‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 19 sur 148 · Journal de Collé, t. 11, p · texte numérisé non relu

Journal de Collé, t. 11, p

Bernis avait la figure rondelette et rubiconde. Voltaire l'appelle « grasse et brillante Babet », variante du surnom si connu de « Babet la bouquetière », dont il l'avait déjà salué, et qui peignait au naturel ce poète non moins fleuri de style que déteint. il se plaisait à le prendre pour point de mire : « Si, lui disait-il, on coupait les ailes aux Zéphyrs et à l'Amour, on vous couperait les vivres. » — Hn sa qualité de cadet de famille, Bernis avait été destiné à l'Église, mais il était de trop bonne maison et avait trop d^entregent pour rester aux étages inférieurs. 11 frappa, sans hésiter, à la porte de M«« de Pompadour, et, sur l'heure, il obtint une pension de quinze cents livres et un logement au Louvre. Comme il sortait de chez elle, avec une pièce de toile de Perse qu'elle venait de lui donner, pour décorer son nouveau domicile, rencontrant le roi, qui l'interrogeait de l'œil, il lui fit sa réponse d'un air embarrassé. « Puisque la marquise, lui dit Louis XV, vous a donné la tapisserie, je veux vous payer les clous. » Et il lui fit présent de cinquante louis. Bernis fut reçu l'Académie française dès l'âge de vingt-neuf ans. « C'est le tabouret de l'esprit, » dit le malicieux abbé de La Bletterie à Mme d'Aiguillon.

Grimm a tracé d'Helvétius le portrait suivant : « 11 était d'une jolie figure et il excellait dans la danse. 11 porta la passion de cet exercice fort loin, et l'on assure qu'il dansa une ou deux fois sur le théâtre de l'Opéra, sous le masque, à la place du fameux Dupré (i). » De complexion galante, il vécut à la diable jusqu'au jour de son mariage. Un an après la mort de M"" de Tencin (1750), Helvétius, affamé de gloire littéraire, résigna sa charge de fermier-général, qui lui rapportait cent mille écus de rente. Le livre de l'Esprit, qui fut son début, attira sur lui les foudres de l'Église. « Croyant, dit Carat, avoir observé que le principe le plus universel de tous les mouvements, de tous les efforts et de toutes les actions, était l'amour des plaisirs, il voulait se servir de ce moteur tout puissant pour rendre tous les devoirs plus

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