‹ Ruines cléricales [microforme]Chapitre 39 sur 53 · EN · texte numérisé non relu

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Cet écrit init le feu aux poudres et le CANADA- REVUE reçut force encouragement, de la part du public au point qu'il crut devoir continuer la lutte dans deux ou trois articles vigoureux dont voici les points les plus saillants :

Nous avons fait de notre clergé une classe supérieure à toutes les autres classes : nous l'avons éievé, même aux yeux des ignorants, jusqu’à la presque divinité. Il s’est beaucoup aidé lui-même à monter sur ces hauteurs, d’où il plane en dieu de l’Olympe sur les humbles mortels.

Notre clergé a usé et abusé de tout.

Il commande partout : il fait la pluie et le beau temps, à sa guise, à la ville comme à la campagne, dans nos grandes comme dans nos petites écoles, chez les rouges comme chez les bleus : nous sommes à sa merci : il fait et défait nes lois: nous ne pouvons naître, vivre, ni mourir sans sa permission. Et personne n’a le droit de récriminer : c’est de suite un calomniateur, un menteur effronté, un impie et un athée!

Il semble que cet état de choses a duré trop longtemps dans notre Province.

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Nous sommes descendants de Français et, sans les Anglais qui habitent le pays et qui aident à tempérer les violences de notre caractère, un 1792 ou ‘93 pourrait bien éveiller un de ces matins ces tyrans aux petits pieds qui dorment paisiblement aux côtés de nos femmes et de nos filles qu’ils nous volent à l’aide *e la religion et, surtout, du confessional.

Oui, notre clergé, habitué à tout avoir, a fini par se croire au-dessus des lois divines et humaines, humaines surtout.

Il ne se passe pas de semaine sans qu’i! eclate un scandale toujours plus scandaleux que le précédent : quand on ne peut pas avoir de ses ouailles tout l’argent dont on croit avoir besoin, on refuse de baptiser leurs enfants ou on les maudit et on les force de changer de religion : quand les paroissiens refusent à l’ivrogne le vin qu’il exige pour luimême et les siens, il vole la fabrique et se réfugie dans un coin retiré de la ville où on le retrouve en compagnie d’une fille, fabriquant du whiskey en cachette ; et, finalement, quand on s’est converti à l’un de ces messieurs et qu'on iui a fait sa confession, on découvre que le saint homme écrit une lettre à notre femme pour lui rappeler la. belle nuit qu’il à passée avec elle après avoir converti som chameau de mari.

Remarquez bien, il n’y à pas un mot d’exagéré ici: nous en passons même et de plus terribles que celles-là.

Il ressort du scandale de l'abbé Guyhot, un prêtre: honoré et estimé si jamais il en fût à Montréal, que la corruption dans laquelle certains membres du clergé se vautrent est plus pourrie que celle dans laquelle roulaient les héros de Zola.

Non seulement cet homme, qui avait ses entrées franches dans toutes les bonnes familles, a abusé de la contiaice que les bonnes âmes avaient mise en lui, mais il s’est moqué de la religion et il a entassé sacrilèges sur sacrilèges.

Le confessional lui a servi à choisir ses victimes, et il s’en moquait.

Il est temps que l’on se protège ! Si l'autorité ecclésiastique ne veut pas ou ne peut pas agir ou réprimer, c’est à nous de frapper.

— D'abord qu'avons-nous besoin de ces messieurs dans nos maisons quand nous sommes à nos magasins, à nos bureaux

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ou à nos affaires ? Pourquoi ne restent-ils pas. dans leurs

presbytères ou dans leurs confessionnaux? Va-t-on faire

des visites, nous, aux femmes de nos amis dans l’après- ) 9

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fl Si quelqu'un y va, c'est qu'il veut faire comme ces mes-

sieurs.

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À Une femme ne tombe jamais à première vue ; il faut des L

k conversations aimables, puis plus aimables encore, puis 1

if intimes et, après un travail galant de quelques semaines, le #o séducteur peut avoir des chances. 1

Pourquoi fournir aux prêtres l’occasion d’avoir des chances !

