‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 73 sur 148 · I. Tome XII, page · texte numérisé non relu

I. Tome XII, page

donc me casser la cheville, monsieur l'abbé? » répondit froidement Roy, qui l'acheva par une épigranime commençant ainsi:

Quelle est cette grotesque ébauche ?

Est-ce un homme? Est-ce un sapajou?

Un vieillard dont M"'" Doublet dessina le portrait qui fut gravé par Caylus, le médecin Camille Faiconet, arrivait presque toujours donnant le bras à Lacurne de Sainte-Palaye, à qui il légua quatre-vingt-dix mille cartes où étaient notées ses observations quotidiennes. Ce savant toujours en chasse était le fils de l'ami de Gui-Patin, ami lui-même de Malebranche et de Fontenelle. Successivement médecin des écuries du roi, puis de la maison de Bouillon, Camille Faiconet avait débuté à Lyon, qu'il avait quitté en 1707. Peu de temps avant d'abandonner sa ville natale pour Paris, il avait reçu la visite d'une femme étrange. M™" Guyon. Elle revenait d'exil, nullement guérie de son exaltation mystique. Et ce n'était pas le médecin qu'elle tenait à voir, mais le lettré, — le dialecticien surtout pour débattre la thèse des Torrents. L'affaire avait été chaude, à tel point qu'une femme de chambre s'était crue obligée d'intervenir pour réparer le désordre de la toilette de lendiablée quietiste, en lui présentant un mouchoir. « Il est bien question de mouchoir! » s'était écriée M™'' Guyon . On ne dit pas si Faiconet perdit son sérieux.

Il était d'une gravité qui ne pouvait entamer Voisenon, le quatrième abbé du lieu, — lequel appelait M"" Doublet sa marraine et abusait fort de son kermès, entre deux grivoiseries.

Autour de ce dernier s'ébattaient deux condottieri de lettres, les chevaliers de La Morlière et de Mouhy. On a prétendu que celui-ci n'allait chez M""* Doublet que pour y remplir le plus méprisable des métiers. Le bureau d'esprit était surtout un bureau de renseignements qui inquiétait fort la police. Elle tenait beaucoup à savoir quels en étaient les membres et ce qui s'y brassait. « Elle employa, pour cet effet, dit Peuchet (i), un homme adroit,

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