‹ Ruelles, salons, et cabaretsChapitre 99 sur 148 · I. Mémoires, tome 1'='', p · texte numérisé non relu

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menâmes. Damilaville, Grimm et l'abbé Raynal nous précédaient, faisant de la politique Le soir, le docteur Gatti, que

l'indisposition de M. de Saint Lambert avait appelé à Sannois, petit village situé à une demi-lieue de la Briche, vint souper

avec nous » Gatti revint à la Briche, ainsi que Raynal. Ils y

trouvèrent Suard, qui y avait tait sa première apparition dès le mois de juillet et qui était tombé amoureux de M"" d'Epinay, presque au même moment que de la baronne d'Holbach et avec le mêrne succès. Diderot s'abstint d"y reparaître pendant quelque temps, ainsi qu'au Granval,oià la vipérine M"'' d'Ette avait pris pied et indisposé les esprits contre son ancienne amie : il ne voulait pas être mêlé à cette brouille passagère.

Les enfants de M»" d'Epinay avaient alors atteint, Louis, dix-huit ans, et Pauline, douze. Il importait de s'occuper au plus tôt de l'avenir de Louis : M. d'Epinay inclinait vers la magistrature, mais son fils était mal préparé à une telle carrière. Il avait peu profité des leçons de M. Linant, et sa mère était d'avis de le placer chez un riche négociant de Bordeaux, M. Bethmann, que connaissait Grimm. Elle tint bon et Louis partit pour Bordeaux, où il séjourna environ deux années. L'épreuve n'avait pas réussi. Il prétendait n'avoir de vocation que pour la robe. Était-ce caprice ou suggestion paternelle? A son retour il ne retrouva pas sa grand-mère. M™" d'Esclavelles était morte le lendemain delà première communion de sa petite-fille. «J'ai perdu toute ma consolation et la douceur de ma vie, avait écrit M™" d'Epinay à Louis ; je n'ai plus que vous pour me tenir lieu de tout ; voyez quelles obligations vous contractez envers moi, mon ami, et quel devoir vous avez à remplir.... » 11 était aussi incorrigible que son père qui, réduit à une pension de dix mille livres, menait, auprès des demoisHles Verrière, une existence inqualifiable. Celles-ci avaient élevé, à Paris, une salle de comédie où la meilleure société venait en catimini se joindre à l'autre. Comme chez M"" Gaussin, à Pantin, « c'était le rendezvous des plus jolies filles de Paris et des aimables libertins; on avait eu soin d'y établir des loges grillées pour les femmes bon •

nêtes. pour les gens d"église et les personnages graves qui craignaient de se compromettre parmi cette foule de folles et d'étourdis. Collé avait consacré son théàtve de société à être joué chez iVl"" Gaussm ; Carmontel fit un recueil de proverbes dramatiques destinés au même effet, et M. de La Borde les mit en musique (1). » Le fournisseur ordmaire du théâtre des demoiselles Verrière était le langoureux Colardeau, dont Diderot a fait le croquis suivant : « 11 n'a pas une once de chair sur le corps ; un petit nez aquilin, une tête allongée, un visage affilé, de petits yeux perçants, de longues jambes, un corps mince et fluet; couvrez cela de plumes, ajoutez à ses maigres épaules de longues ailes, recourbez les ongles de ses pieds et de ses mains, et vous aurez un tiercelet d'épervier. » Les demoiselles Verrière se montraient actrices consommées. M. d'Epinay luttait de naturel avec le président de Saiaberry, et le bonhomme Linant ne trouvait pas indigne de lui de tenir le modeste emploi de souffleur.

A mesure que sa fille grandissait, les soucis que M™'' d'Epinay avait de son avenir augmentaient d'intensité. Elle craignait de disparaître, laissant Pauline à la discrétion d'un tel père. Aussi sa quinzième année accomplie, l'occasion qui se présentait d'un établissement très avantageux fut-elle saisie avec empressement, La main de Pauline était demandée par le vicomte de Belzunce, colonel d'infanterie et grand bailli du pays de Mixe en Navarre, Une dot de trente mille livres lui fut constituée par une avance qu'en fit M. de Jully sur les revenus de M. d'Epinay dont il avait la gestion. Le vicomte emmena sa femme dans son vieux castel de Méharin, à quelques lieues de Pau, où Louis d'Epinay, trois ans plus tard, fut envoyé en qualité d'avocat au Parlement et où il devait renouveler ses escapades. 11 obtint néanmoins d'être nommé conseiller, mais, malgré ses protestations de repentir, il continua de se livrer à sa passion pour le jeu, et les dettes qu'il avait contractées le poussèrent à des actes répréhen-

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