‹ Ruines cléricales [microforme]Chapitre 40 sur 53 · FRE LU · texte numérisé non relu

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Les articles suivants furent conçus sur le même ton, comme on en peut juger par celui qui fut écrit après qu'un semblant de justice eut été rendu par l'expulsion | de Guyhot de l’ordre de St-Sulpice : à

°M. l'abbé Guyhot vient d’être chassé de l’ordre de Saint Sulpice, — au moins la Minerve, l'organe de l’orthodoxie, l’affirme ; — mais comme il n’a été chassé qu'après que tous les efforts eussent été faits pour sauver sa réputation compromise, nous sommes autorisés à supposer qu'on le trou- è vera, un de ces jours, exerçant le saint ministère, dans 5 quelque bonne ville naïve de l’Ainérique du Sud ou d’ail- " leurs, sous l'égide de quelque évêque aussi indulgent pour les prêtres scandaleux que sévère pour les jeunes filles qui valsent, ou les gens qui lisent le Courrier des Etats-Unis. - Que dis-je, il est probablement déjà placé quelque part, l'abbé Guyhot, et — sans doute — prêt à recommencer sur une aussi grande échelle. +

Où vont les prêtres que l’on est forcé d’expu'ser des à

|. 4 collèges ou des communautés pour attentats à la morale ? À k Dans quelque paroisse où nos supérieurs les chargent de 4 | conduire les âmes en paradis.

Quelquefois vous entendez parler d’une apostasie : un prêtre s’est fait ministre protestant. Tout d’un coup, comme par enéhantement, tout se découvre : c'était un débauché, un libertin, il séduisait les femmes et corrompait les À enfants, É

Mais alors pourquoi le gardiez-vous dans votre sein ? Pourquoi le cachiez-vous si soigneusement? Pourquoi le laissiez-vous dire la messe ? Pourquoi l’envoyiez-vous confesser les femmes et prêcher des retraites ?

Croyez-vous qu’un {êqre qui recoit ou garde dans son diocèse un prêtre gangrené n’est pas responsable devant Dieu et devant les hommes des âmes et des réputations perdues par ce prêtre ?

Il me semble que ce n’est pas trop demander au clergé que d'exiger qu’il se comporte comme où se comporte dans une société respectable. Or, dans une société respectable, on n'invite pas, on ne reçoit pas, on expulse même les gens qui ne savent pas vivre, à plus forte raison les libertins immondes,.

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Pourquoi le clergé n’en fait-il pas autant ?

Plaignez-vous à un évêque que tel vicaire souille votre lit, ou corrompt vos enfants. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, on vous traitera de calomniateur ; ou bien -- si l’accusation est trop prou vée pour cela -— on vous répondra : “ Que voulez-vous que j'y fasse !” et l’on vous défendra d’en 1 parler sous peine de censure ecclésiastique.

Et, comme tout le monde n’a pas le courage de te son déshonneur en public, tout est caché, enterré, et M. l'abbé continue à labourer dans le champ du Seigneur.

Quand la chose à fait trop de bruit, on le change de paroisse, et tout est dit.

Mais, parce que les journaux n'ont pas encore parlé de ces choses, pense-t-on en bonne vérité qu’elles sont ignorées ? Pense-t-on que parce qu'ils ne se sont pas encore faits jour dans la presse, tous ces scandales étouftés ne sont pas parvenus aux oreilles des familles ? Pense-ton qu'ils ne sont pas médités, commentés avec des ricanements chez les uns, et des paroles de douleur et de consternation chez les autres ?

Mais tout cela court les rues depuis quinze ans, vingt ans, trente ans. A tel point que des histoires odieuses circulent même sur le compte de certains évêques.

Le clergé connaît bien la profondeur de la plaie ; mais il Ja croit cachée. Qu'il se détrompe ; la plaie est à nu depuis longtemps ; et ce qui se dit ou s'insinue aujourd’hui dans les journaux, fait la monnaie des conversations depuis des années.

Le clergé ne regagnera un peu de confiance que le jour où il aura remplacé, dans les couvents, les jeunes abbés fringants et parfumés par quelques vieux prêtres éprouvés, quand ‘il aura fait des enquêtes publiques sur certaines communautés où l’on garde en pension certaines dames très dévotes, quand certains prêtres de haut grade n'iront plus se baigner sur les plages avec des dames tr op peureuses pour faire la planche toutes seules ; et enfin quand les prêtres scandaleux seront dénoncés du haut de la chaire — comme les libéraux au moins — et surtout retranchés du nombre de ceux à qui nous sommes appelés à confier nos consciences et celles de nos familles.

