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< C'est une bonne enfant, elle se met bien en colère, mais elle n'a pas l'ombre de rancune. » D'Alembert avait été obligé autrefois de recourir à la bourse de M™'^ de Créquy qui lui avait remis juste « vingt-deux livres dix sous », qu'il lui demandait à emprunter. Il fut lui-même plus généreux envers Arlequin qui venait se lamenter auprès de lui de la perte de cinquante mille livres dévorés par la banqueroute du sieur Roland : il le consola en lui •firomettant de prendre soin de sa fille aveugle.
On prétendait que d'Alembe:t présidait le souper hebdomadaire que donnait M™° Suard, parce qu'il y occupait un fauteuil très élevé, mais cette surélévation n'avait pas d'autre cause qu'une infirmité de nature : il avait besoin, pour digérer, de manger presque debout. A ce souper assistait le même monde que l'on voyait à celui de M™^ Saurin, également hebdomadaire. Ils avaient lieu l'un et l'autre après les spectacles et il y était d'abord question des représentations du jour. Puis, peu à peu, la conversation changeait et haussait de ton. « Lorsque, dit Garât, le président Tascher exposait l'état des colonies françaises agitées par l'heureuse révolution des colonies anglaises de l'Amérique ; le président Dupaty, les preuves si philosophiques et si éloquentes de l'innocence de trois infortunés condamnés à la roue; la correspondance de Voltaire avec d'Alembert, Condorcet et M, d'Argental, cette 'foule d'erreurs et de victimes que les vices des lois accumulaient dans les temples de la justice; alors on ne parlait plus que de ces grands intérêts des nations et de l'humanité (i). »
L'abbé Raynal donnait une fois la semaine un déjeuner philosophique auquel étaient invités les ambassadeurs et les seigneurs étrangers qui passaient à Paris. Il y avait plus de carrosses à sa porte qu'à celle du comte de Creutz, ministre plénipotentiaire de Suède, qui, en son hôtel de la rue de Grenelle-Saint-Germain, ne réunissait chez lui que des littérateurs et des artistes.
L'abbé Morellet donnait aussi un déjeuner, mais seulement le premier dimanche de chaque mois. Les convives étaient