‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 4 sur 23 · DE SCUDÉRY · texte numérisé non relu

DE SCUDÉRY

Gasconnade, — nous le voulons bien, — mais vaillante gasconnade ; car , si Balzac n'était paa<* homme à relever le gant, Garasse était jésuite à relever le bûcher.

Le chef des u athées » disparu , que devint le gros de l'armée? Depuis longtemps la persécution avait non-seulement séparé la têie du corps, mais aussi divbé le corps. Desbarreaux, qui hérita du commandement, s'en montra digne à tous égards. U ri^l^ les membres dispersés, et, par l'imprévu de ses «aillies , fit otd)lier tout l'esprit de Théophile de Viau. Desbarreaux était toujours sur la brèche, toujours frondant ceci ou cela, ciel ou terre. Nous ne rapporterons pas l'histoire si connue de l'omelette jetée par la fenêtre. La scène eut lieu quelque vingt ans après la mort 4e Théophile ; c'était pendant la semaine sainte, au cabaret de la du Ryer, à Saint-Cloud. Tonte la troupe se trouvait sous les armes. Berthelot, Saint-Pavin et Patrix faisaient assaut de propos folâtres ; Golletet poussait Mairet.du coude, et tous deux riaient d'un rire sénile, en branlant la tète. Ils enviaient }a jeunesse que ces joyeux compagnons avaient

104 aUKLLKS.

sa eoDserver sous^k Beige de leurs- clie«ett& ttém/dt^ $e sulfisant à luânaaiémeY ohaniait, en aparté etd'ittM ¥«ix chevrotaate^dés gaillardise» du haa wvok iemfê* II avait à sa gaaehe Miton f jaaaiU aa» dé* àvee 1» chevalier de Méré^ Blai^ Pascal^ qui composait à lui Seul iotfte U gdièrie^ étudiait le» chance» de gua et de perie^ Il imaginait »oii triangle arithi&étiqtte 9o«a r inspiration d'une ivresse fiévreu»e. A côté de Pascal^ Uhertin d'un jour, a'ébattaient hruyasamw^ des. M* bertins de la veille et dti lendemain f de jeune» €00» tels que Moreau, Potel, Raincys et Picot. C'étaient les conscrits de la troupe. Desbarreaux les menait au feu avee son intrépidité ordinaire ; mais ib s'arrêtaient à mi-cheiriin, efiPrayés du nombre de se» libati<His et de l'audace de ses impiétés, U continuait, lui, de s'avaa^ cer dans l'arène, et, nouveau Titan, montait d' m pied dbancelant sur un amas de flacon» mi» à sec, d'où il appelait Dieu en oombai singulier* Tandti» qu'il s'escrimait dans le vide, de kl voix et eu ge » t S | le» antres oonvive» »e pressaient aitfour du Bd^dhM» flNix d'Ëlbènei qnl râlait comiile bu faomBl« ptiÊê d'étanfferi DesbarréAux l'avait chargé de i^ctvallki onti'ê iflestirei A d'Ëlbènei objeetaût la délicaiess9 êê »ott estdmae, il avait réponda t '^ ËS4I1 à&m de ees hiê qui »*amtti€^ à dlgArsrf Et d'Ëlbftne l'était piqué d'émula^efl,«. ile^uésMAl tH pMêi G» pauvre d'Ëlbètië Avait m tie 1 il lié rj^ tfttt qtt^épopéê, H f^appfllt à tottté» les portés et dé» liiaiidâil A tOud le« Véât» tin Arieste francaiSi Mdttsgé ltil-t»éiii« ftit ttilé m f^q^i»}tioti par d'Brfoètte^ qtfl »è laissait ttvetiglér pM la iUtttilef fttl pdfil de cherehéf' titi poète dan» ttti pédante It avait me fl«tre ittfii^ mité : c'était dé metiger et dé boire lé bieii qu'il

n'avait paft^ Kùm irouTMi» h ce §tijei dan» le» M^ xndires de Segrais deux charnMmtc* aaeodoies i

ttM. d'Ëlbètie, ditril, étoit fort hobnéte^ môme enverra aea eréaûcier» , qu'il reoonduisoit jusqu'à la p<nrte du palais du Luxembourg^ qui est en faco de la rue da TouraoRi Vb d'aux, qm l'aYok remarqué « tint tifl earrasse de louage prêt detant la porte ^ et trouvft moyen de faire écarter les suisses en leur donnalii queues pîstolea pour boire. M; d'Ëlbène le recondoiaant adoa aa coutume^ Û eut l'adresse de s'en<« Jeteur avec lui f de l'attirer un pas ou deux hors dé la porte, et alors quatre hommes postés etilevëreiH M. d'Ëlbène y le jetèrent dans le carrosse, et en même temps le créancier ma que c'étoit de la part dn roi et que c'étoit pour le conduire à la Bastille^ « i On disoit à la fenune de M* d'Elbène , qui demeuroit atec lui au palais du Luxembourg^ dans le taudis qn'il y a?oit au haut d'un pavillon, de Taller Tolf dans la prison pour le consoler et pour le secourir ^ mais die s'excusa pat* fine excuse à laquelle il n'y avoât peânl de réplique : m C'est, dit-elle^ que l'on ponrroit m'arrêter si je sortols. n Ses affaires n'étoient pas êû meilleur étal que celles de M. d^Ëlbène# Quand ik se marièrent, ils avoient pouf le moins qnstm^lfingts procès â eux deuxS n

F«ssone A l'antre anecdote i

« thm nous promenions, dotitltitié Segrais, duns le jardin du Luxembourg, lui, M. Ménage et moi. Un de ses créanciers vint f'aborderf et l'ayant tiré un peu à l'écart , il lui demanda s ■ Monsieur, je vous "prie de me dire si Votis 6*oye2 qtid je puisse être payé? » M. d'Ëlbène lui dit obligeamment : « Mon-

'' * Mémoires'anecdotes, p. 66-68«

lOe RUELLKS,

sîeur, j*y songerai ; » et vint nous rejoindre. Quand nous e^mes fait deux ou trois tours , le même créancier vint aborder M. d'£lbène , qui n^avoit songé à rien moins qu^à le satisfaire depuis qu^il lui avoit parlé. M. d^Ëlbëne, se sentant tirer par derrière, se retourna et lui dit : u Monsieur, je ne le crois pae. n Le marchand lui fit une grande révérence et se retira*, n

Cette dernière aventure dut précéder Fautre. Nous soupçonnons fort ce créancier, si plein d* urbanité, de Fenlèvement sournois dont nous avons parlé. U n'en coûte rien de prêter quelque esprit à ceux qui prêtent de F argent. Le mot est d'un délateur sans vergogne , un de ces auteurs païens que Chaiies Perrault mordit & belles dents et que nos rats d'église sont en train de grignoter.

