I. Mémoires de Madame d'Epinay, t. I^"", p
devant de lui: « Ma fille, dit M™° d'Esclavelles, embrassez votre chevalier. — Je serais très fier de ce titre, si je le méritais, répondit-il ;c'est la cause générale de la bienfaisance que j'ai détendue. Il est vrai qu'elle n'avait jamais été outragée plus injustement (1). » Francueil, en réalité, s'était suscité à lui-même un rival: il avait présenté Rousseau qui, à son tour, avait présenté Grimm. Notons la première impression de M™" d'Epinay à l'égard de ce dernier: « 11 n'a pas l'élocution facile; malgré cela, sa manière de dire ne manque ni d'agrément ni d'intérêt. » Elle fit ensuite de lui un portrait, sinon complet, du moins très étudié: « Sa figure, dit-elle, est agréable par un mélange de naïveté et de finesse, sa physionomie est intéressante, sa contenance négligée et nonchalante, ses gestes, son maintien et sa démarche annoncent la bonté, la modestie, la paresse et l'embarras.
€ Son âme est tendre, ferme, généreuse et élevée; elle a précisément la dose de fierté qui fait qu'on se respecte sans humilier personne. En morale et en philosophie, il a des principes sévères qu'il ne se permet pas de modifier et d'adoucir suivant les circonstances, mais dont il se relâche presque toujours lorsqu'il s'agit de juger les autres.
« 11 a l'esprit juste, pénétrant et profond; il pense et s'exprime fortement, mais sans correction. En parlant mal, personne ne se fait mieux écouter; il me semble qu'en matière de goût, nul n'a le tact plus délicat, plus fin, ni plus sûr. 11 a un tour de plaisanterie qui lui est propre, qui ne sied qu'à lui,
« Son caractère est un mélange de vérité, de douceur, de sauvagerie, de sensibilité, de réserve, de mélancolie et de gaieté. Il aime la solitude, et il est aisé de voir que le goût pour la société ne lui est point naturel : c'est un goût acquis par l'éducation et par l'habitude.
« Ce je ne sais quoi de solitaire et de renfermé, joint à beaucoup de paresse, rend quelquefois en public son opinion équi-