lui le feu du bûcber et y jeter mécbanmaent Guillaume Colletei qui a écrit ces vers :

Ogleri dé qot U fiàiifé eii j^êfhêi timêe,:^.

Mai» revenoiii & Théophile. PoupihM pfti* lare^r« dei niais et d«9 dévots 4 ottît^nM^ U i# réfttgiéft tatitôl chei Luillier» tantôt ehei DdsbatteAltx ^ et ptt^ fols ehex 8aitit^Pavln« U ne sortait que ift tittili « comme les chouettes ^ n ainsi qu'il le dit lui-même.

Pendant ce temps , le parlement était sommé par le ekrgé de faire eesièp k tcaiidale «Misé par UPe^ wum êaêt/riquêt U ialkii an |ilits vite ÀUmnèr k bûchdr de Ludlio Vatiini^ u p»mtë pepilhnit lequel du fond de Tltelle ft*est venu bràler m fett du ImiÊ^ gnedoc^i n Mais Parie b'eet pes TottlotiiA, et le fme^

* d« cabaret était aiiué r«e des Pdsaë«-S«int-6eilBftiA-rAiËi«cMiij 2 Jugement et censure au litre de la boctrine cwrieuse, p. 4| l§.39,4i.

' Garasèe, Boctrine atrituie, p. 91.

SALONS ET OÂBAIIETS.' Ot

lemeiii de Paris recula devant Fodieux et le ridiotilë d^un pareil proeès; Il M pourtant eotitraint, à là fin ^ de céder à la double pression du populaire et àeé gens d* église. Aussitôt que les poursuites éomnien'' cèrent^ Jean Cruôrin s^éeria grotesquement daiis sa chaire (

u Béni toit M. le président, et béni soit Ht. U proearotir général qiii iront purger Paris de cette peste! i i i €*esl toi qui es cause- que la peste est dans Paris * Je Araii après le irévérend père Qarassé^ que tu es uf) bélître^ que tu eé un veauf que dis-je^ un veau? d*un veau la chair en est bonne bouillie, la chair eË est bonne l'diie. Mais la tienne , méchant , n'est bonne qu'à dire gtillêe: Aussi le seras-tu demain. Tu t'es fiioquè des moines ^ et les moines se moqueront de toi* »

Quelle délieleuse phyéloiioniie que celle dé Jêftâ âuérînl II est aUssi éloquent du poing que dé Ift parole. Aussi ses détracteur^ oUt-^ils dit de lui s (t II IÉ0 tonne pâs^ il eëgnel » Pautre Jean Guérin! Il ti*atu^ jamais le triste don de nôns indigner : il esi trop réjouissant;

Théophile n'était paS tout k fkit dé Uoiré âlfië; tl est m^i qfle sa u chair n était en jeu^ et qu'on se Insigne difficilement ft de voir ^ grillet' a en pef^ êpëeibfe.tt Le poëté ne rii dono que dti bout deé lèvres de la Sortie bouffonne de Jean QuôrfU; 11 «en* kit qn'U itait temps de gagner lé large. Là «elli^ eltude de ses tt&is s'était refroidie devant k fUreui» delà popnlaée^ l'indignation du roi et l'atteëtâtiotl dei éditeui^ du Pamaêse êat^iquéi

De Viau prît la l'ente dtt LangUéJoé et se dirige* Vëtt la demeui^é d*uri gentilhomme huguenot ^ avetf lequel il était lié, ainsi que Desbarreaux. Nous voU-

9â RUELLES.

Ions parler du baron de Panât, qui avait failli être briilé à Toulouse , comme disciple de Lucilio Vanini. C'était un compère assez fantasque. On disait de lui, selon Tallemant :

tt Lou baron de Panât puteau mort que nat. n

Il avait été mis en terre fort prématurément.

tt Le bruit couroit que sa mère, grosse depuis près de neuf mois, mangeant du hachis, avala un petit os qui , lui ayant bouché le conduit de la respiration, la fit passer pour morte;* qu'elle fut enterrée avec des bagues aux doigts; qu'une seirvante et un valet la déterrèrent de nuit pour avoir ses bagues, et que la servante, se ressouvenant d'en avoir été maltraitée, lui donna quelques coups de poing, par hasard, sur la nuque du cou, et que, les coups ayant débouché son gosier, elle commença à respirer, et que quelque temps après elle accoucha de lui , qui , pour avoir été si miraculeusement sauvé ^ n'en fut pas plus homme de bien, n

