I. €Mém. de Saint-Simon, t. V, p
lui fallait pour apprendre tout, et elle ne manqua pas de se l'attacher, particulièrement par ce moyen infaillible que les princes ont toujours en leur disposition, par l'estime qu'elle lui fit sentir souvent. Pour lui faire connaître les bons auteurs de l'antiquité, que tant de gens aiment mieux admirer que lire, il lui a traduit sur-le-champ, en présence de toute la cour, Virgile, Térence, Sophocle, Euripide; et depuis ce temps-là, les traductions n'ont plus été nécessaires que pour une partie de ces auteurs. Nous parlerions aussi des sciences plus élevées, où elle voulut être conduite par le même guide : mais nous craindrions de révéler des secrets d'une si grande princesse ; il est vrai qu'on devinerait bien les noms de ces sciences, mais on ne devinera pas jusqu'où elle y a pénétré... M. de Malézieux, continue lediscretFontenelle, eut encore auprès d'elle une fonction très différente et qui ne lui réussissait pas moins. La princesse aimait à donner chez elle des fêtes, des divertissements, des spectacles ; mais elle voulait qu'il y entrdt de l'idée, de l'invention, et que la joie eût de l'esprit. M. de Malézieux occupait ses talents moins sérieux à imaginer ou à ordonner une fête, et lui-même y était acteur. Les vers sont nécessaires dans les plaisirs ingénieux : il en fournissait qui avaient toujours du feu, du bon goût et de la justesse, quoiqu'il n'y donnât que fort peu de temps. Les impromptus lui étaient assez familiers, et il a beaucoup contribué à établir cette langue à Sceaux, où le génie et la gaieté produisent assez souvent ces petits enthousiasmes soudains (i). » Malézieux faisait de compte h demi avec l'abbé Genest les vers galants que la duchesse du Maine adressait à son frère le duc de Bourbon, qui avait, lui, pour seconds, Chaulieu et la Fare. Des nuages finirent par troubler cette correspondance suspecte ; mais les chansons avaient eu le loisir de tomber comme grêle. Voici, du reste, ce qu'on lit dans une des épîtres de la duchesse :
Ce qui chez les mortels est une effronterie N'est chez nous autres demi-dieu.x Q.u'une honnête galanterie.