Mémoires de Madame d'Epinay, t. I"", p
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aucune, avait été surnommé Arbassan, secoua gravement la tête comme pour donner à entendre que Griselidis avait un sens plus profond qu'il ne semblait. Après ces préliminaires, M""^ Quinault, prenant à part M"'*' d'Epinay,lui annonça, sous le sceau du secret, qu'un auteur de ses amis, le dîner terminé, ferait la lecture d'une pièce. On attendait le départ du gros des convives, pour se trouver en petit comité. Cela dit, elle entonna gaillardement le refrain :
Nous quitterons-nous sans boire?
Noua quitterons-nous Sans boire un coup ?
M™*" d'Eplnay avait été précédée par Duclos, Rousseau et deux inconnus, dont l'un était un des partisans de Voltaire, chargé de colporter les primeurs du maître, et l'autre un abbé, non moins braillard que Duclos, doué d'un vigoureux appétit et de certains talents très prisés par quelques duchesses (i). M""" d'Eplnay cherchait à les deviner en étudiant sa physionomie fleurie, lorsque arriva l'auteur, aussi humble d'attitude que sa protectrice était hautaine. Il était suivi, à peu de distance, d'un médecin échappé du théâtre de Molière, que M'^** Quinault consulta de l'air le plus sérieux et dont, avec non moins de gravité, elle railla les paroles sentencieuses. On n'attendait plus que Saint- Lambert pour se mettre à table. Enfin il parut et le docteur Akakia, c'est ainsi qu'on qualifiait le grotesque, guetta le moment où M"« Quinault allait avaler la première cuillerée de soupe, puis la prenant en faute, il lui cria d'une voix indignée: « Et les quinze grains de rhubarbe, mademoiselle? — lis sont emballés, docteur, répondit- elle, ils m'attendent à Saint-Germain. » Akakia s'effraya et essaya vainement de l'effrayer des dangers auxquels l'exposait sa désobéissance aux prescriptions de la Faculté et comme il ne recueillait que des quolibets: « Messieurs, dit-il avec dignité, je pardonne de tout mon cœur les