Panât reçoit d'abord Théophile à cœur ouvert. Mais , la réflexion venue , il se rappelle les dangers qu'il a courus autrefois comme blasphémateur et s'effraye de ceux qu'il pourrait courir comme hôte d'un athée. Sous l'impression de cette panique , il enjoint durement à Théophile de s'éloigner de sa maison. Théophile, indigné, tire son épée et défie le baron de le pousser dehors... Panât met aussi flamberge au vent , et nos deux amis de ferrailler à qui mieux mieux, jusqu'à ce que, de guerre lasse, ils se précipitent dans les bras l'un de l'autre. Mais, quelques jours après ce beau dénoûment, l'hospitalité conquise de haute lutte sur le baron de Panât sembla trop pesante au poète. 11 gagna les Pyrénéat^. où il rencontra un asile cordial et sûr. u Là, dit-4I,

Là, vrtiment, l'amitië d'un matqnlt favorable Qai n'eut jamais horrear de mon sort déplorable. Divertit mes soncis , et dans son entretien Je ironvai du bon sens qnt consola le mien. •

La conversation de ce seigneur, tout affectueuse qu*elle fût , finit par lui paraître quelque peu monotone. Alors, déployant de nouveau ses ailes, il s^envola sur les bords de la Garonne, dont il se plut à contempler « la grandeur farouche » . Une lettre du duc de Montmorency vint le surprendre au milieu de ses poétiques méditations^ Chantilly lui était offert comme refuge. Théophile reprit en toute hAte son bâton de voyageur , heureux de se remettre sous Fégide de cette illustre protection. Ce fut sous les bosquets de Chantilly qu*il composa sa tragédie de Pyrame, représentée au Louvre et couronnée du {4us grand succès. Ce triomphe cachait un écueil. L^arrét du parlement tomba conome une doudie d'eau glacée sur les illusions du poète , qui avait la bonhomie de se croire inexpugnable derrière ses lauriers. On le condamnait par contumace pour donner satisfaction à la tourbe des hypocrites et des imbéciles. Accusé et convaincu de lèse-majesté divine et humaine , il devait être brûlé vif en place de Grève , après avoir fait amende honorable devant Notre- Ikime. Le même arrêt frappait Berthelot et G. Colletet : le premier était menacé de la potence et le second de neuf années d'exil. Quant à Frénicle> impliqué aussi dans le procès , le parlement ordonnait qu'il en serait plus amplement informé.

On remarquait parnii les plus ardents persécuteurs de Théophile un jeune seigneur dont il avait jl^ foulé la vanité aux pieds. Ce courtisan, épris d^une des fiUes de la reine mère, nommée Diane, avait

M RDILLKS,

composé en 9011 henneur des ver» 4*an^ phtitude hors de ligne. Théophile, jptçrrogé s^y U Vllév^^^ àe la chose , s/éfâit prononcé ^n toute frftpchiw. Sur ce, grande colère du poétereau blasonné. Il regimbe, plein d^ingoldnce , et traita de haul son jugf , oui le »oufflett« i^veo eettç épigrammê ;

La içnne beauté qaç tu ^ef| j Car plane prenait fie» cerfs , £t ta maltrçgse a pris un iae,

I4P p»éter«Au, bmnilié et furieux, pa mit taul natu* itfillement & hr»ir$t avec; hm Guérin,

Théophile n'attendit pai que la maréchautséa tînt r&ppréhende? au eorps à Chantilly. Aussitôt hfemm tence rendue, il quitta de nou¥eau cette demeura hospitalière, Après a^ir erré en Picardie fi ei^ Flandre, il allait s* embarquer peur regagner VAum gleterre, lorsqu'il fut arrêté par des émlsiairei d| père Voisin et ramené h Paras pour étra enfermé à la Cloncificgefie^ dans le eac|iot de Ravaillac. Affreoi s^our !

On n'y voit le ciel gue bien peu , On n'y f oit ni terre ni feu ; ' ûo weuBt ds l'm qu'on y r^iplrei TqPSl^f flbjpM y Jpftt glaces j §i bien que) c'est ici l'enipirç Où les yivants sont trëpassés....

