Mémoires, t. II, p
Sa jovialité, — elle avait cela de commun avec les plus honnêtes femmes de ce temps, — tournait quelquefois à la gaillardise. On cite d'elle une pièce de vers dont le titre seul indique la portée: Hymne aux tétons. Diderot promet à M"" Voland, s'il peut le dérober, de le lui envoyer, déclarant quil « pétille de feu. de chaleur, d'images et de volupté ». 11 ajoute: « Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu celui de le demander. » Il raconte encore qu'il se trouvait au souper de la veille, à côté de M"= d'Houdetot qui disait : « Je me mariai pour aller dans le monde et voir le bal, la promenadf, l'opéra et la comédie, et je n'allai point dans le monde, et je ne vis r en, et j'en fus pour mes frais. » Ces frais firent beaucoup rire. Elle dit ensuite, faisant allusion à Diderot qui dégustait avec plaisir certain petit vin blanc : « C'est mon voisin qui boit le vin et c'est moi qui m'enivre. » C'était du Galiani di primo cartello. L'abbé, nouvellement débarqué à Paris, s'était montré à la Chevrette presque en même temps que Diderot. Ce dernier, ainsi que Grimm, prisait fort l'humour de Galiani, mais il cessa d'estimer l'homme du jour où il l'entendit confesser « qu'il n'avait jamais pleuré de sa vie et que la perte de son père, de son frère, de ses sœurs, de ses maîtresses ne lui avait pas coûté une larme (i) ». M"" d'Epmay avait paru non moins choquée.
Diderot préférait de beaucoup à la compagnie du sarcastique Napolitain celle du bon marquis de Croixmare, doué d'une imagination riante et d'un esprit piquant qui ne blessait pas. « Votre plaisanterie, lui disait-il, est comme la flamme de l'esprit de vin, douce et légère, qui se promène sur ma toison, sans jamais la brûler. » Grimm l'appelait le charmant marquis, non par antiphrase, car il était laid d'une laideur d'ailleurs originale, mais à cause de sa constante amabilité. Officier du régiment du roi dans sa jeunesse, M. de Croixmare, qui était de l'âge de Voltaire, avait quitté le service afin de pouvoir donner