‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 72 sur 148 · LA PAROISSE · texte numérisé non relu

LA PAROISSE

Comme M"""» Geofifrin et Du Deffand, M™« Doublet occupait un appartement extérieur de couvent. C'était chez les Filles Saint-Thomas, dont la maison s'élevait oij a été bâtie la Bourse, que cette dame, après la mort de son mari, intendant du commerce, était venue établir son bureau d'esprit. Et elle y passa les quarante dernières années de sa vie sans en sortir une seule fois. Son vrai nom était M™* Doublet de Persan, mais on l'appelait simplement M"'' Doublet. Née Legendre, elle était la grandetante de la duchesse de Choiseul et de la maréchale de Broglie. Elle avait pour frère un abbé que Collé définit « le premier homme de table qu'il y ait eu », et que Piron a si spirituellement chansonné:

Vive notre vénérable abbé Q.ui siège à table Mieux qu'au jubé!

L'abbé Legendre était tout à la fois le plus sérieux et le plus gai des convives: homme de principes, il ne tolérait inter pocula que de joyeux propos et arrêtait, aux premiers mots, quiconque tentait une échappée dans ce qui était pour lui le domaine de

rennui. Un jour, quelqu'un ayant commis l'inconvenance de mettre sur le tapis l'existence de Dieu, l'abbé Tinterrompit par ce quatrain :

Les dieux firent, dit-on, les hommes.

L'homme, dit l'autre, a fait les dieux^ Tant qu'on re trouvera pa<; mieux.

Restons-en là comme nous sommes.

Ce malavisé ne pouvait être que Foncemagne, le seul croyant admis dans la société de M™" Doublet, — « savant de profession et janséniste de conviction », dit Laharpe; « pourtant le plus doux des hommes », ajoute-t-il. La bénignité de caractère était aussi représentée là par le mathématicien Mairan, l'érudit Lacurne de Sainte-Palaye et Mirabaud, le premier traducteur supportable de la Jérusalem délivrée. N'oublions pas un autre partisan de la doctrine dejansénius, l'abbé Xaupi, docteur de la Faculté de théologie de F^aris, qui n'avait rien du séide, ainsi que le prouve le passage des Mémoires secrets qui lui est consacré en guise d'Oraison funèbre (i) : « 11 était comme beaucoup de ses confrères, croyant peu à ce qu'il enseignait, mais obligé de garder l'extérieur. 11 avait pris parti pour le jansénisme et s'était fait des querelles très vives avec son corps qui lui avait fait interdire ses assemblées. * L'abbé Xaupi mourut d'un accident de voiture, le 7 décembre 1778, à quatre-vingt-douze ans, le plus ancien des abbés de France. Il y avait un troisième abbé, Chauvelin, aussi fanatique de Voltaire que d'Argental, qui avait également sa place marquée au bureau d'esprit. Chauvelin était un petit homme, haut à peine de trois pieds. Comme on le cherchait le soir de la première représentation d'Oreste, qui n'avait pas réussi, un loustic dit qu'il s'était sans doute caché dans l'urne de l'ami de Pylade. Ce petit collet s'emporta contre le poète Roy, à propos de Mahomet, jusqu'à dire à ce méchant détracteur que, sans son rabat, il le bàtonnerait. « Vous voudriez

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