‹ Ruines cléricales [microforme]Chapitre 19 sur 53 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

Vous me demandez la permission de sortir du Diocèse, pour a!ler offrir vos services à Mgr de Chicago ; comme vous appartenez au Diocèse de Québec, ie crois que c’est à Mgr l'Archevêque à vous donner l’£eat que vous demandez. Pour moi, je ne puis que vous remercier de vos travaux parmi nous et vous souhaiter, en récompense, les plus abondantes bénédictions du Ciel. Tous les jours vous serez dans mon souvenir et dans mon cœur ; et j'espère que la Divine Providence me mettra à même de vous témoigner plus tard tout ce que Je ressens en moi degratitude. En attendant, je demeure, Monsieur, votre très dévoué et obéissant serviteur,

+ IG, EVEQUE de Montréal M. Chiniquy, Ptre.

On sait combien ces exhortations tombaiïent juste.

Quelques années plus tard, l’homme qu'on avait préféré aux honnêtes citoyens de l’Institut se séparait de l'Eglise Catholique, qui l'avait ainsi choyé, dans une apostasie vénale et l'on se préparait à éteindre le mouvement d'émancipation intellectuelle.

On agit avec précaution. En 1858, une minorité des membres gagnée sournoisement à la cause des Jésuites, prétendirent que la Bibliothèque de lInetitut renfermait des ouvrages considérés non-seulement par les catholiques mais par les chrétiens de toutes dénominations, comme essentiellement futiles, irréligieux et immoraux, et soumirent une proposition tendant à faire admettre ce fait comme fondé ; la majorité de l'Institut la repoussa. Nonobstant cette déclaration l'Evêque catholique de Montréal, sans examen ni enquête, publia le 30 Avril 1858 une lettre pastorale dans laquelle il fait un appel à tous les membres de l'Institut, “ qui, dit-il, nous en avons la confiance, tien- “ nent encore à l’église par le lien sacré de la foi, pour “que mieux instruits des principes catholiques ils “ reculent entin devant l’abîme qui s'ouvre sous leurs “ pieds...... que si hélas ! ils renoncent à s’opiniâ- “ trer dans la mauvaise voie qu'ils ont choisie ils encourraient des peines terribles et qui auraient les plus déplorables résultats. Et en effet, il s’en suivrait qu'aucun catholique ne pourrait plus appartenir à cet Institut ; que personne ne pourrait plus lire les Jivres de sa bibliothèque, et qu'aucun ne pourrait à l'avenir assister à ses séances, ni aller écouter ses “ lectures. Ces fâcheux résultats seraient la conséquen- “ ce nécessaire de l'attitude anti-catholique que pren- “ drait cet Institut en persistant dans sa révolte con- “ tre l'Eglise. ”

Aussitôt certains membres portèrent devant le Pape la question du refys des sacrements ordonnés par l’Evêque, pour les raisons ci-haut mentionnées, et en août 1869 l'Evèque publia une lettre pastorale dans

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laquelle il fit connaître un prétendu décret de la Congrégation de la Sainte Inquisition, conçu dans les termes suivants :

“ Ayant soumis à l'examen la difficulté soulevée “ depuis longsemps, à l'égard de l’Institut Canadien, “ toutes choses ayant été mûrement et soigneusement “examinées, ils ont voulu qu il fût signifié à V. G. “ que les doctrines contenues dans un certain annuaire “ dans lequel sont enregistrés les actes du dit Institut “ (savoir l'annuaire de 1868) devront être tout à fait * rejetées et que ces doctrines enseignées par le même “ [Institut devront être elles-mêmes reprouvées.... “remarquant de plus que par telles mauvaises doc- “ trines, de crainte que l'instruction et l'éducation de “ la jeunesse chrétienne ne tombassent en péril, ils ont “exprimé qu'il fallait louer votre zèle et la vigilance ‘ dont vous avez usé jusqu’à présent et ils ont ordonné “que V, G. elle-même devait être exhortée à s’enten- ‘dre avec le clergé de notre diocèse pour que les ‘ catholiques et surtout la jeunesse soient éloignés du ‘dit Institut, tant qu'il sera bien connu que des doc- “ trines pernicieuses y sont enseignées.”