Peu de temps après F orgie de Saint-Gloud , la société des impies n'existait plus. Disons les métamorphoses qui s'opérèrent dans la vie de quelques-uns de ses membres. C'est F étemelle histoire du diable devenu vieux... L'impuissance parfois se nonmie vertu.

Saint-Pavin u se fit hermite , » converti par la goutte. Ses hynmes lui rapportèrent de bons béaéfices. Il ne changea pas de caractère, du reste, en changeant de peau , et se montra toujours di|^e de Fépitaphe composée par Gaspard de Fieubet, cet autre viveur qui se retira diez les camaldules de Grosbois :

Sous ce tombean gtt Saint-Pavîn :

Donne des larmes à sa fin.

Ta fas de ses amis , peot-èiret

Plenre ion sort Àve^ le sien. ♦

Tu n'en fus pas? Pleure le tien,

Passant , d'avoir manqué d'en être.

' Mémoiret-aneedotei , p. 68, 69.

Frénîcle ^ chez qui Chapelain avait reconnu u une veine aisée , mais sans fond et sans élévation , » Frénîcle couvrit d^un cilice la muse du Parnasse saty^^ rique, et la condanma, pour pénitence, à travestir les psaumes de David en vers plats et saugrenus. Cest le comble de la macération. Une intempérance de zèle religieux le conduisit au suicide. Il mourut d*un long bâillement , provoqué par ^ lecture de ses propres paraphrases.

Patrix rentra aussi dans le giron de TÉglise. Il dut sa^ conversion à un miracle devenu banal de nos jours. Le fait est attesté par Segrais. Patrix, qui avait suivi A&>nsieur en Flandre, habitait le château d'Ëgmont. Un jour qu*il heurtait à la chambre d'un ofGcier de ses amis et qu'il ne recevait pas de réponse, il tourna la clef qui se trouvait à la porte et fut frappé, en entrant, par le spectacle d'un homme atterré et immobile.

« L'officier, revenant à lui, dit : Vous ne seriez pas moins surpris que je le suis , si vous aviez vu comme moi le livre que vous voyez en cet endroit-là y passer tout seul et les feuillets se tourner d'euxmêmes , sans que je visse autre chose. C'étoit le livre de Cardan, de la Subtilité, — Bon, lui dit M. Patrix, vous vous moquez ; vous aviez l'imagination remplie de ce que vous veniez de lire , vous vous êtes levé de votre place ; vous avez mis vous-même le livre à la place où il est ; vous êtes revenu ensuite vous remettre en votre place ; et ne trouvant plus votre livre auprès de vous y vous avez cru qu'il étoit allé là tout seul. — Ce que je vous dis est très-vrai, reprit l'officier ; et pour marque que ce n'est pas une vision , c'est que la porte que voilà s'est ouverte et refermée, et c'est par là que l'esprit s'est retiré. M. Patrix alla

10g RUBLliBS^

ouvrir cette porte « qui étoit cdle d^uae gal^âe aftez longue, au bout de laquelle il y avoit une grwàê chaise de bois fort pesante ^ tant que deux bonyoei auroient pu porter* et il n*y avoit autre chose ; il vH que cette chaise se branla et quitta sa place en venurt vers lui comme soutenue en Tairt ce fut alors que M« Patrix dit ; — - Monsieur le diable ^ les int^ôts de Dieu à part, je suis bien votre serviteuri mais jet^oui prie de ne me pas faire peur davantage. Et la chaise retourna à la même place d'où elle étoit venUOi Gela fit une forte impression sur Fesprit deMi Patrix et^e contribua pas peu à le faire dévot ^. i^

Ce passage des Mémmrtê de Segrais preuve qiM les chaises ont tourné avant les tables, Patrix , époii* vanté par le singulier prodige dont il avait été témoini se jeta tout tremblant dans les bras de la fei. 11 d4« plora ses égarements passés i et i pour les racheteri composa des poésies religieuses , qu^il intitula : Là MUérUard» dé Dieu sut la candmêe d^un pécheur pénitent. Ces vers^ selon Tévêque d'Avranches^ Ma eompatriotei « sentent le terroir normand et le dédia de Tâge. n On en cite pourtant que Patrix aurait va» provisés k Theure de la mort et dont la toudie Ml loin de manquer d'énergie i ib sont plut célèbrei quft efiomus:

le iofi<)eel« 6eH« Mil qàéi àê itisl tomnmit Céte à e4t€ d'ttB pamrrt <m «'«toit lidi«ttë< Et ne poufant souffrir ce fâcheux ?oitina|e, En mort de qualité je lui tins ce langage :

Ëetire-fol , coqtiin , va pourrir loin a*icl , Il ne t'appartient' p«i ée ni'approcli«r flin«i.- » Qoquial et bm dit-il d'me ttrogaao* mttêmB, Va chercher tes coquins ailleurs » coquin toi-même. Ici tous sont égaux , je ne te dois plus rien , le stiis snr môû fhmiér, coinme toi dur te ^eH

' Mémoiret^anecdota, p. 244-246.

Ii^ fin de Besbarreanx fut )a plus ex0iyipl^{r6 dje toi^t@§. DestitaA par Tâge de ^.a verve d'autrefois ^ il sut se ^aife à propos et sie garda b|en de mettre la m^in ap sonnet dont on lui a mécl^ammept ^tribu^ Ift p^t^rnité , et qi|i coipmence ain^l ;

6find B^mI tet JugemeBtf sont nmplts H^éqniié.,,

l4$ férît^bk pèr0 n'est autre que Tabbé de Lavaud, I0 même qui pomppsa cette épigranune d^inquisit«ur sur le maufolée èl»vè dans Saint^Sustache en Thonneuv dfi Lulli i

Laisses tomber , sans plus attendre , Snr ce buste honteux votre fatal rideau ;

Et ne montrez qne le flambeau Qui devroit avoir mis l'original en cendre.

Desbarreaux se retira, tout êcloppê, à €bâIon-sur- Saône, où il manifesta son repentir^ en ne ^*enivrant

Jluç qu*ung lois le jour, Il ftva^t pri^ un carme po^f irecteur... de ses fibatîops.

