I. Mémoires, t. i'"", p. 246 et suiv
belle manœuvre, il entra aussitôt en danse. Renouant avec ^iic Verrière, qui lui avait donné un successeur, il convint avec elle qu'habillée en homme, elle irait l'attendre sous l'arcade de l'Opéra et que, de là, ils gagneraient un appartement qu'il avait loué pour leurs rendez-vous. 11 la trouva en effet au lieu indiqué, mais ils avaient été reconnus par l'intéressé qui fit signe à un exempt de police et lui enjoignit de faire justice. Cet exempt, payé pour surveiller la dame, s'empressa d"obéir et, l'arrêtant ainsi que M. d'Epinay, au moment où ils arrivaient au coin de la rue Traversière, il les força de monter dans une voiture qui les mena chez le lieutenant de police. L'enlèvement avait eu pour témoin un laquais de M. d'Epinay qui se trouvait à la fenêtre de l'appartement loué par son maître. 11 crut qu'on le conduisait en prison et courut prévenir M. de Bellegarde qui alla réclamer son fils.
Cette nouvelle équipée décida M"" d'Epinay à demander une séparation de biens et son beau-père l'aida lui-même à l'obtenir. De plus, il fit à sa bru une donation de treize mille livres de rentes. C'est à cette époque qu'elle accoucha pour la troisième fois. Trois ans auparavant, en 1747, elle avait mis au monde une fille, Thérèse-Françoise, qui n'eut qu'une très courte existence. Son dernier enfant était encore une fille qui reçut le prénom de Pauline et devint M™'= de Belzunce. Seulement M™" d'Epinay dissimula sa troisième couche sous le couvert d'une simple indisposition, sans doute pour ne pas donner prise aux médisances qu'auraient fait naitre les assiduités de Francueil. Son mari ne ménageait pas les allusions, mais, en exceptant M™= de Lucé, d'ailleurs absente, toute la famille se tournait contre lui. Alors, outre Francueil, la société habituelle de M™« d'Epinay comprenait M'"'^'' de Maupeou et de Jully, M"« d'Ette, Rousseau, Gauffecourt et le chevalier de Valory. Un jour, M™*^ de Maupeou disparut pour ne plus revenir. Le président lui avait défendu de revoir M™" d'Epinay qu'il traitait d'intrigante d'un esprit pernicieux et diabolique, parce qu'elle avait écrit à sa cousine, sur sa demande, une lettre de bons conseils, qui n'avait pas été du goût de M. de Maupeou. Il cloitra sa fem.me dans une maison de cam-
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pagne, qu'il avait à Tliuit près Jes Andelys, et où elle n'était entourée, disait-elle, que d'Ostrogots. (Ces Ostrogots étaient les naturels de Tendroit.) M™"' d'Epinay ne se sentit pas offensée de l'injure de ce pied plat, comme elle l'appelait, mais elle conçut un vif chagrin d'être privée de la compagnie d'une parente qui la réconfortait par son affection et son esprit. A ce chagrin s'en ajouta un autre : M. de Bellegarde lui enleva son fils pour le mettre au collège. C'était pendant la belle saison. M"" de Jully survint heureusement à la Chevrette, avec son mari, pour tirer sa belle-sœur de ses humeurs noires. « Elle a de l'esprit et une tournure très plaisante, écrivait M™» d'Epinay à M. d'Affry, à qui elle ne cachait aucun détail de son existence. Elle a l'extérieur très froid et néanmoins l'imagination gaie. Elle cause très agréablement... Elle adore son mari.,. Cependant elle aime la dissipation, les plaisirs... Je suis très circonspecte avec elle; aimant son mari comme elle l'aime, elle aurait sûrement très mauvaise opinion de moi, si elle pouvoit savoir jusqu'à quel point je suis loin de penser comme elle... (i) » M™" de Jully, qui était enceinte et proche de son terme, ne resta que peu de temps à la Chevrette, et elle était à peine de retour à Paris qu'elle accouchait. M™'' d'Epinay accourut auprès d'elle comme elle le lui avait promis et fut sans doute quelque peu étonnée de trouver à son chevet M""^Quinault, surnommée la cadette, qui sut lacaptiveret qui, trois jours après, étant allée lui rendre visite, lui fit accepter une invitation à dîner. Jeanne-Françoise Quinault était la plus jeune des filles de l'acteur Quinault- Dufresne, de la Comédie-Française, mort en 1756. Comme son père elle avait appartenu au théâtre ainsi que ses deux sœurs, ses deux frères et sa belle-sœur, M"" de Seine. Elle avait débuté dans le rôle de Pbcdre. Mais elle avait quitté la tragédie pour s'adonner aux rôles de soubrette. Elle était douée d'une grande vivacité d'esprit et d'une intelligence scénique que La Chaussée mit à profit, en composant, sur ses données, le Préjugé à la mode. C'est elle qui fournit à Voltaire