‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 113 sur 148 · I. Correspondance, t. XV, p. 41 S · texte numérisé non relu

I. Correspondance, t. XV, p. 41 S

D'Holbach avait supporté avec sérénité les persécutions que lui avaient attirées plusieurs de ses ouvrages aggravés de la méchante réputation du Chth holbachique. C'est ainsi que Rousseau qualifiait les réunions où, selon Morellet, « on disait des choses à faire tomber cent fois le tonnerre sur la maison, s'il tombait pour cela ». Seulement le baron esquiva de nouvelles rigueurs en couvrant ses autres productions du masque de l'anonyme ou du pseudonyme. Il lutta jusqu'à sa mort, c'est-àdire, jusqu'au 21 janvier 1789, ayant survécu de cinq ans à Diderot, piès duquel il fut inhumé à Saint-Roch, et de dix-huit ans à Helvétius. Quant à Grimm, il devait, déconcerté par les premiers et inévitables excès de la Révolution, quitter son pays d'élection pour son pays d'origine, avec le regret de n'avoir pas partagé le sort des amis qu'il avait perdus. « J"ai manqué, ditil à Meister, le moment de me faire enterrer (i). »

Si la baronne d'Holbach disparut obscurément, à tel point que la date de sa mort (1813) n'est mentionnée par aucun biographe, ]\4mo Helvétius continua pendant son veuvage de vivre avec un certain éclat. Dès 1771, elle s'était retirée à Auteuil, toujours la même qu'à l'époque (1760) où Diderot disait d'elle : « C'est une femme très aimable qui s'est fait un caractère qui l'a affranchie au milieu de ses semblables, toutes esclaves. »

Le maréchal de Beauvau, son parent, lui reprochant de ne pas avo'T pris le deuil d'un autre membre de sa famille, non moins illustre que lui : « Je ne sais si j'étais de sa famille, réponditelle, mais savait-il si j'étais de la sienne? » Elle dit aux prétendants de ses deux filles « qu'elle ne les gênerait en rien et que ce seraient elles-mêmes qui nommeraient leurs époux (2) ». L'aînée choisit le comte de Mun et la plus jeune le comte d'Andlau. Les deux filles de d'Holbach dérogèrent également : l'une épousa le marquis de Châtenay et l'autre le comte de Nolivos. La fille de Diderot fit encore de même : elle épousa le marquis de Vandeul. Singulière destinée de la descendance des trois philosophes.

I, 11 mourut à Gotha le 19 décembre 1807. 2 Mémoires secrets, t. VI, p. 238.

D'après les Mémoires secrets (4 octobre 1772;, Helvétius aurait laissé quatre millions de fortune. Ce qui est certain c'est que M"" Helvétius ne jouissait que d'environ vingt mille livres de rente, dont elle tirait un excellent parti, car elle avait un train de maison fort convenable. « Elle n'était plus assez riche pour aller chercher le plaisir chez les autres ; et elle trouva quelle l'était plus qu'il ne fallait pour en offrir chez elle. Elle renonça à ses nombreuses connaissances et s'attacha des amis (1). » De ce nombre et au premier rang, furent les abbés Morellet et de La Roche, Cabanis et Franklin. Morellet venait passer deux ou trois jours de la semaine chez M"" Helvétius qui lui avait réservé un joli logement, et le matin, dans la belle saison, il se promenait à cheval avec elle dans le bois de Boulogne. Elle l'accompagnait souvent, ainsi que Cabanis et labbé de La Roche, qui étaient également ses hôtes, lorsqu'ils allaient dîner à Passy chez Franklin. Celui que Mirabeau, dans son éloquente oraison funèbre, définit « le sage que deux mondes réclament » et qui était venu à Paris, en 1776, pour conclure un traité de commerce et d'amitié avec la France, ne se piquait pa'^ d'une austérité trop farouche. Il s'humanisa nuMiic au point de se laisser entraîner (sans doute par Georges Le Roy) dans des réunions galantes. C'était le plus jovial des amphitryons. 11 n'entendait pas que l'on mît de l'eau dans son vin. et surtout « par une fausse complaisance » dans le verre de son voisin. « L'apôtre Paul, disait-il, conseillait bien sérieusement à Timothée de mettre du vin dans son eau pour la santé, mais pas un des apôtres, ni aucun des Saints Pères, n'a jamais conseillé de mettre de l'eau dans le vin (2). » Ceci était à l'adresse de l'abbé Morellet, un buveur d'eau, qui entonnait au dessert des chansons à boire de sa façon, que Franklin accompagnait sur l'harmonica. Voici un des couplets de l'abbé, à la louange de son ami :

En politique il est grand ; A table joyeux et franc ;

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