Guillaume Colletet avait , depuis lop gtenips ^ cpi)i-p mencé Texpiation de se$ travers 4? jeunesse, pès Tanné^ 16o4, il s'était concijié les bonne? grâces d'un arcbeyêquç. François de Ifarlay, en échang§ d'pne hymne^ lui avait envoyé un Apollon d'arj[ent : cadeau auelque peu païen. L'esprit de l'époque estl^ tout entier, ^ussi bien que dan§ le poëmp qui valut 4 Colletet les faveurs du prélat , et qui est intitulé I4S Couches sacrées de la Vierge, Ce qui nous frappe dans cette piècfl , comme d4D$ toates les œuvrey d^alors , c'est la fusion du Paradis et de FOlympe. Le paganisme et le christianisme! se dpnnent 1^ qiain çt vont

UQ RUELLES.

de compagnie. On dirait de vieux amis. Hélas! Fun des deux doit dévorer l'autre. Pauvre paganisme !

Donc le poète Guillaume était, avec son siècle, tantôt pour Jupiter et tantôt pour Jéhova. Seulement, il préférait les dieux d'argent aux dieux d'argile. Aussi consacrait-il ses soins les plus pieux à l'Apollon de l'archevêque de Rouen. Cet impie était édi^ fiant de dévotion. Il défrayait à lui seul l'attention publique. On l'admirait ici; ailleurs on le bafouait. Mais tout le monde finit un jour par le plaindre. Sa maison était tendue de deuil : l'idole avait dispara , et avec l'idole la poésie. A ceux qui s'étonnaient et s'attristaient du silence navrant de sa u lyre » , Col* letet répondit, le cœur gonflé d'amertume :

Si , .

Je ne compose plus de vers , C'est qae , pour subsister et Dourrir mon ménage , J'ai mis mon Apollon et met Muses en gage.

. Pour dire le vrai, il avait troqué Apollon contre Bacchus. Le cadeau de Mgr François de Harlay était devenu un des ornements de la Pomme de Pin. Colletet avait bu le dieu.

Le digne poète voulait bien, lui aussi, se faire tt hermite » , mais pois chiches et eau claire à part. Il mourut comme il avait vécu , à table. Ses opinions religieuses se trouvent , ainsi que ses opinions politiques , admirablement résumées dans le sonnet suivant, qu'il fit^ séance tenante, au cabaret de la Croix de fer :

De quinze à seize au moins que nons sommet ici , Papistes , huguenots , de différent mérite , L'un fait le libertin . l'antre fait l'h^^pocrite ; L'un plaide pour Sedan et l'autre pour Nancy.

SALONS ET GABABETS. 111

L'on rftille aa nei pointo , l'aiitre on ats raccourci ; L'on censure on poulet , l'autre une carpe frite ; L'un entre . l'autre sort ; l'un rit ,. l'autre s'irrite ; L'un réforme l'État, l'autre vit sans souci.

L'un s'entretient d'amour et l'autre de chicane ; L'un jparle de sa bure et l'autre de sa panne ; Moi , je mange en repos et bois sans dire mot.

Ami, qui les connois' d'esprit et de visage.

Vis-tu jamais ailleurs un repas si falot , Et parmi tant de fous un poète si sage?

CoUetet, ainsi qu*on a pu le remarquer, était comme un pont jeté entre la société des impies et celle des ^infres. Il avait un pied dans Tun et dans Fautre camp. — Suivons-le : il nous ouvrira le sanctuaire des poètes u rouges trognes n .

Il) RHELiCS. ,

LA FOSSÏ AUX J,10N5 BT t'^PÉ? ^OXALJ^

Q^jel formidable cliquetis de verres qui se heurtent!... Des ririBS homériques éclatent entre deux rasades. Intarissable gaieté « ^if ardente ^et uppétit monstrueux, voilà le tableau qui se présente à nos yeux. -^ Wouii gvons siis le pi£<i dans un lieu où , ^lon ^^¥pr^ssion de Beautru, « on ven^ b folie ^ bouteille, » cbe; le CoifTier , m pleim Fous aus lima. Sur h porii» de h s^Ue prin^ipab soQt è^riU £e$ quatre vers :

Profanes, loin d'ici! Que pas un homme n'entre Qui soit du rang de ceux qui trahissent lenr ventre , Qui fraudent leur gënié , et d'un cœur inhumain Remettent tous les jours à vivre au lendemain.

Voici Saint-Amant et toute la troupe des goinfres , le duc d'Harcourt, surnommé Cadet-la-Perle , Retzle-Bonhomme , de Gèvres-le-Brave , du Fargis , Villarnoul, de Tilly, Marigny-Mallenoë , du Maurier, Nervèze, Puylaurens, Pontménard, Deslandes-Payen, Mégrin , Delâtre , Butte , Gilot , Desgranges , Dufourle-Bon-Falot , F abbé de Marolles, Molière le Tragique , Sallard-le-Paillard ,

Chateaupers , gardien des treilles , Au nez à crocheter bouteilles,

le pâle Bilot, le bon Faret, Colletet, des Yveteaux et Maricourt ,

Franc Picard à la ronge trogne.

SALONS IT CABARETS. lU

Marc-Antoine Gérard de Saint-Amant domine de sa voix retentissante le tohu-bohu de cette assemblée tapageuse. Il s'écrie^ montrant du doigt la pluie qui bat les fenêtres :

Jâ, ^tfé fofl ttisippotie nûe cowfié ; a tin frémis , il en eti niiott.

Puisque Gérés boit à la troupe , Il nous faut lui faire raison ; Mais lU» pm af«e ce brenvftg* De qui le goÉI hàé et MUYajtf Ne saoroitf^ire qu'aux sablons, On qu'à quelque jeune pucelle Qui ne bqt ^e de l'eail comme elle»

Afin d'avoir les cbevenx blonds.

Colletolf faifi dW« noble émulalkHa^ l^cece verd comme tin défi ;

9i je Wî» jamaia é'««i , cft'oa m'efiiaie nu eitoii l It ajoute en âoUriant i

Bien qne ces neuf Beautés qui flattent liott'e teitle Se plaisent sur les bords d'une claife foûtaitie. Les fines qu'elles sont potirtaitt û'v bûivi^t pas : Là , sous des lauriers verts otr plnCoi tfons des treilles , Le vin le plus friand préside ft leur i^epa^ , Et featt iry râfhtichit qne le cul des bouteifles.

Deux salves d^applaudissements saluent ces bou-> teâèB poétique^,

SSûint-Amant, qnHô tent pluà en v&rvé ^m jamais et qtîi veut avoir le dernier tnot, élève encore la voixj quand la maritome du lieu apporte le dessert t

k fcaâttf f eofattts débaoeWt »

Çheri confidents de mes péchés »

Sus ! qu'à plein gosier on s'écrie :

Béai soit h terroii: dé Bric !