Vn silence de m6rt s'est fhit autour de Théophile. La peur a tout glacé, jusqu^à Tamitié du due de Montnaorency. Garasse seul est resté fidèle au prisonnier. Le révérend n'est pas homma à abandonner un ennemi dans la détresse. Il s^attache à ses pas et lui reproche de monter au Parnasse quand il ne de-

SALONS XT flABARETS. es

Vftait Mngw €p}k monUr èm eîel. « Je troiva, diWil, qu'il a bien pe« de tentiment de religîoa et le sens assoupi : on parle à Paris de le faire brûler, et il a^amuM 4 faire àtM «imaf ^. » Garasse ne sa contente

Sa» de cette admonestation. Il tanoe encore Théophile ^avoiv avancé « une maxime très^pieurienne et athéiste tout à fait , disant 2 que les tempéraments du corps forcent les mouvements de Fâme , quelque diseoppB qui s-oppose à cette fiéoessité^, n Haro sur ce libertin I il a osé ajouter « quMl faut avoir de la passion non-seulement pour les hommes de vertu , Hiais auâsi poup les belles fsiqiiiei^ p Le révérend se voile la face et fulmine contre la Premiers Journée ée Théophile, qui « contient plus dUniquités que le Jour naturel ne contient de Vnoments et de mi* autes*. I» On y lit :

« QuVntre les plaisirs du monde , s^étant sauvé de celui des femmes , sans préjudice de sa santé , il ne se

Sorte plus aux voluptés secrètes qu*avee quelque m(^ ération, qui est, ajoute Garasse,^ publiquement autoriser IMmpudicité , car tout le monde sait bien qui est Hiéophile, e'est-é-dire qu^il n*est point marié , un garçon vague , qui n^a ni famille , ni maison d'arrêt, et partant puisqu'il proteste publiauenent qu'il a èes voluptés secrètes (parlant de celles des femmes) et qu'il s'y porte avec quelque modération , je dis que cette proposition est immodérée et scandaleuse , contre l'honneur et le règlement , nonseulemeut de Jésus-Christ^ iqEiais encore de notre

I Hféhfh in fkn Shmmfoik dtrm$$ê pêur $êH ïhu êâffOn êm

« Apologie, p. 240, 241.

* Apologie , p. 242.

* Apologie, p. 243.

police, qui non-seulement ne permet ni n*autorise telles voluptés , mais les défend et punit très-rigoureusement ^ »

he réquisitoire est en règle. Balzac entre dans les rangs de la u bande noire » . 11 met ses rancunes d'homme de lettres au service du père Garasse^ dont il se fait platement le caudataire. Gitona sa lettre à Boutillier, évéque d'Aire :

a II (Théophile) a mieux aimé, écrit-il, finir par une tragédie que d'attendre une mort qui fût incon^ nue au monde et ne faire rien que des choses ordinaires. A ce que j'apprends , et si le bruit qui court est véritable, il s'est imaginé qu'il pouvoit èljre ce dernier faux prophète dont la vieillesse de l'Église est menaeée; et, quoiqu'il soit né pauvre et qu*il eût peu de fortune , il a été si présomptueux que de se prendre pour ^celui-là qui doit venir avec des armées troubler la paix des consciences et à qui les démons gardent les trésors qui sont cachés sous terre. Du temps qu'il se contentoit de faire des fautes purement humaines, et qu'il écrivoit avec des mains qui n'étoient pas encore coupables , je lui ai souvent montré qu'il ne faisoit pas d'excellents vers, et qu'il s'estimoit injustement un grand personnage. Mais, voyant que les règles que je lui proposois pour la réformation de son style étoient trop sévères, et qu'il ne pouvoit pas venir où je le voulois mener, il a jugé peut-être qu'ildevoit chercher un autre chemin pour se mettre en crédit à la cour, et que , de poète médiocre , il pouvoit devenir grand législateur. Si bien qu'on dit partout qu'après avoir renversé quantité de faibles esprits, et paru longtemps au milieu d'une multitude ïquo^

* Apologie, p. 243.244.

rsnrte , Î! ti feit i la fin comme "un liomme qui su Jetteroît tians un précipice poxn* tec^érir la réputation 8e bien 'Sauter*.»»

