‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 17 sur 148 · LA MENAGERIE DE MADAME DE TENCIN · texte numérisé non relu

LA MENAGERIE DE MADAME DE TENCIN

M"" de Tencin débuta par la vie religieuse, — à son corps défendant. Elle séjourna cinq ans au couvent de Montfleury, près de Grenoble, où sa famille l'avait fait enfermer, puis protesta contre ses vœux, et, grâce à un bref du pape, obtint de passer au chapitre de Neuville, dans le diocèse de Lyon. Mais ce n'était là qu'une halte. Bientôt elle dépouillait la chanoinesse pour aller se jeter au milieu des agitations de Paris. Tout son avoir se composait d'un joli visage et d'un esprit délié, fécond en ressources de toute sorte. Nulle créature humaine, sous le masque de l'indolence, n'a été plus remuante et n'a mis enjeu plus de ressorts à la cour et à la ville. Aussi M'"*' de Tencin fit-elle une prompte fortune, mais elle ne se contenta pas de si peu. Elle fit, du même coup, la fortune de son frère, avec l'aide du régent, de Dubois et de Law. En attendant qu'elle lui fit donner le chapeau de cardinal, elle le mit de moitié dans ses bénéfices de la rue Quincampoix, et lui valut les nominations successives de grand-vicaire de Sens, d'abbé de Vézelai, de chargé d'affaires à Rome et d'archevêque d'Embrun. M""" de Tencin avait l'oreille, sinon le cœur du duc d'Orléans. « J'ai ouï dire, écrit Duclos, qu'elle eut avec le régent une intrigue qui ne dura pas; elle se pressa un peu

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trop d'aller à ses fins (i) » Le reste se termine par des mots

d'un pittoresque trop brutal pour être reproduits. Selon le médisant chroniqueur, M'»'' de Tencin répondait affaires, lorsque le prince lui adressait des questions d'un tout autre ordre. N'est-ce pas là une méchanceté gratuite? Comment concilier une maladresse aussi grossière avec le savoir-faire dont cette femme, au jugement de tous ses contemporains, offrit le modèle le plus achevé? Pourquoi ne pas simplement attribuer le changement du duc d'Orléans à la mobilité de son humeur? Lorsque son frère devint ministre, elle lui conseilla sagement, connaissant son insuffisance, de prendre un auxiliaire avisé, et lui désigna pour cette fonction un allié de la famille, le jeune Mably, qui sortait du collège des jésuites de Lyon. Mably accepta l'offre qui lui en fut faite et rédigea pour Tencin des mémoires et des rapports qui lui gagnèrent la faveur royale. Mais celui-ci ayant cassé un mariage protestant, le futur auteur des Droits et des Devoirs nevoulutpas servir plus longtemps un ministre qui agissait plutôt en cardinal qu'en homme d'État.

La vie galante de M™« de Tencin a été marquée par deux événements :1a naissance de d'Alembert (17 17), qu'elle eut d'un commissaire d'artillerie, le chevalier Destouches-Canon, et qu'elle abandonna sur les marches de l'église Saint-Jean-le-Rond; la mort de Lafresnaye, un conseiller au Grand-Conseil, qui se tua chez elle (1726), laissant un testament dans lequel il disait que, s'il mourait de mort violente, c'était M^^^ de Tencin qu'il fallait en accuser. 11 ajoutait qu'elle avait juré sa perte un jour qu'il l'avait surprise dans un tête-à-tête compromettant, avec « son vieil amant Fontenelle, » et avec d'Argental, son neveu ('2). On prétend que, ' lorsque d'Alembert eut conquis un nom, la mauvaise mère fit tous ses efforts pour être reconnue de [celui qu'elle n'avait pas daigné reconnaître, anecdote qu'il faut classer parmi les légendes apocryphes. Que M™° de Tencin ait éprouvé des regrets, peut-être même des remords, c'est possible; mais croire

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