Mémoires, t. I«'', p
« — En vérité, je ne vous conçois pas.
« — Ma cousine, il faut être à ce que l'on fait. Le plaisir est toujours plaisir, et, lorsqu'il est passé. Ton reprend oij l'on en était (i). »
L'arrivée de M'^^ de Lucé à la Chevrette plongea M™° d'Epinay dans les plus vives inquiétudes. Elle avait toujours eu à se plaindre de sa belle-sœur qui avait hérité de la morgue de sa mère et ne cherchait que l'occasion de l'humilier ainsi que M™'=d'Esclavelles.
La fierté de M°i^ de Lucé s'était encore accrue de l'honneur qu'elle avait eu d'avoir été présentée au roi. Elle se croyait tout permis et ne pesait aucune de ses paroles. M. de Bellegarde en souffrait et n'était pas exempt lui-même de ses incartades de langue, que M. de Lucé passait son temps à réparer. M, de JuUy, souvent très en verve, la piquait jusqu'au sang. Au demeurant, elle était d'une vertu inattaquable, mais elle manquait complètement de pudeur. Un jour qu'étant assise près de sa tante, on avait, en passant, dérangé sa robe, et que M'"'^ d'Esclavelles avait pris la peine delà rabattre sur une de ses jambes restée découverte: «Comment donc! dit-elle en riant et en se retroussant jusqu'au genou, est-ce que vous croyez que je n'ai pas la jambe assez bien faite pour la montrer? »
M™'^ d'Epinay n'avait pas eu tort d'appréhender sa présence à la Chevrette. Elle ne pouvait plus échanger un regard avec Francueil, sans que ce regard fut remarqué et commenté. M™*' de Lucé ne se contenta pas d'épier, elle dénonça. M. d'Epinay écrivit à sa femme une lettre où il était question de ses rapports avec Francueil, en termes moitié railleurs, moitié menaçants. Puis, revenant de sa tournée, il l'accabla de reproches sanglants, lui défendant de revoir Francueil, sauf à le ramener lui-même le lendemain auprès d'elle. Son but était de la compromettre devant les siens et devant le monde, afin de s'autoriser de ses écarts pour s'abandonner en toute liberté à ses propres dérèglements. Après cette