I . Titon du Tillct, Le Parnasse français, p
Le lendemain, Pliylis, plus sage, Aurait donné moutons et chien Pour un baiser que le volage A Lisette donnait pour rien.
Les largesses du régent n'ont pas produit un meilleur résultat que celles du « grand roi ». Dufrény est aussi pauvre que devant. Chaulieu et Dancourt le morigènent d'amitié à ce propos. Dufrény les écoute avec les marques du plus profond repentir; puis, lorsqu'ils ont cessé de parler, il leur dit, en mirant avec amour un rouge-bord qu'il est prêt à porter à ses lèvres : « Pourriez-vous me donner des nouvelles de Lainez, que je n'ai point vu depuis longtemps? » Dancourt secoue la tête en souriant. « Voilà qui l'achève! s'écrie Chaulieu ; il met autant d'ordre dans ses souvenirs que dans ses affaires... Vous oubliez donc, mon cher Dufrény, que ce pauvre Lainez est mort il y a tantôt dix ans ! — Lainez est mort? J'en étais à l'apprendre. — En vérité! alors il faut que je vous conte sa fin édifiante... Durant la maladie qui l'emporta, il consentit à recevoir les sacrements. Ses comptes réglés, il s'assoupit, brisé par les souffrances qui l'avaient assailli. Le prêtre, voulant mettre à profit le sommeil du pénitent, s'empara en toute hâte d'une cassette pleine de vers licencieux, et déguerpit à pas légers, mais non sans réveiller le moribond, qui se démena comme un beau diable. Il cria au voleur, fit appeler un commissaire, dressa plainte, et, après avoir forcé son confesseur à restituer luimême la précieuse cassette, le gourmanda de la belle façon. Cela fait, il demanda une chaise et ordonna q'on le transportât dans la plaine Saint-Denis pour rendre l'âme au grand soleil. On obéit, mais il ne put aller plus loin (|ue la butte Saint-Roch. »
Au moment oij Chaulieu termine son récit, entre tout effaré l'abbé Pellegrin. « Infortuné Vergier! » s'écrie-t il, les regards trempés de larmes. « Que lui est-il donc arrivé? » demande Dancourt en se levant. — « Hélas? il vient d'être assassiné dans la rue du Bout-du-Monde, où il était allé souper avec un de ses amis. » Elles questions de se croiser, mais Pellegrin n'en sait pas davantage. — On déplore avec l'abbé la perte de ce char-
mant conteur; puis, ce tribut payé, on se dispose à sortir. Chaulieu prend le bras de Dancourt, non pour s'y appuyer, car ses jambes semblent avoir la même souplesse qu'autrefois, mais pour être dirigé dans sa marche : l'Anacréon du Temple a les yeux éteints du viel Homère, à qui il ira demain chanter quelque chanson à boire.
Pellegriii, du bout de sa soutane crasseuse, essuie ses joues inondées de pleurs et sa bouche humide des libations dans lesquelles il vient de noyer ses regrets. Dufrény le pousse du coude, et, tout en cheminant, nargue la blancheur plus que suspecte de son linge. « Tout le monde, riposte l'abbé, ne peut pas épouser sa blanchisseuse. »