Le père Goulu Jeraît venger le poÇtê. Maîs'*rhéophile voulut fusf iger Ffepîstolier de ses propres mains :

tt Waiyant pronÛB autrefois^ rëpondît-il à Balzac , m»fe amitié que J'avoîs si bien méritée , il faut que votre tempérament soit bien mauvais , de m" être venu quereller dans un cachot et vous joindre à T armée de mes ennemis, pour braver mon affliction 1 Dans la vanité que vous avez d'exceller aux lettres humaines^ vous avez fait des inhumanités qui ont quelque chose fle la fièvre chaude ; mais je reconnois qu'yen disant mal de moi , vous en avez souffert beaucoup. Vos missives difEamatoires sont composées avec tant de peine que vous vous châtiez vous-même , en mal faisant; et votre supplice est si conjoint à votre crime que vous attirez tout ensemble et la colère et la pitié, et qu'on ne se peut fâcher contre vous sans vous plaindre... Bans les vanités que vous faites de vos maisons et de vos valets , qui feroit F éloge àê vos prédécesseurs vous rendroit un mauvais office. Votre visage et votre mauvais naturel retiennent quelque chose de la première pauvreté et du vice qui lui est ordinaire; je ne parle point du pillage des auteurs. Le gendre du docteur Baudius vous accuse d'un autre larcin ; en cet endroit j'aime mieux paroître obscur que vindicatif j s'il se fût trouvé quelque chosQ de semblable en mon procès, j'en fusse mort, et vous n^eussiez jamais eu la peur que vous fait ma délivrance... Je trouve que vous m'avez voulu nuire» d'autant que vous m* avez offensé, Si vous eussiez été

^ Ménage , Anti-Baillet , in-^o, p. 200.

os riieli.es.

assez honnête pour vous en excuser, j^étois asseï généreux pour vous pardonner. Je suis bon et obligeant , vous êtes lâche et malin ; J9 crois que vous suivrez toujours vos inclinations et non les miennes. Je ne me repents pas d'avoir pris autrefois Tépée pour vous venger du bâton ; il ne tint pas à moi que votre affront ne fût pas effacé ; c'est peut-être alors que vous ne me crûtes pas assez bon poète , parce que vous me vîtes trop bon soldat. Je n'allègue ceci pour aucune gloire militaire , ni pour aucun reproche de votre poltronnerie ; mais pour vous montrer que vous deviez vous taire de mes défauts, puisque j'avois tonjours caché les vôtres... Je vous avoue que je ne suis ni poète ni orateur. Je ne vous dispute point l'éloquence de votre pays : vous êtes né plus proche de Paris que moi. Je suis Gascon, et vous d'Angoulême. Je n'ai eu pour régent que des écoliers écossois , et vous des docteurs jésuites. Je suis sans art, je parle simplement et ne sais que bien vivre. Ce qui m'acquiert des amis et des envieux, ce n'est que la facilité de mes mœurs, une fidélité incorruptible et une profession ouverte que je fais d'aimer parfaitement ceux qui sont sans fraude et sans lâcheté... Soyez plus discret en votre inimitié. Vous ne deviez point faire gloire de ma disgrâce ; c'est peut-être une marque de mon mérite. Vous n'avez été ni prisonnier ni banni; vous n'avez pas assez de vertu pour être recherché; votre bassesse est votre sûreté. Je ne tire point vanité de mon malheur, et n'accuse point la cour d'injustice ; je me console seulement de voir que ma personne est encore bien chère à ceux qui m'ont condamné. J'ai été malheureux, et vous êtes coupable. Mais quoi! la fortune s'irrite continuellement de quelques grâces qu'il a plu à Dieu me départir ! Aussi

suis-je satisfait de ma oondition , et je trouirerai toujours parmi les bons assez d^honneur et d* amitié pour ne me piquer jamais du mépris et de la haine de vos semblables. Si je voulois verser quelques gouttes d* encre, sur vos actions, je noircirois toute ma vie. n

Balzac courba la tête sous cette réponse écrasante. 11 lâcha pied, mais comme le Parthe, en lançant cette flèche empoisonnée : u La vérité, dit-il, ne peut se placer sur des lèvres impures. » Ce trait frappait un homme placé sous le coup d'une sentence de mort.