114 EUELLES.

do«x ettigaac de Bacoliiu , Fromage , que tu vaax d'ëcos !

Je veux qoe ta seale mémoire Ue provoque à jamais à boire.

Mais Fesprit d^Fhoinme est mobile : Saint-Amant devait chanter la palinodie et célébrer la supériorité du cantal :

brie , 6 paof re brie ! à cbëtif angelot , Qu'autrefois j'exaltai pour Tarnoor de Bilotl

Cela finit par un eri de détresse :

Au secours ! sommelier , j'ai la luette en feu , Je brâte dans le corps ; parbleu f ce n'est pa« jeu : Des brocs, des seaux de vin pour tâcher de Tëteindre !

Cette pièce nous rappelle ^ par opposition, les vers suivants du langoureux de la troupe, le sieur Antoine de Nervèze :

Ce cruel essaie ,

Me faisant souffrir,

D' alléger la plaie

Qui le fait mourir.

Au meurtre ! au meurtre! bêlas! je meurt.

Accoures tons à mes clameurs....

Nous n^ osons citer le reste. L^auteur de ces gra« velures sans sel devait clore sa via par des a soupirs dévots « , qu'il n'a pas craint de qualifier de Poésies spirituelles f « niaiserie, » dit TËtoiic, qui se vendait deux sous sur les quais.

Saint-Amant cumulait. On ne sait lequel des deux remporte en lui de Tivrogne ou du goinfre. 11 s'extasie avec le même bonheur, le même enthousiasme, •sur les charmes de la « dive bouteille » et sur les

délices de la u chière lie » . Ses poésies avinées respirent un ilouble arôme , emprunté au fromage et au melon.

fleur de tons les fraits I 6 ravissant melon I *

Tout bien considéré , le brave poëte nous parait être de la nature de ce franc buveur à qui Rabelais prête le merveilleux propos : u Un synonyme de jambon ? c'est un compulsoire de beuvettes : c'est un poulain ; par le pi^ain , on descend le vin en cave ; par le jambon , en Festomach. n

L'Oreste de ce Pylade jovial était Nicolas Faret , gros bomme dont les cbeveux châtains encadraient une physionomie badigeonnée comme la boutique d'un marchand de vin. Faret avait parfois d'adorables mouvements -de pudeur. A l'entendre, si son nez était rubicotid , c'était de froid , même en été ; u la commodité de son nom, qui rimoit trop bien avec cabaret, étoit en partie cause de la réputation de buveur que les poètes du temps , entre autres Saint- Amant, son ami, s'étoient avisés de lui faire. » Ce dernier le rappelait durement au devoir et à l'honneur dans l'occurrence. Un jour que Faret avait fui, la veille d'un combat, et s'était retiré au milieu des ombrages de Fontainebleau , sous le naïf prétexte de rétablir une santé... florissante , il reçut cette vigoureuse algarade : s.

On fait à savoir qae Faret Ne rime plos à cabaret :

Ce senl départ l'en rend indigne ; U est dégradé de la vigne....

Dégradé de la vigne ! quelle honte ! — Le coup est rude, trop rude. Saint -Amant ne tarde pas à se

lia RUELLBS,

FepentHP fTavrar en la main si l<mrde i éi dtei^^ i alténaer rexeoniHiiiiiieation lancée coatre »on ami» Retz-le-Bonhomme lui en fournit T occasion» Il fleUl de faire bâtir une maison de plaisance au centre de la forêt de Prinçay et invite le gros Marc- Antoine à y aller passer une partie de la belle saison. Saiot- Amant t*y rend , et de ce a palais de la voluptâ s adresse à Faret les agaceries les plus eàUues :

hk, Mè hs ftomtête* hfo^ûei

Au e«im aiiBf hrà » avtt mMtê tcisstftif

Tous les gosiers volopt«e«i

Tous les débauchés vertmenx «

(Jaî , parmi tes propos de fable ,

lb?giieBt Fotile êm délectable,

Saat refni et trailét aatri

0»miBe de» enfanift Mns soaei^

ffafet s^énveîoppe dans sa dignîié iè fcuvéur converti et reste sourd â cette amicale provocation. Maïs Saint-Amant ne se tient pas pour tattu. Dn beau jour, — ou plutôt un affreux jour , ■ — quelque (iîable le poussant , il met la bride sur le cou de sa fantaisie ,« et , après quarante-huit heures de chevauchées vagabondes, tombe»., dans Evreux. Thortible « trou nf Saint^Amant s^en tire au plus vite en s^écriant î

Poissd-je détenir fiétrevx ï

i^aissé-je devenir grenouille I

Pnissé-je devenir quenouille I ?

Que le vin me soit interdit !

Que nul ne me fasse crédit I

bans Texpansion de sa coUrci il sooWle Qu'il y ^euvc des baltebardes !

Mais d\)ù vient cette tempête t Qudl ^ I^ <^^h»^ ^

SALONg ET CAiARETS. IH

faite « Inikmê dtl «f Achevons la pièee, in êMudn

© bon ivrogne ! 6 cher Faret î Q«*«VM tai«oa l« ki vépriteti

Fanet n'y dut pltu et répondit à Fappel. Il Pêparut, msh pour disparaître aussitôt sous la table. C'était ttoblement se relever aaxyeuï de Saint-Amant, qui, tout ému, se laissa glisser dans le sein de son ami, #ô il v««a d^abondantef larmee.,. de bordeaos.

Une antre bwbii s'était encore échappée du bereall. Jje bacon de Viliarnoul> pris dam tef rets de sa propre femme, nnbliait ses devoirs de « beuverie »' dans on lâebe repos, ëain^^^/bsiûnt lui dépécha une curieuse épltre en van , dane laquelle il le qualifle de $ dière moitié i» {

¥a tte dirai que p«tir relaire an noade

Il te Moi\ imt maUii Mcosd* ,

^i t'&ofichit à*çnî%MU et doux $i bMVx ,

Plus que le ciel n'est ricbe de flambent,

Le vain prétexte 1 ô qu'il est puérile !

Viens ç4 , perfide , et moi , snis-je stërâe?

£t voa Mprit m I'«b produite! pai

Qui «ont poprviu de giâc^ ^1 4'app4«Y

Dès qu'ils sont «es , ils paoffnt, ils te joncpt.

J\% ¥ont tout seuls, ils <;ensurent, ils louent.

