Lettre du 21 mai
SALONS ET CABARETS l6l
mesquin, lourd et maniéré, un peu château, un peu chapelle, une vraie décoration de théâtre qui lui servait à signer indifféremment ses lettres le lord ou l'ahbé de Strawberry-Hill (i). M. Charles de Rémusat qui qualifie ainsi cette villa, dont le nom signifie colline aux fraises, ajoute que Walpole y avait réuni des collections où, « à côté des objets d'un art véritable que sir Horace Man lui envoyait de Florence, à côté des tableaux de Holbein ou de Van Dyck, des bronzes de Cellini,des émaux de Petitot, il accumulait des curiosités de bric-à-brac et toutes ces raretés vulgairesqu'onrechercheencoreaujourd'hui (2).» M™* de Boufflers, l'amie du prince de Conti, qui était venue, en 1763, visiter Strawberry-Hill, avait quitté cette « croquante féodale », en déclarant « qu'elle n'était pas digne de la solidité anglaise ». La leçon était dure émanant d'une telle bouche. Walpole s'en vengea par cette sortie, dans une lettre à son cousin Conway : « Vous avez vu maintenant la célèbre M"® de Boufflers; je suis sur que, dans cette courte entrevue, vous avez dû comprendre qu'elle est agréable, mais je suis sûr aussi que vous êtes de mon avis, en ne trouvant pas que la vivacité soit le partage des Français... » Et après avoir traité Louis XV de taciturne, le maréchal de Mirepoix de momie ambulante, le duc de Nivernais, d" enfant gâté malade, il terminait par ce trait: « Si j'ai la goutte l'année prochaine, et qu'elle me mette tout à fait à bas, j'irai à Paris pour me trouver à leur niveau. A présent, je suis trop fou pour leur tenir compagnie. » Le même homme à l'occasion ne manquait pas de flageller la frivolité française. — 11 avait aussi établi une imprimerie à Strawberry-Hill. « Il n'imprimait pas luimême, mais il regardait faire (3). » De cette presse sortirent la plupart de ses ouvrages et ceux de ses auteurs favoris. Il convoita vainement la correspondance, restée inédite, de celle qu'il appelait Notre-Dame-des-Amours avec lady Sandwich. «Songez,.