Malherbe dit aussi son mot, mais en ennemi généreux. Il attaqua le poète , mais il défendit F accusé, a Pour Théophile , écrivit-il à Racan , je ne saurois que vous en mander ; c'est une affaire qui , selon la coutume, fit un grand bruit à sa nouveauté. Depuis, il ne s* en est presque point parlé. Ce qui m'en donne . plus mauvaise opinion , c'est la condition des personnes à qui il a affaire. (11 s'agit des révérends Voisin , Raynaud et Garasse. ) Pour moi continue-t-il , je pense vous avoir déjà écrit que je ne le*tiens coupable de rien , que de n'avoir rien fait qui vaille au métier dont il se mêloit*. » Pure boutade de rival! Théophile , bien supérieur en tout à Malherbe , Ta tt paranymphé » , dans une de ses élégies , avec un rare désintéressement et en vers d'un beau jet :

Imite qui voudra les merveilles d' autrui.

Malherbe a très-bien fait , mais il a fait pour lui. Mille petits voleurs l'écorchent tout en vie. Quant à moi , ces larcins ne me font point d'envie ; J'approuve que chacun écrive à sa façon.

J'aime sa renommée et non pas sa leçon.

Ces esprits mendians d'une veine infertile Prennent à tout propos ou sa rime ou son style ,

1 Lettre do 4 novembre }Ç23.

Bi à$ i9ni d'pRl«OUW(f qu'an iume tu lui tl liftoi

pour p^aftre auipurd'hBÎ d'açpsi m^OFftl^fi g^fi Que paraf antrefoîs la corneille d'HoracQ, Ils traf4illen| un mois k chercher comme à fils Bffiurra f '«pparien la vime df If taphia.

Théophile çppsaer^ \e^ Jongues J^p^rep |}^ l^pHfoft I composer (f§s /imhgWf do^t }^ répliq«*e 4 P4^a g§t un î?pi^arqijapîe épVwtUJoîît U ^oppa tort ai^ pèrg Hapin, qui ^i\^ ^^Rg |in ppdroit 4^ §pf néjfçii9n§^ « que ce poète np |>st piqué qup 4'psppt| çj g^^jl a fî^it §011 capital 4e go» iwagip^fioft*, ^

Qn nç rencoptr^ ^^ci^np tr^ee dg ppjèr^ 4ft^ b 4^ftn8ç de ThépphUet l^p §{yle en çst ï^ie^^ré, fer^ag et ippi^if, Une 4i^lept}qvi0 ge^f ép y pr^n4 pprps ft çoFp§ Jpg iiïjures et lp§ flae^spi^ge^ 4e }>tt^q^e, Tpijt c§t écjiftf^udage 4p preuyps ^am^§^p§ 4^n§ 1% fopgf crpuk coipîiJê un pj^â^p^tt 4p ç^rte?, QhpUp egt ]^

^ase 4g î'iippiis^tion ? pe§ téippi«§ guborn^s. f^ péri Vqigin a pip|i5piftpnt racolé et ?P^4pyè 4es pJ^epap^Qj (pis qi^e fionnpt, S^jpt, iiuibert e| ^utrp§. \\ s'^f l^is^^ pmpprtef par nntpmpér^î^ce 4^ son spèfe Pin

pl^ilg inet frpi4§iftept }p pip4 §11? Wmn pt V^GFSse comm^ ]inp bf tp y^piippusp, Raynaçid Pt 6ar«ie mi le même sort. Quant au parlement , de Viau nous le montre obéissant en esclave auxbaines 4* upp légion de cuistres. Il fait pnfin le procès a^i pfpcès pt réduit à néant tp^tpg Ips p}ècp§. Qwpi qu*il en §qH, QXt le retient deux années dans le cachot humide et ténébreux de Ravaillac. Il en sort le !•' septembre 1625. banni et mourant,

Grâce au duc de Montmorency, Théophile reçut

» TitonduTUlet, Pâmasse français,

Digitizèd by VjOOQ IC

SALONS BT CABARETS. 101

un adoucissement & sa peine et put te retirer à Chan^tillyi où, un an après sa délivrance! il rendit le der-« nier soupir entre ses deux, amis , Desbarreaux et Uairet« Il n^ avait que trente^ix ans,