Il ne leur faut noorrice ni valet ,

U ne leBT fiiat ai fraÎM ai «olkt ;

tymqu^ Umt uu4» f iU p»mhhu^ ^tre bray«| ,

)^«9rf jibf eg pifl4| b«f8«ent Ips wlr*?e|. . . ,

L'éclîpse de Villarnoul était définitive : il continua, de complicité avec la baronne , Je coîir? 4^ ses infidélités à r endroit de Saint-Amant.

La c^f de U soeiété ûeê goinfres, -^ e'est l'expression consacrée, — avait pour lieutenants le comte

d'Harconrt et Nicolas Faret : on Içs appelait la confrérie des monosyllabes. Le premier était saroommé u le Gros » , le deuxième « le Rond » et le troisième u le Vieux » . D*Harcourt portait, en outre, le titre de u Gadet-la-Perle » : il était cadet de famille et avait Foreille ornée d*une perle. De là cette singulière appellation. Quand ces buveurs émérites étaient réunis, u ils pouvoient recevoir qui ils vouloient ^ » . Nul ne leur tenait tête ; il n*est pas donné à tout le monde de boire des brocs.

Mais on ne remplit son verre ou son broc qu^en vidant sa bourse, et Tescarcelle de nos trois compagnons finit par sonner creux. — 11 fallut aviser. Il y eut, comme on dit, conseil des ministres. Le Vieux émit Fopinion que Tunique moyen de se tirer d*embarras était de relever la fortune de Gadet-la-Perle , dont il était tout à la fois le secrétaire et Tintendant. Gctte motion passa, et carte blanche fut donnée à Faret , qui alla trouver Bois-Robert , son collègue de la réunion Gonrart. L*abbé était , ce jour-là , — comme d'habitude , — d*humeur joviale ; il cribla de brocards la mine solennelle du Vieux, qui s'était composé un maintien de circonstance. Faret ne broncha point ; il déclina , avec une emphase superbe , le but de son importante mission. Il venait proposer au cardinal -ministre une alliance avec le comte d'Harcourt, qui s'offrait d'épouser u telle qu'il voudroit de ses parentes ^ » . Bois-Robert accepta le rôle d'intermédiaire. U en parla au cardinal, qui lui répondit en riant :

Le comte d'Harcourt , Dn Bois , a l'esprit bien court

» Tallemant , Historiettes , ^première édition, t. III, p. 438. * HistorietUt, t III, p. 438.

Bms-Robert, pourtant, voyant qu'on ne lui avait pas défendu d*en parler davantage, recharge encore une fois.

a — ^Est-ce tout de bon? dit le cardinal ; paries-^ous sérieusement ?

» -i-Oui, monseigneur, c'est un homme qui sera entièrement à vous ; c'est un homme de grand cœur. Il a, comme vous savez, battu Boutteville, et vous pouvez vous fier à sa parole.

» Le cardinal lui donna emploi , et le surprit en le lui donnant , car il lui dit :

» — ^Monsieur le comte, le roi veut que vous sortiez du royaume.

D Le comte, étonné, lui dit qu'il était prêt d'obéir.

» — Mais , ajouta le cardinal , c'est en commandant l'armée navale.

n Cette campagne-là , il reprit les îles de Saint-Honorat et de Sainte -Marguerite en Provence. Je laisse à l'histoire à dire comme cette conquête était moralement impossible au peu de forces qu'il avait. J'ai vu le marbre que le conunandant espagnol laissa sur la porte, où il n'y a que : Rien ne peut résister à l'invincible valeur du comte d'Harcourt. Au retour, il épousa madame de Puylaurens *. » L'alliance était conclue. Madame de Puylaurens descendait du baron de Ponchâteau , beau-frère de Richelieu. Le duc, son mari, malgré cette haute parenté , avait payé cher ses intrigues avec Gaston d'Orléans. Il n'obtint qu'une seule faveur , ce fut de mourir dans un cachot, au lieu de mourir en place de Grève. Richelieu le fit discrètement empoisonner à Vincennes. «

D'Harcourt n'était pas homme à faire une pareille

1 TaUemaiit, HistorieUet, première ëdttioD, t. III, p. 43S, 439.

IftO RUELLES.

fin, Sourd aai proiiietiei àe$ pai^ ^ U ii^ivftH tpià l'ambitioa do poMrble. Il recttatt iU| Mdvet «t bi

exécutait bravement , impitoyablement. Aussi le châi» f)#a«4«dn 4*0Martev naoïuieuf 1« Piia«# M Hamre. Condé rima sa vengeance :

Çe\ honiroe gr^s p| court, ^i connu ^^ns l'histoire , €e grand comte d'Hardonrt, Tout couronné de {(loirp ,

Est maintenant recors dç ^ylei M4<#|'}9,

Mais « revenons â nos bouteilles » , comme dît Montaigne, Le Gros ei le Vieux allaient suivi Cadet-la- Pêne en Italie. Ils riaient et buvaient aussi allègrement que jadis, chemin faisant, avant ^^ après les batailles, Dpraut la lutte , Faret rêvassait ou dormait à Técai^. Quant h Saint-/\mant| tantôt H s^ mêlait à faction et t^ptôt traduisait en vers ses (mpressiop^ à$ voyagp. U se gardait des admirations ))anales et slffi^it parfois où tout le monde avait applaudi, Il os4 s'attaquer à Tltalie elle-même , — cett0 t^fre que las poètes gni couverte de leurs b^^Isew :

Fiitre et Mm» G^lpé* .

Nids de lézards et d'escargots , Dignes d'une amère risée!

^ourqiieî ne vous raBe*t-Mi put Fivt^QP trpuver qa^lquef Afj^ Pw» vi^» m^^ crimin^Ueif ^t yi>ut-o|i à l'éternité Laisser des marques solennelles D'horreur et d'inhumaftitét

Après le Colisée , le Tibre ; après Findignation , le gros vire.

SALONS BT CABARETS. Ifl

C'est bien & vont d'a^r qa pont ,

A vous qa'avecqne ma bedahie

A cloche -pied je aatiteroia . ^'

A TOUS que d'«a trait je boireii

Si je prenois la vie en haine f

Saiat- Amant qaitta d*Hare0prt avant k défaitf de Lérida , étouniU du bruit des campi ei fatigué des viotoires qu'il avait vu remporter. 11 retrouva d'anciaos amis , toujours choquant U verre , et se livra , côte à côte avec eux, aux douœurf ûb la réveris bachique. 11 fit alors le sonnet en Thonneur 6» la Paresse, et qui commence ainsi :

Là , f ana «M «oaci«r dM ^oenres d'Italie , P» c» w ati p«|»Ua, ni d« aa Fftfauti , J« ffmHf^P m bd hyame à cette oisiveté Ok mo0 |me eo langoeur es^ pomme ensevelie.

