I. Correspondance, t. iX, p. 41 S
évidents et plus faciles; il croyait que les plus austères deviendraient inviolables par l'alliance des voluptés et des vertus(l).» Rousseau se préparait à réfuter Helvétius, mais la pc^sécution dont il était l'objet lui fit tomber la plume des mains. Voltaire écrivit à l'auteur de V Esprit :
Votre livre est dicté par la saine raison Partez vite et quittez la France .
Tout le monde épousait sa cause. Mais, dès que la persécution eut cessé, tout le monde fut contre lui, ou du moins contre son livre. Voltaire le déclarait bien écrit, mais « sans méthode >> et lui reprochait de porter << un titre louche ». Rousseau le critiquait vertement dans VEmile. D'Alembert le persiflait. Diderot disait : <,< II y a trop de méthode dans sa méthode; il faut des routes, mais qu'elles soient larges et non des lignes. » 11 ajoutait, en manière de calmant : <,< L'Esprit sera pourtant compté parmi les livres de ce siècle.» Buffon décochait ce trait : « M. Helvétius aurait dû faire un bail de plus et un livre de moins. » Quant à Condillac, il se taisait, laissant son élève exposé seul au feu. Du reste, Helvétius, cœur d'or, faisant le bien sans faste, ne ressemblait en rien à l'homme de son œuvre, qui fait le bien par calcul.
Marmontel ne songeait alors qu'à mettre à la scène les tragédies que l'on sait. Pour se faire la main, il prenait près de M'^^ Clairon des leçons qui ne lui coûtaient pas cher. 11 avait commencé son éducation théâtrale à l'école de deux actrices aux gages du maréchal de Saxe, les demoiselles Navarre et Verrière. C'est ce qu'il raconte lui-même dans des Mémoires qu'il adresse à ses enfants. Et voici ses moyens de défense : « Celui qui ne veut écrire qu'avec précision, énergie et vigueur, peut ne vivre qu'avec des hommes. Mais celui qui veut, dans son style, avoir de la souplesse, de l'aménité, du liant, et ce je ne sais quoi qu'on appelle du charme, fera très bien, je crois, de vivre avec