8a mort a donqé Ueu À plusieurs versions « On prétend f d^ abord i qu'attaqué d'une fièvre tierce à Senlia , il but , pendant Taceès , deux bouteilles de vin d'Espagne I qui le firent passer de vie à trépas» D'un autre cdté, Chorier raconte t dàps son livre lur Pierre de Boissat :

« Que Théophile, étant au lit de U mort et recevant la visite de son ami Boissat^ lui témoigna une extrême 0nvie de manger des anchois^ Celui-ci, qui croyoit ce mets fort contraire à un malade, le lui refusa, et depuis s'en repentit « disant i quand l'occasion se pré« sentoit d'en parler, que ces anchois auroient peut- ^e sauvé la vie à son ami | la nature souhaitant quelquefois des choies quif toutes malsaines qti* elles paroissentf lui sel^olent très^^salutaires par la disposi*tion où elle se trouve*, p

Une troisième vsrsion met un hareng Sauf & la plaSe de l'anchois et fait retomber sur Mairet la res« ponsabillté du poisson refusé. Ce n'est pas tout* Od Ll^ dans les lettres de Gui Patin i que Théophile mou^ mt ^ d'nlie pUule narcotique ^ue Qui de Labtosse lui donna peur domiii'» dont il dort encore '4 » Chari-* table allégAtiott d'un eonfirère 1 ÉcaHons toutes ces légendes f pour ne lious en rappottef qu^au témoignage de Desbarreaux^ qui^ eomme nous l'avotts dit| l'aSeista à s6S demi^rt moments*

U avait à peine fermé les yeux^ tfà'un hotbme de

« AitH-Bttaièi, ^. m, iwfe.

> ÉditMS Rëteittë-Ptrin, i Ul, |ii 3S9.

c<»ur s* empressait de recueillir ses œuvres et surreillait leur impression avec toute la sollicitude d'une piété enthousiaste. Elles parurent, précédées d^nn défi, en guise de préface, à l'adresse de Jean-Louis Guez de Balzac. Voici cette pièce singulière, où éclate une admiration illimitée et grosse de menaces :

u Je ne saurois approuver cette lÀche espèce d'hommes qui mesurent la durée de leur affection à celle de la durée de leurs amis. Et pour moi , bien loin d'être d'une humeur si basse, je me pique d'aimer jusques en la prison et dans le sépulcre. J'en ai rendu des témoignages publics durant la plus chaude persécution de ce grand divin Théophile , et j'ai fait voir que , parmi l'infidélité du siècle où nous vivons , il se trouve encore des amitiés assez généreuses pour mépriser tout ce que les autres craignent; mais, puisque sa jport m'a ravi le moyen de le servir, je veux donner à sa mémoire les -soins que J'avois desttnés*à sa personne et faire voir à la postérité que, pourvu que l'ignorance des imprimeurs ne mette point de fautes à des ouvrages qui d'eux-mêmes n'en ont pas une, elle ne sauroit rien avoir qui puisse éga^ 1er ce qu'ils Valent. Or, de ce grand nombre d'impressions qu'on a faites par toute la France de ces excellentes pièces, je n'en ai point remarqué qui ne doive faire rougir ceux qui s'en sont voulu mêler. Et certes je commençois à désespérer de les voir jamais dans leur pureté naturelle, lorsqu'un imprimeur de cette ville, plus désireux d'acquérir de l'honneur que du bien , sans considérer le temps, la peines la dépense, s'est offert d'y apporter tout ce que peut un homme de sa profession. J'ai pris cette occasion au poil, et me servant des manuscrits que la bienveillance de cet incomparable auteur à mis jadis entre mes mains, j'en

ai corrigé les épreuves si exactement , que quîcomjue achètera ce beau livre , sans doute sera contraint d'avouer que c'est la première fois qu'il a bien lu Théophile; de sorte que je ne fais pas difficulté de publier hautement que tous les morts , ni tous les vi^ vants , n'ont rien qui puisse approcher des forces de ce beau génie. Et si parmi les derniers il se rencontre

QUELQUE EXTRAVAGANT QUI JUGE QUE j' OFFENSE SA GLOIRE I1IAGINAIR&^ POUR LUI MONTRER QUE JE LE CRAINS AUTANT GOMME JE l'estime, JE VEUX Qu'iL SACHE QUE JE m' APPELLE

Page 1