I. éMémoires, t. I", p
rouet, à sa tapisserie, vous la trouverez y rêvant, cherchant dans sa tête le moyen de vous y servir. Mais de celle que vous croirez pouvoir vous être utile, gardez-vous bien d'être autre chose que l'ami; car, entre amants, dès qu'il survient des nuages, des brouilleries, des ruptures, tout est perdu. Soyez donc auprès d'elle assidu, complaisant, galant même, si vous voulfS, mais rien de plus, entendez-vous? (i) »
M™« de Tencin disait à Fontenelle, en riant et en lui mettant la main sur le cœur : « C'est de la cervelle qui est là. » En revanche^ l'abbé Trublet disait d'elle à quelqu'un qui lui vantait sa douceur : « Oui, si elle avait intérêt à vous empoisonner, elle choisirait le poison le plus doux. »
Au premier de l'an, toutes les « bêtes » de la « ménagerie » recevaient deux aunes de velours pour se faire une culotte. Cela se répéta jusqu'à la dernière année de la réunion. A cette époque, on vit apparaître un nouveau visage : « Savez-vous, dit M™" de Tencin, ce que la Geoffrin vient faire ici ? Elle vient voir ce qu'elle pourra recueillir de mon inventaire. » On parlait de deux étrangers : Glover, Anglais lourd et grossier, auteur d'un poème intitulé Léonidas, et Algarotti, un joli garçon d'origine vénitienne et de formes avenantes, qui, parmi ses péchés littéraires, compte le Congrès de Cj'thère. « Je ne lirai jamais, dit M'"" Geoffrin, les ouvrages de ces deux auteurs, mais je penche fort à croire que ceux de M. Algarotti sont meilleurs. — Voilà bien un jugement de femme, repartit Fontenelle. — Sans douf>, répliqua son interlocutrice avec vivacité, je dois juger en femme, parce que je suis une femme et non une licorne. » Fontenelle ne l'appela plus autrement que Licorne.