La réunion def goinfres s'était transportée d« ea^ iMrat d« la Golffier dans ealui dt VÉpé^ TùyaU.

Des Yfeteaipx avait battu en retraite. L'ancien préaepteup de Looiê XIII s'était confiné à l'extrémité de ia rsa des Ifarais, et, comme sa maison terminait le feubourg iaint-Ûermaiïi du côté deê Petits-A-ugustins, %û le nommait « la ' dernier des hommes » . iaint- Amant allait souvent visiter eet ancien eamarade de lable» dont les excentricités l'amusaient, et dont il a f hanté le délicieux jardin, ainsi que l'habileté à jouer du luth. Des Yveteaux menait une véritable vie de sultan. Quand Saint-Amant le morigénait à cet égard, il lui rappelait ses propres écarts amoureux, eitant \% pièee i% VÉnammré :

Parblea ! j'en tiens , c'est tont de bon ; Ma libre humeur en a dans l'aile , Pnisqae je préfère an jambon Le visage d'une donzelle.

Je ma fais friser tons les jours , On me relève ma moustache , J'entrecoupe tons mes discours De soupirs d'ambre et de pistache*

C'était ensuite le tour de la priapée intitulée Jouis^^ sancCy et où Yénamouré laisse naïvement percer le bout de Toreille de Fivrogne. Détachons ces quatre vers :

Là , sur sa bouche à demi close , Je buTois , baisant nuit et jour , A la santé de notre amonr , Dedans une coupe de rose.

Le Gros avait eu quelques naoments d^ouMi qu*il regrettait avec une amertume comique. Des Yveteaux, pour le consoler , lui disait invariablement : u Le cceur est notre talon d'Achille. » Cet original, devenu vieux, donna congé à son sérail, et ne conserva qu'une jeune Joueuse de harpe > dont il s'était amouraché. C'était c( un de ces ménétriers qui vont de cabaret en cabaret par la ville , pour augmenter la joie des ivrognes, et qui n'ont point de pire maison que la leur *■ » . Elle s'appelait mademoiselle Dupuis. u Des Yveteauxluifaisoit prendre une houlette garnie de rubans couleur de feu , un habit de bergère , prenoit i son tour une autre houlette , un chapeau de paille , un habit tel que Céladon le pouvoit porter dans VAs- ^r^e'n .Suivi de mademoiselle Dupuis, il allait, la panetière au côté , coiffé d'un chapeau de paille doublé de satin rose , conduisant le long de son jardin des troupeaux imaginaires , les gardant du loup et frappant les échos de chansons agrestes. Parfois, u ils se

> Vigneul-Marville, Mélanget, i I. p. 179. 180. ' Chevrœana, t. I, p. 290.

donnoient la comédie , qui coosistoit en des dialogues de trois quarts d'heure, et récitoient au clair de la lune des vers de galanterie , où ils s*efforçoient de bien représenter leur personnage. Ils ne Fa voient pas plutôt achevé , qu*il offroit sa main à la bergère pour la reconduire dans leur chambre, où mademoiselle Dupuis jouoit sur sa harpe quelques airs tendres , et après cela s'alloient mettre au lit ^. » La moralité des poésies de Nicolas Vauquelin des Yveteaux peut se résumer ainsi : avoir u beaucoup d'honneurs sans peine et peu d'enfants sans femme » . Près de mourir, il se Ot jouer une sarabande , afin que son âme u passât plus doucement , allegramenêo » . Le mot est de Saint-Evremon t .

Comme des Yveteaux, Marigny-Mallenoë finit par manquer à l'appel de son nom à l'Epée royale. Mais ce n'était là qu'une disparition passagère. La jalousie l'avait emporté... — Où? — Nul ne le gavait. L'intarissable Taliemant nous ^renseigne à ce propos : « Un beau matin , il dit à sa femme : — Vous n'êtes point bonne cavalière; il faudroit que vous vous accoutumassiez, à aller à cheval. Venezvous-en avec moi visiter de nos amis et de nos parents, n Ils montent tous deux à cheval... Il la mène assez loin , puis il lui dit : u Écoutez , mon dessein est d'aller jusqu'à Rome et de vous y mener. — J'irai partout où vous voudrez , » répondit-elle. Quand ils furent en Italie , Marigny lui déclare froidement que don intention étoit de la faire mourir. Cette femme , quoiqu'elle n'eût que vingt-deux ans, lui répondit froidement : u J*aime autant mourir ici qu'en France, et autant dans huit jours que dans cinquante ans n

< Ckevrwana, t. I. p. 291.

Di^tized byVjOOÇlC

124 EUELLES.

(car on n*a jamais xvl nn couple ie gens si extfaorA» maires). « Bien, lui dit-ii; ?enef. De quel genre à$ mort Toulez-vons mourir t » lis furent quelques \oum k en parler aussi froidement que si e*eût été simple* ment pour s* entretenir. Enfin , elle choisit le poisen^ Il lui en apprête , et le lui présente dans une coupe» Elle le prend délibérément ; et comme elle alloit Fa* valer, il lui retint le bras. « Allez, lui dit-il, je tous donne la vie ; vous méritei de vivre , puisque vooi aviez le courage de mourir si constamment. Désormais, je veux vous donner la liberté tout entière; vous ferez tout ce que vous voudrez de votre côté , et moi du mien. » Ils se le promirent réciproquement^ et revinrent les meilleurs amis du monde ensemble. Depuis , il ne s* est point tourmenté de ce qu*elle faisoit, et elle, quand elle sa voit qu'il avoit quelque amourette, elle F y servoit •. n Après cette touchante réconciliation, Marigny-Mallenoe fit sa rentrée à YÉpée royale. Au moment oà il ouvrait la p#rte, Saint-Amant recevait le poëte-menuisier dans les rangs de la société des goinft*es , et, en échange de ses Che^ villes, lui décochait ce quatrain :

On dira ptr tout roaioen, ynfiuat les beaux ëcriU que maître A^am nouç mitre : Qu'il est propre à faire des vers, Gomme il est propre à faire un coffre.

liC Virgile au rabot avait des émules , tels que le pâtissier Raguenoau , le serrurier Réault et Torfévre Olivier Massias. Mais il absorbait à lui seul P admiration générale. Il était une de ces curiosités littéraires dont on se montrait alors aussi friand qu* aujourd'hui.

' Tallemant. Historiette», t. VI , p. 206 , 207 , 1« édition.

SALONS ET CABARETS. m

Durant son «éjbar à Paris, Adani Billaut courut, comme Jasmin, d* ovation en ovation. Ils appartiennent tous deux à la catégorie des poètes -phénomènes.

