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Confessions, partie II, livre VIII

2. Œuvres complètes. Édition Assérat et Maurice Tourneux, t. XVIII, p. 238.

ubissaient tous deux un charme irrésistible, resté inexplicable.

La rupture avec Francueil n'eut pas lieu sans déchirements. L'infidèle Francueil qui, en compagnie du mari, était allé souvent s'ébatfre à Auteuil, chez les demoiselles Verrière, s'attachait aux pas de la femme, depuis qu'il connaissait les visées de Grimm. Celui-ci exigeait une sép.iration immédiate et M'»'^ d'Epinay s'efforçait d'éviter un éclat. M. d Epinay assistait à ce drame intime en spectateur indifférent. Enfin Francueil prit en pitié les angoisses de la pauvre femme. 11 lui envoya une cassette qui contenait ses lettres et son portrait, et qu'accompagnait une longue lettre d'adieu. Puis, annonçant à M. d'Epinay qu'il allait passer six mois à Chenonceaux, il s'éloigna définitivement de la Chevrette. Sa femme mourut le i'^' septembre 1754 et il épousa en secondes noces la veuve du comte de Horn, fille naturelle du maréchal de Saxe de laquelle il eut un fils qui fut le père de George Sand.

Grimm avait trente-trois ans, lorsqu'il devint l'amant en titre de M™ " d'Epinay et leur intimité dura vingt-sept années. L'amitié s'était mise de la partie. La maîtresse s'était élevée à l'état de compagne, voire même de collaboratrice. Grimm avait trouvé en elle le germe d'un écrivain, et au lieu de chercher, comme Rousseau, à l'étoulTer, il l'avait aidé à se développer. Pendant les absences qu'il fit en 1773 et en 1774, elle fut chargée avec son secrétaire, le Suisse Meister, de le suppléer dans la rédaction de la Correspondance lUtéraire (1).

Partout où il se trouvait, Grimm appelait Diderot, — son alter ego. L'un ne se concevait pas sans l'autre. Et pourtant Diderot ne se montrait pas à la Chevrette, quoiqu'il y fût vivement désiré par M™° d'Epinay. Duclos, qu'elle finit par exécuter irrévocablement, l'avait desservie auprès du philosophe, à tel point que

I. Son bagage particulier comprend : Mes moments heureux (i752\ Lettres à mon fils {1758) et Conversations d'Emilie (1781). Ce dernier ouvrage consacré à l'enfance obtint en 1783 le prix d'utilité.

celui-ci ne la qualifiait que d'intrigunU. Rousseau, hélas! n'avait pas manqué de coopérer à cette oeuvre de dénigrement. N'était-ce pas sa façon habituelle de témoigner sa reconnaissance? A ce moment il était l'hôte de M'»'' d'Epinay. On sait comment il rétait devenu. Avant de partir pour Genève oij il avait accompagné le bonhomme Gauffecourt passé à l'état de podagre et qu'il accusa d'avoir voulu séduire Thérèse en chemin, il avait, en se promenant dans le parc avec M™'' d'Epinay, poussé un cri d'admiration à la vue d'une vieille masure, voisine de la forêt de Montmorency. « Quelle habitation délicieuse! » avait-il dit. Et à son retour refaisant la même promenade avec M."^'- d'Epinay, il avait trouvé à la place de la cabane qu'on appelait l'Hermitage une maisonnette fraîchement construite et parfaitement aménagée. « Mon ours, lui avait-elle dit, voilà votre asile. C'est vous qui l'avez choisi, c'est l'amitié qui vous l'offre. » Il avait pleuré, mais avait demandé à réfléchir et ne s'était décidé à accepter que sur les instances de M™'" Le Vasseur et deThérhse, gagnées pour le circonvenir. Le trait est de lui naturellement. M""' d'Epinay poussa la perfidie jusqu'à procéder elle-même à son installation (le 9 avril 1756), sans doute pour lui infliger la pire des humiliations. Il devait l'en faire repentir amèrement, car, à force de méchants procédés, il la contraignit de le chasser de l'Hermitage qu'il quitta le 15 décembre 1757, pour aller se réfugier à Montmorency dans une maison que lui avait offerte le procureur fiscal du prince de Condé.

Un des nombreux griefs de M™" d'Epinay contre Rousseau, le dernier, avait été son refus de l'accompagner à Genève où, pour une affection de l'estomac qui la faisait souffrir depuis longtemps et s'était aggravée au point d'inspirer des craintes sérieuses à ses amis, elle s'était décidée à aller se faire traiter par le célèbre docteur Tronchin qu'elle avait consulté lorsqu'il était venu à Paris inoculer les enfants du duc d'Orléans. « Je n'avais pas besoin de pénétration, dit Rousseau, dans ses confessions, pour voir qu'il y avait à ce voyage un motif secret qu'on me taisait. Ce secret, qui n'en était un dans toute la maison que pour moi, fut découvert dès le lendemain par Thérèse, à qui Teissier, le

maître d'hôtel, qui le savait de la femme de chambre, le révéla (i).» Il s'agissait, selon lui, delà dissimulation d'une grossesse et sa dignité qui s'accommodait de confidences d'antichambre se révoltait à la pensée de jouer le rôle de chaperon. Ce qui démontre avec éclat l'impudente fausseté de l'accusation de Rousseau, c'est l'assortiment des compagnons de voyage de M™<' d'Epinay, son mari et son fils. Le départ eut lieu le 30 octobre 1757 et la malade faillit rester en chemin. Elle fut prise à peu de distance de Nantua, à Chàtillon deMichailles, d'une crise si violente que M. d'Epinay crut devoir envoyer un exprès à Tronchin pour le prier instamment de venir à son secours. En attendant qu'il vînt, on appela un prêtre: « C'était un paysan, écrit à Grimm M™" d'Epinay. Il me parut ivre, je lui parlai en conséquence. Il m'exhorta à recevoir les sacrements, je lui représentai que, vomissant sans cesse, je ne le pouvais pas en ce moment. On me pressa sur l'Extrème-Onction, je remis à l'arrivée de Tronchin et on n'osa plus m'en parler (2). »

La crise passée. M"*" d'Epinay reprit avec son mari et son fils le chemin de Genève oij les attendait M. de JuUy qui y exerçait les fonctions de résident, qu'il tenait de la protection de M™» de Pompadour. Il les installa dans une maison très agréablement située, ayant vue sur la belle promenade de la Treille. Voltaire, qu'il avait averti, était venu au-devant d'eux et avait voulu les garder à dîner aux Délices qu'il habitait alors. Mais M™'' d'Epinay, alléguant la fatigue, avait décliné l'invitation. Voltaire lui en adressa une autre deux jours après et la reçut, ainsi que son mari, avec une bonne grâce qui les charma. Elle a portraituré au vif M""^ Denis: «Sa nièce, dit-elle, esta mourir de rire, c'est une petite grosse femme toute ronde, d'environ cinquante ans, femme comme on ne l'est point, laide et bonne, menteuse sans le vouloir et sans méchanceté; n'ayant pas d'esprit, et en parais-

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