L'Evêque s'autorisa de ce ‘locument pour déclarer que celui qui cœæntinuait à faire partie de l’Institut ou continuait à recevoir l'annuaire se privait lui-même des sacrements et, en novembre 1869, ui ancien membre de l’Institut nommé Guibord étant mort, sa veuve voulut le faire enterrer en dépit des censures ecclésiastiques, dans le cimetière catholique où elle avait un terrain réservé.

Le clergé catholique, à l’instigation des jésuites, qui voulaient affirmer la théorie ultramontainé de l'infaillibilité du pouvoir ecclésiastique, refusa de laisser pénètrer le corps de Guibord en terre sainte et réédita les vieilles formules de l’'excommunication, genre Benoît VIIT lorsqu'il fulminait contre Guillaume IT, comte de Provence :

“ Qu'ils soient maudits dans leurs corps, et que leurs

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âmes soient livrées à la destruction, à la perdition et aux tourments. Qu'ils soient damnés parmi les damnés. Qu'ils soient flagellés parmi les ingrats, et qu'ils périssent avec les orgueilleux. Qu'iis soient maudits avec les juifs, qui voyant le Christ incarné, ne crurent pas à sa parole, mais voulurent le cruritier. Qu'ils soient maudits avec les hérétiques qui travaillèrent à détruire l'Eglise. Qu'ils soient maudits avec les blasphémateurs du nom de Dieu. Qu'ils soient maudits avec ceux qui désespèrent de la miséricorde de Dieu. Qu'ils soient maudits avec ceux qui gisent damnés en enfer. Qu'ils soient maudits avec les pêcheurs et les impies, s'ils ne changent leurs mœurs et avouent leurs fautes contre St Giles. Qu'ils soient maudits dans les quatre points du globe. Qu'ils soient maudits dans l'Orient et déshérités dans l'Occident, interdits dans le Nord, et dans le Sud excommuniés. Qu'ils soient maudits à la clarté du jour, et excommuniés dans la nuit. Qu'ils soient maudits dans leurs foyers et excomimnuniés à l'étranger. Maudits debout et excommuniés assis. Maudits en mangeant, en buvant et en dormant, et excommuniés à l’heure du réveil. Maudits durant leur travail et excommuniés durant le temps de repos. Qu'ils soient maudits au printemps, excommuniés durant l'hiver. Qu'ils soient maudits dans ce monde et excommuniés dans l’autre. Que leurs possessions passent à des mains étrangères ; que leurs femmes soient livrées à la perdition, et que leurs enfants tombent sous la pointe du glaive. Que ce qu'ils mangent soit maudit, et ce qu'ils laissent maudit afin que ceux qui y touchent soient maudits. Mauaic soit le prêtre qui leur donnera le corps et le sang du Seigneur, ou qui les visitera dans la maladie. Maudit et excominunié celui qui les portera au tombeau, et qui osera les enterrer. Qu'ils soient excommuniés et maudits par toutes les malédictions, s'ils ne font amende . honorable, et ne donnent propre satisfaction.”

La seule satisfaction que reçut le pouvoir ultramon-

tain fut de se voir déférer aux tribunaux qui eurent à décider si l’autorité civile avait le droit d'imposer des obligations à l'autorité religieuse.

Après une lutte homérique qui occupa tout le monde catholique et fut portée jusqu’en Angleterre, le pouvoir civil triompha et fut respecté.

Messieurs Joseph Doutre et Rodolphe Laflamme, que l’on à appelés les avocats de Guibord, eurent l'honneur de gagner cette grande victoire, et c'est dans l’éminente plaidoirie de M. Joseph Doutre que nous avons puisé notre préface.

