‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 80 sur 148 · Mémoires, t. I»"", p. i 78 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I»"", p. i 78 et suiv

2. Confessions, partie II, liv. VII. — Un voisin de campagne, Dufort, comte de Cheverny, dans ses Mémoires (t. !«'', p. 87), ajoute au récit de M"'-" d'Ette d'autres détails plaisants. Pour ne citer qu'un point, il montre le maître des requêtes Dupleix de Bacquencourt aux prises, dans une scène de Zaïre, avec M. de jully. Ce dernier jouait le rôle de Corasmin, et Bacquencourt celui d'Orosmans. Cela marchait bien et le

.souffleur, confiant dans la mémoire des acteurs, regardait dans la salle lorsqu'Orosmane s'arrêta brusquement après cet hémistiche :

Mais, Seigneur, si Louis

Puis, il répéta encore à deux reprises :

Mais, Seigneur, si Louis

Le souffleur essaya vainement de se retrouver et M. de Jully repartit du même ton tragique : « Eh bien, Seigneur, six Louis font cent quarante livres. ». Un fou rire éclata danî l'assemblée qu'augmenta encore la colère d Orosmane contre Corasmin et le souffleur.

On avait attribué les rôles d'Isabelle, de Dorante et de Lisette, à M™« d"Epinay, à Francueil et à M™" de Maupeou. Le président ne voulut plus que sa femme reparût sur la scène. M"»'' d'Epinay ne put l'en blâmer : « Le fait est, dit-elle, qu'elle jouait un rôle un peu gai, qu'elle s'était approprié à la lecture de la pièce, et qu'elle l'a rendu très lestement, peut-être un peu trop (1). » M. de Maupeou, qui n'était pas endurant, avait dû en effet enrager de l'entendre dire des maris:

Ce sont bien, il est vrai, les plus francs hypocrites 1 Ils vous savent longtemps faire les chattemites. Et pais gare la griffe! Oh! d'avance auprès d'eux, Prenons notre revanche.

Le président en tenait déjà. Il avait eu l'imprudence d'attirei chez lui un ami, nommé Du Traisy, âgé de trente-cinq ans, qu'il avait constitué l'arbitre de ses querelles avec sa femme. Celle-ci avait gagné l'arbitre à sa cause, en le mettant de moitié dans sa revanche. Mais ce Du Traisy, paraît-il, était un volage et elle lui signifia sur l'heure son congé. M""" d'Epinay, instruite de ce brusque dénouement, demanda quelques détails.

« — Des détails, s'écria M""" de Maupeou, Dieu m'en pré serve ! je vous dis que de ma vie je ne veux y penser, ne voilàt-il pas un sujet bien gracieux! Un ami malhonnête, un amant perfide... Non, non, non, ne m'en parlez jamais; tenez, parlezmoi de mon petit mari noir ; au fond, il est bon homme. Nous avons eu une petite argoterie ce matin, mais ce n'est rien, je veux m'occuper beaucoup de lui, car nous renouvelons nos noces ce soir.

« — Bon Dieu, que vous êtes folle ! dit M™" d'Epinay, comment pouvez-vous faire une fête d'une chose qui a fait votre supplice?

« — Vraiment! sans doute, mais c'est que j'avais autre chose dans la tête alors; aujourd'hui je n'ai que lui, et... demain, si vous voulez, il vous en dira des nouvelles.

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