Lettre à M"<= Voland (13 octobre
souffrait. Le plus cuisant de ses rtgrets, après les bals de l'Opéra, c'était le bon lit qu'il avait laissé à Paris. A Naples, les matelas étaient d'une horrible dureté, qui provenait, disait-il, de ce qu'on y battait la laine sans la carder. Et il terminait ses lameiilations sur ce point, en chargeant M™* d"Epinay de lui envoyer des peignes de fer. Elle mettait, on le comprend, plus d'empressement à communiquer à la société du baron des lettres du genre de celle que lui adressa Galiani le 23 janvier 1773 et qui devait amuser tous les amis et intéresser particulièrement Diderot, 11 s'agissait de comédiens français venus donner «les représentations à Naples. On les avait appelés à la Cour pour jouer le Père de famille. Le roi, qui « aimait à rire et pas à pleurer », avait déclaré qu'il comptait s'ennuyer fort, et les courtisans s'étaient concertés pour se mettre à l'unisson du Maître. Mais ils avaient compté sans Diderot, interprété par Aufresne, « acteur incomparable ». Or tandis qu'ils bâillaient, prenaient du tabac et menaient grand bruit, le roi « fondait en larmes ». L'abbé terminait cette jolie anecdote par ces simples mots : f Vous voyez, ma belle dame, que de ma profession je suis gazetier. »
Gazetier! c'était la profession que prisait le plus d'Holbach. « Une des plus violentes passions, peut-être, dit Grimm (i), qui l'aient occupé toute sa vie, mais surtout dans ses dernières années, c'était la curiosité; il aimait les nouvelles, comme l'enfance aime les joujoux, et par cette espèce d'aveuglement si naturel à toute habitude passionnée, il y mettait même fort peu de choix : bonnes on mauvaises, fausses ou vraies, il n'y en avait point qui n'eût quelque attrait pour lui, il n'y en avait même point qu'il ne fût disposé à croire. Il semblait véritablement que toute la crédulité qu'il avait refusée aux nouvelles de l'autre monde, il l'eût réservée toute entière pour celles de la Gazette et des cafés. » Sa promenade favorite était le jardin du Palais-Royal, où il allait recueillir les bruits du jour.