Guibord fut enterré dans le cimetière catholique et les vieux de l’Institut Canadien relevèrent la tête

M. Dessaulles, un de ses membres les plus actifs, irrité des tracasseries sans nombre que se permettaient les ultramontains tout puissants auprès de Mgr Bourget, publia un pamphlet intitulé La Grande Guerre Eccléerastique, où il énumérait ainsi les prétentions du clergé :

“ C’est le droit, disait-il, pour le clergé de ne supporter aucune des charges de l'Etat! C'est le droit pour le prêtre d’être exempt de toute taxe pour les améliorations publiques! C’est le droit pour le clergé d’accaparer les fortunes particulières par la captation testementaire sans que l'Etat ait 1e droit d'intervenir ! C’est le droit pour l'Eglise d'acquérir, de posséder, d'administrer et de ne jamais se dessaisir, quelque désastreux que soient ses accaparements de propriétés sur la prospérité d’un pays! C’est le droit pour l'Eglise de soustraire les prêtres à la juridiction des tribunaux civils! C'est même le droit de défendre aux tribunaux civils la connaissance des crimes des ecclésiastiques ! C’est le droit pour le prêtre de contrôler l'action politique du citoyen, comme le droit pour le Pape de casser ou annuler arbitrairement les lois passées par le pouvoir public de l'Etat! C’est le droit pour les Evêques de déclarer excommuniés les juges qui condamnent un ecclésiastique à payer une

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dettes à un laïque! C'est le droit pour le Pape d'exiger des gouvernements la création de tribunaux ecrlésiastiques pour juger toutes les causes de quelque nature qu'elles soient, criminelles, civiles ou municipales, dans lesquelles un ecclésiastique est intéressé ! C’est le droit pour le Pape d'empêcher une nation de se donner telle institution qu'il lui plaît, de choisir et de la déclarer nulle si elle viole l’immunité ecclésiastique. Toutes les constitutions libérales que les nations se sont données en ce siècle ont été censurées ou réprouvées par la Cour de Rome.”

La revanche ne se fit pas attendre longtemps et quelque temps après, le pamphlet était dénoncé et l'auteur censuré comme suit :

“ Le livre de l’hon. L. A. Dessaulles est en effet une grande guerre ecclésiastique parce qu'il attaque avec un orgueil satanique le vicaire de Jésus-Christ que l'univers catholique vénère avec tant de raison, parce qu'il outrage avec une insolenc' révoltante les saintes congrégations romaines, qui sont des tribunaux souverainement augustes et qui commandent le respect du monde entier; parce qu'il traîne dars la boue, avec une témérité inexplicuble, le Sacré-Collège qui se compose d'hommes éminents sous tous rapports; parce qu'il noïcit avec une malice dont lui seul peut étre capable le clergé canadien qui pourtant a bien mérité de son pays; parce qu'il vilipende l’ultramontanisme, dont il fait une erreur monstrueuse; parce qu'il prétend qu'il a engendré le droit chrétien qui fait du pape un souverain absolu dans le domaine temporel ! Comment la Minerve,qui a sans doute lu toutes ces horreurs, a-t-elle pu, par son annonce, frayer à ce livre détestable la route pour arriver au sein de nos familles chrétiennes ? ” ;

Il y avait aussi un dispositif :

“ Quant au libelle intitulé la grande guerre ecclésiastique, il ne sera pas permis, comme il a été dit plus haut, de le garder pour en faire un usage quelconque,

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excepté pour le réfuter, si l’on en « obtenu la permission de l’'Evêque. Ceux qui, après en avoir été avertis convenablement, s'opiniâtreront à le garder chez eux, tomberont dans un cas réservé dont ils ne pourront être absous que par l'Evêque et ses grands vicaires.”

C'étaient toujours les mêmes méthodes et cette fois elles réussirent pendant quelque temps à étoufler les voix.

Les hommes de l’époque des grandes luttes disparaissaient. La jeunesse formée par les jésuites s'affadissait et se laissait aller ; l'hypocrisie triomphait.

C'est alors que commença l'ère du silence.

À Mgr Bourget succéda Mgr Fabre, brave prêtre, peu clairvoyant, ayant peu d'autorité et avant tout ennemi des difficultés et des embarras.

Son rêve fut de gouverner sans qu'on lui fit des affaires et il laissa # la galère épiscopale à tous les vents.

Si l'on veut avoir un exemple de son manque de virilité on le trouve dans la lettre suivante adressée à un prêtre du diocèse qui se plaignait de l’inconduite d’un de ses confrères et qui, par la suite, s’est révolté et a quivté l'Eglise Catholique :

Montréal, 2 Avril 1878.

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