Lorsque les libéralité» du comte d^HarcOurt furent épuisées, le Gros, qui avait horreur du vide, alla frapper à Yhèitl de Neverst chez Tabbô de Villeloin, et lui odnta sa détresse. MaroU^s avait abandonné let

• rtptiet franches yi ^ pour entirer au service de Marîd àé GoDBftgaet maïs il avait gardé bon souvenir de son vieil ami Marc-Antoine de Saint-Amant. Il le reçut délie à eaor euvert^ et lui offrit aide et protection. Uthhè tint parole» li recommanda chaleureusemenl le poëie à la princesse ^ devenue reine de Pologne et qui « le ilsiint au nombre des gentilshommes de sa BMubeOf svee une pension de trois mille livres^ qu'elle lui octnrfa par brevet qu'elle en ût expédier exprès ^ t« ittnt^mant était radient comme s'il eût arrêté la mtie de la Fortune^ Il gambadait t ei, dans rivresse de m jdie , se faisait par anticipation appder

• iMnt»Amanski * > Il s'écrie avec une expansion tout eitfostine^ dans une épître adressée à Mi Desnoyers ^ smr^mfe dee et^usandeménts de la reine s

• V ' * * ? ' * ' ^ m'«iiiri en la pent^e , 81 ter» le Nord ma fortune est poussée , Si la Visfnte ft mes yeux se fait voir , CSoniAe le de! m'en a dùnnë l'espott, iJNi ne vèlir , en noUe et fier Sanaate »

' O' M bean veleurs dont la couleur éclate , Qui , grave et doux sur un poit précieux , Aende mon port superbe et gracieux ; î/srmet mon ianc d'un riche et c(^uH!Mr Èl^tct fie K'Égmdir tu «t tafe %m m tUa» ,

1 Mai'ollcs, Mémoâes, édition de 1755, t. I, p. 312.

De tranfformer mon fentre en nn bonnet.

Qui tienne chaud mon cràDe rasé net ; De suivre en tout la polonoise mode , • Jusqu'à la botte an marcher incommode , Jusqu'aux festins où tu dis qu'on boit tant . Et dont l'excès m'étonne en me flattant....

Tandis que le Gros gagnait la Pologne en qualité de conseiller d'État, le Rond battait les Espagnols à Valenciennes , et le Vieux , de retour à Paris , mettait la main à l'Honnête homme, La confrérie des monosyllabes était à jamais dissoute.

Pour payer les honneurs dont il était comblé, Saintiimant dédia son Moïse à Marie de Gonzague , qui , tout engouée du poète , le chargea d'assister en son nom au couronnement de la reine de Suède. Christine Taccueillit avec les marques de la plus vive sympathie. Elle faisait, comme on sait, profession d'aimer les lettres , et semait des sourires autour d*elle pour récolter des vers à sa louange. Saint -AuDiant tomba dans le piège. Du reste, il séjourna peu de temps à Stockholm ; les fêtes du couronnement terminées, il revint en Pologne. Il y revint tout pensif. La cour de Suède , où affluaient les lettrés de France, lui avait rappelé Paris et... le cabaret de YÉpée royale. Il avait pris en haine Varsovie , où r<yi buvait largement, mais sans esprit et sans gaieté. Il accablait cette capitale de tous les griefs possibles, et, quoique peu porté aux pensées d'amour, se plaisait à citer cette phrase de Balzac : « N'avez-vous point ouï parler de cet honnête homme d'Italie qui disoit, au retour d'un voyage qu'il fit en Pologne, que les fenuues de ce pays-là étoient aussi blanches que leurs neiges, mais qu'elles étoient encore plus froides qu'elles

SALONS BT CABARETS. Ii7

n'étoient blanches , et que souvent leur conversation Fa voit enrhumé *? »

Saint -Amant résigna donc ses fonctions de conseiller d'État pour retourner en France , où Fattendaient de ci-uels mécomptes. La tabagie de Y Epie royale, qu'il visita tout d'abord, avait changé d'aspect ; les anciens habitués avaient fait place à de nouveaux. On le reçut presque comme un étranger. Il était loin le temps où Saint-Amant se représentait avec la chevelure frisée d'un

Gros comte allemand , Le teint frais , les yenx donx et la bonche vermeille.

Pauvre poète! les années avaient diminué son entrain et affaibli sa verve. Il n'avait conservé que son ventre, qui devait, hélas! le quitter aussi, la détresse aidant. Les trois mille livres étaient restées en Pologne avec la fonction , et la pension promise n'arrivait pas. Il logeait rue de Seine, porte à porte avec le savantasse François Charpentier.

Saint-Amant se plaignit de sa mauvaise fortune du

ton de bouffonnerie qui lui était habituel :

Fajottë plaisamment comme nn vrai Simonnet , Pied chausse, l'ai^ nn, main an nés, l'autre en poche. J'arpente on vieux grenier, portant sur ma caboche Un coffin de Hollande en guise de bonnet.

Il dit ailleurs :

Gîté dans un chien de grabat , Sar un infâme lit de plume , Entre deux draps teints d'apostume Oà la vermine me combat , ^e passe les plus tristes heures Qui dans les mortelles demeures

1 Entretient^ édition de 16ô9, p. 126.

ISg BUBLLBS,

P«istMi4 alliger !•• esprits i Et la nnit si longoe m'y semblt < Que je crois qu'elle ait entrepris tTen joindre nue doncaine ensettbltfï

Mods^tronvotti «n peniUnt à eê tablMo daB« la è6&* cripfk>ii qa*il fait à li«rigoy*-MaUen8é de la ehapkra de âon ami Oeospiâ t

.... Quand poor prendre Mil réfôs, Las et non soûl de îa débauche ^ Il donne le bonsoir «nx poft , En faisant demi tour à gauche , De sa aappe il fait nn linceul»

Un ais qui se plaint d'être seul Loi fournit de couche et de table »

La muraille y sert d« rideau. «..

Comme ces cifafîonj lé d^montréiif , là flïtmë àè Saint-Amant est un pinceau. Ses impressions se traduisent toujours par des images , et par des images où éclate une grande richesse de coloris. Son ftté Vu droit au but, comme celui du vieux Mathurîii. On â reproché à notre brave poëte quelques cruditéâ d*expressions : — véritable pudeur d^eunuques baissant les yeux devant one rorissaflte eréatvrtto ioitf prétexte qu^elIe est nue. Que Fattietir do lotinet des Goinfres nous pardonne de le comparer i ta Vénus de Milo ! Saint-Amant eut Thonneur d'être , avec Théophile i injurié par le « Narsès de hl êatil^ * , comme disait Ch. Nodier. Mais Boileau fut flagellé en même temps que Gombaukl, eoiâpabW èê F^igranime suivante :

Tes vers solit beâol qmmà «« hê ^} Mais ce n'est rien quand je fea Kt r Tu ne peux pas toujours en dire ; Fais-en donc ^ne ie pvttse tire.