Il est de jeunes abbés bien trop populaires dans nos couvents. Il faut qu'ils sortent, ou nous mettrons nos jeunes filles ailleurs.

Qu'on ne nous dise pas que ce sont de saints prêtres : on en disait autant de l’abbé Guyhot. Et Dieu sait le nombre de femmes et de jeunes filles dont le nom, jusqu'ici respecté, court aujourd’hui les rues, grâce à ce misérable !

Et cependant l'archevêque était averti, nous dit-on !…

Voilà ce qui est révoltant! Voilà ce qui amasse dans le cœur de tous les pères de famille les éléments d’un orage dont le clergé est loin de soupçonner l'intensité.

Que n’a-t-on pas réservé pour les mauvais prêtres la millionnième partie des anathèmes que l’on prodiguait si charitablement aux libéraux et aux républicains ! Le bercail serait peut-être propre aujourd’hui. Les catholiques respireraient, et les bons prêtres, les saints prêtres comme j'en connais tant, ne seraient pas éclaboussés par l’infamie de ceux qui les entourent.

Il faut un nettoyage à l’archevêché, dans plusieurs cominunautés et dans nombre de presbytères. Il faut que le clergé s'épure, que les prêtres se fassent citoyens comme nous. La femme de César doit étre à l’abri même du soupçon.

Si cette réforme n’a pas lieu, les pères de famille chercheront et frouveront le moyen de mettre leur honneur et celui de leurs enfants à l'abri des tentatives de Guyhot et Cie.

UN ViEiLLARD INDIGNE.

L'Archevêque de Montréal crut bon de sortir du silence qu'il avait gardé jusqu'alors et de lancer un mandement fort anodin où il rendit tout le monde responsable ou punissable des fautes commises, sauf le coupable :

| ARCHEVÊCHÉ LE MONTRÉAL, \ 29 septembre 1892

Mes Chers Collaborateurs,

Nous traversons des jours difficiles, et déjà vous avez pu pressentir la profondeur de ma tristesse et la vivacité de mes inquiétudes. Dans ma dernière Circulaire, j'ai fait plus d’une allusion à la pénible épreuve que Dieu nous

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envoie ; pour un but compris de tous, sans qu'il fût nécessaire de le préciser, des prières publiques ont été prescrites, et des actes de réparation demandés aux âmes ferventes.

En termes concis, mais non équivoques, la Lettre Pastorale du 21 courant a rappelé aussi les devoirs de tout vrai catholique en présence des maux qui peuvent affliger l'Eglise.

Aujourd’hui, je veux être explicite, afin que ina pensée soit bien saisie, et qu'on ne se méprenne point sur la nature de mes intentions.

Un malheureux évènement, devenu, hélas ! trop public, a plongé dans la consternation notre diocèse et le pays tout entier. L’un des nôtres est tombé : disciple de Jésus-Christ, il a outragé son Maître ; soldat de l'Eglise, il a déserté son poste ; prêtre et apôtre, il a violé ses serments, trahi sa mission, flétri son auguste caractère, souillé et trainé dans la boue l’honneur de son sacerdoce.

A la nouvelle de cette chute, pleine de retentissement, un cri de douleur et de légitime indignation s’est élevé de partout. Dans le sanctuaire, dans le cloître, au foyer des familles chrétiennes, que de larmes ont été versées, et de pénitences pratiquées ! Jamais peut être la grande loi de la solidarité ne fût mieux comprise, et le besoin de l’expiation mieux senti.

La leçon est terrible : sachons en profiter. L’émoi général de nos populations, en face des égarements du prêtre, prouve la haute idée qu’elles ont de son caraetère sacré et de la sainteté requise dans l’exercice de ses sublimes fonctions. A bon droit, les fidèles exigent de leurs pasteurs l'exemple de la vertu, une réputation sans tache, une prudence au-dessus de tout soupçon, une régularité, une piété, un zèle que n’affaiblissent ni le contact du monde, ni le souci des choses temporelles.

Relisons souvent, Chers Collaborateur:, et mettons en pratique les sages conseils de saint Paul à Timothée et à Tite, ainsi que ceux de saint Jérôme à Népotien. Que la foi seule nous guide dans nos relations extérieures avec le monde, et évituns avec soin celles que ne requiert pas notre ministère. Le temps est précieux, nous en rendrons, un jour, un compte sévère ; partageons-le donc entre la prière, l’étude et le fidèle accomplissement de nos graves obliga-

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