Qu'avons-nous besoin de toutes ces con. gations de femmes ?

Elles sont présidées et dirigées par un bon père qui finit toujours par se faire prendre dans une sale affaire. à L

Et, que diable, comment voulez-vous qu’il en soit autre- f ment ; un homme, c’est un homme : et qu’il ait ou non une É

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k soutane noire ou rouge sur le dos, il est consumé à l’inté- 4 5 rieur par un feu qui est en tout semblable au nôtre. FA il Et, si vous le lâchez au milieu de jolies femmes, douces 2 : ‘et dévotes, qui viennent les yeux baissés leur raconter leurs N

petites mauvaises pensées, leurs gros méchants désirs et leurs faibles erreurs, vous croyez qu'il va devenir marbre !

Allons donc : si vous réfléchissiez un instant, vous ne 4 jetteriez pas votre fille ou votre femme dans les bras de tel À ou tel galant abbé. Allez en demander des nouvelles à V’aristocratie de l’église Saint-Jacques.

L'histoire se répète sans cessc, ce qui arrive aujourd’hui “est arrivé des milliers de fois avant ; seulement la chose n'a pas toujours été connue ; avec de l’argent et des influences on enterre quelquefois ces saletés-là. *

Nous avons cru qu’il était de notre devoir de ne pas laisser passer celle-ci sans la mentionner et‘faire quelques ré- Hexions: mais que l’on ne s’avise pas dans aucun quartier d'y trouver à redire, et, surtout, de déclarer ou d'écrire que nous avons exagéré la chose, car, foi de gentilhomme, (certaines personnes comprendront ce que cette foi de gencilhomme veut dire) si l’on nous force à en parler de nouveau nous mettrons devant le public des détails qui feront dres-

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ser les cheveux sur la tête de plus d’une personne qui se croyait chauve.

Nous ne voulons pas faire la guerre au clergé : au contraire, nous sommes prêts à le défendre, mais il ne doit pas profiter de ce qu’il est attaqué violemment de ce temps-ci pour nous demander de nous taire.

Le moment est peut-être mal choisi pour nous, diront quelques esprits timorés : à ceux-là nous répondrons que ce n’est pas nous qui avons choisi le moment ; il faut chasser les loups quand ils sortent du bois ; il est trop tard pour les détruire quand ils sont enfermés dans leurs tanières.

Nous voulons arrêter un fléau et nous serions criminels d'attendre ; il faut l’endiguer de suite de peur qu’il n’emporte avec lui notre nationalité tout entière ; quand la maïison brûle, il ne faut pas attendre au lendemain pour éteindre le feu. Il faut une réforme immédiate, ferme et

vigoureuse.

Il faut laisser nos femmes et nos filles tranquilles : vous avez voulu sortir du monde, restez en dehors du monde ;. nous n’avons pas besoin de vous dans nos salons, surtout quand nous ne sommes pas là pour vous surveiller; vous n'avez pas besoin d’être intimes avec vos pénitentes pour les absoudre ; il vaut mieux que vous ne sachiez pas à qui vous avez affaire quand vous confessez ; vous voyagez trop et vous faites trop les garçons ; on vous rencontre partout, même dans les stations balnéaires ; il n’est pas d’absolue nécessité que vous confessiez nos filles et nos femmes toutes, les semaines : une fois par mois devrait suflire ; de cette façon il deviendrait impossible d'aller en rendez-vous avec: son confesseur dans la rue Richmond tous les vendredi sous. prétexte d’aller à confesse ; vous n'avez pas d’affaires à

conseiller nos femmes et nos filles en dehors du confessional.

En un mot, que le clergé s’éloigne des femmes ; la religion et les catholiques s’en porteront mieux. Il le faut, et tout de suite.

Cet article signé le Vengeur et un autre article signé Demos firent une sensation énorme dans le public.

Du jour au lendemain la circulation du CANADA- REVUE monta de trois mille, il fallut faire trois éditions spéciales.

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