. SALOiVS ET CABARETS. 129

Voici la riposte qui se trouve dans une élégie adressée au duc de Retz :

Lear lonche entendement est an traître animal ; Pour avilir un vers , ils le prononcent mal.

Ils ont l'oreille fausse à la juste harmonie . Leur esprit est crevé sous le faix du génie....

Le Moïse, à vrai dire, est loin d'être un chefd'œuvre : il prête quelque peu le flanc à la raillerie. Pourtant, il est certains passages de ce poëme qui valent à eux seuls plus que tout le bagage versiûé de Boileau. L'auteur apprécie lui-même fort justement ses défauts et ses qualités : u Je ne me plais pas beaucoup , dit-il danff sa préface , à me parer des plumes d'autrui, comme la corneille d'Horace... La description des moindres choses est mon apanage particulier. « Saint- Amant a le tort grave de se p'ferdre parfois dans des détails microscopiques, mais il reste toujours, même dans les plus grands écarts, d'une originalité incontestable. Peu de poètes ont manié la langue d'une main plus ferme, plus audacieuse. Théophile avait osé dire , parlant de Henri IV : u Son courage rioit. » Lui, il écrivit sans bropcher :

J'écoute , à demi transporté , Le bruit des ailes du silence Qui vole dans l'obscurité.

Hardiesse que Delille a gauchement plagiée. Saint- Amant composa , dans ses heures de mélancolie , un poëme rempli de grâce et de fraîcheur , la Solitude. On Y rencontre des strophes délicieuses de nombre ef d'ingénuité ; c'est une transformation complète :

Que Vesm fait un bruit agréable Tombant sur ses fenillages verts .

Et qne je charmerois l'oreille Si cette donccur noapareille Se pouvoit trouver en mes vers I

N'est-on pas tout dérouté d'entendre Téloge de Teau sortir d'une pareille bouche ? « Si cet ivrogne de Saint-Amant, dit Tabbé de Longuerue, avoit su quelque chose et qu'il eût voulu autant travailler que boire , la nature lui avoit donné du génie et il auroit pu aller loin *. « Demi -justice rendue par un juste appréciateur de Boileau. Saint- Amant fut admis à l'Académie en 1634. La mission qu'il s'imposa de recueillir et d'introduire dans le Dictionnaire les mots grotesques et burlesques mis' en circulation le fit dis^ penser du fastidieux discours de réception et de ceux qui étaient prononcés alors chaque semaine. Un jour qu'il gagnait son poste d'académicien y il rencontra Faret, qui ne s'enivrait plus qu'à huis clos et s'intitulait gravement « baron de Saint-Privat , » qualité dérobée à un homonyme mort au service d'une Grimaldi quelconque . *. Le Vieux, après avoir serré cauteteusement la main du Gros, l'attire à l'écart , et , tout penaud » le supplie de chercher , pour rimer à cabaret, un autre nom que le sien. Saint-Amant promet la radiation demandée, et remplace, en effet, dans la première édition, Faret par Muret; seulement il ajoute cet erratum perfide *. a /lu lieu de Muret, lisez Faret. »

Le livre de V Honnête homme avait valu à son auteur, outre l'amitié de l'évêque Coeffeteau, une de ces renommées placides qui, n'effarouchant personne, font leur chemin sans encombre et s'endorment fina-

* tongueruana, t. II, p. 138.

* Le P. Attselme , HUt. généalogique, t IV, p. 494.

lement sur les moelleux coussins d'une opulente pen* .. sion. La même fortune n'était pas réservée au Moïse; Saint-Amant ne trouva que déception et misère à la place du bénéfice qu'il avait rêvé. Il ne lui fut pas donné de faire, comme Desportes, la conquête d'une abbaye de Bon«-Port, à la pointe d'un hémistiche. Il avait trop cassé les vitres en poésie « pour êlre amnistié par le régent de huitième , chargé de la double fonction de régulateur du bon goût public et de ministre de la munificence royale.

Tout conspira contre lui ; rien ne put le tirer de sa détresse. Ce fut vainement qu'il chercha, dans l'ex ploitation d'une verrerie, l'aisance que son talent ne pouvait lui procurer. Ce fut vainement aussi que , cédant aux suggestions de la « faim, cette mauvaise conseillère , » il composa un ridicule poëme où il félicite Louis XIV de son habileté à nager... Sa tentative industrielle ne lui rapporta qu'une épigramme de Maynard le président-poëte, qui le traite de « gentilhomme de verre.' n Quant à sa Lune parlante, Boileau en amusa celui que madame de Maintenon devait déclarer « difficile à amuser 4 » Mais il avait tant de verve, le régent de huitième, et le spectacle d'un poète grelottant sur un misérable grabat est chose si bouffonne !

Saint-Amant, que l'on a fait mourir, comme le tendre Racine, d'un regard du « grand roi » , mourut ^ en réalité , de la mort de son propriétaire « qui l'aimoit, qui le connoissoit de longue main, et qui ne l'avoit jamais forcé de payer ^ » . Nous sommes heureux de pouvoir citer le nom de ce brave homme, qui s'appelait Monglas. Nous le livrons à l'admiration géné-

* Chevrœana, t. I, p. 34

raie , sans craindre de voir s'étendre outre mesure la contagion de Texemple.

Cette perte inattendue fut le coup de grâce pour Saint-Amant : le sol manqua sous ses pieds... — Il ne pouvait pourtant, le vaillant ivrogne, quitter la terre prosaïqueitient, comme un buveur d'eau. D'accord ; mais à quelle source puiser la dernière joie ? Le bon ange invoqué apparut sous les traits d'un pédant. Charpentier, qui jusque-là avait, par prudence, fermé les yeux, ouvrit sa bourse dans ce moment suprême ; et cette libéralité permit à Saint-Amant de rendre le dernier soupir entre deux vins. Il passa gaiement d'une rive à l'autre , fredonnant, avec une variante ajoutée in extremis ^ ce couplet d'une folle chanson de Claude de l'Etoile :

Vive les lienx où l'on s'enivre !

On ne les sauroit trop chërir.

Vivre sans boire , c'est mourir , Et boire en mourant, c'est revivre *.

' Le teife porte :

Et mourir en buvant , c'est vivre.

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