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L'Eglise, Nos Très Chers Frères à ses chefs légitimement constitués, comme la famille et la société civile. Ce que sont ces chefs, leur nom, leurs talents, leurs qualités, peu importe ; ils sont aux yeux de la foi les dépositaires de l'autorité de Dieu mème et les lieutenants de Jésus-Christ. Lorsque Notre-Seigneur disait à ses apôtres : “Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie, allez, instruisez toutes les nations,” il donnait à l’épiscopar ses pouvoirs et sa mission ; il faisait de tous les évêques et de tous les prêtres choisis et ordonnés par eux, les continuateurs de son œuvre, de ses travaux et de ses enseignements. En un mot, il créait, dans son Eglise, des attributions et des droits différents ; il en partageait les membres en deux classes parfaitement distinctes : celle des clercs et celle des laïques, division répondant aux deux éléments de tout corps social : l'autorité et la multitude, les gouvernants et les gouvernés.
Dans la famille, en effet, est-ce aux fils à commander et à reprendre ? Dans l'Etat, est-ce aux simples citoyens à légiférer et à juger ? Dans l’armée, est-ce le soldat qui dicte les plans de campagne, sonne la charge ou la retraite? Il -en est ainsi surtout dans l'Eglise. Ce sont les évêques que le Saint-Esprit à établis pour la régir, ce n’est pas aux tidèles, quelque catholiques qu’ils soient ou se prétendent, à leur tracer une ligne de conduite, encore moins à les juger et à les censurer. En tout ce qui regarde la piété, la morale et la discipline, ils ne relèvent aucunement de l'opinion des hommes, et n’ont pas de leçons à recevoir de ceux dont Dieu les a constitués les juges et les pasteurs.
Sachez donc, Nos Très Chers Frères, respecter dans vos pensées et vos discours, dans votre vie publique et privée, -cet ordre établi par Jésus-Christ. Si vous avez des sujets de mécontentement et de plaintes, si vous croyez de, l’intérêt général de signaler des désordres et des abus, faites-le, c'est votre devoir, mais toujours devant le tribunal de l'autorité compétente, vous gardant d'écouter la voix du ressentiment, de la colère ou de l'intérêt, A Nous ensuite de juger, de condamner ou d’absoudre.
Rappelez vous cepeudant que sil faut punir parfois, il faut aussi, quand on le peut, guérir et sauver. L'évêque qui est un juge, est en même temps un père ; il irait contre la volunté et l'exemple de Jésus-Christ, s’il brisait le roseau à
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demi rompu, et s'il éteignait la mêche qui fume encore. Il a, dans ces circonstances difficiles, des lumières et des grâces particulières ; vouloir blâmer ses décisions serait s'exposer à errer, et telle mesure peu comprise et mal appréciée, sera, en réalité, un acte de force, de prudence et de sagesse. ‘
Tels sont, Nos Très Chers Frères, les graves enseignements que Nous avons cru devoir vous donner, sûrs qu'ils Ke seront pour vous, en qui nous avons toujours trouvé des k chrétiens dociles et obéissants, l'expression de la doctrine L même de l'Eglise et celle de la simple raison.
Vous ferez passer dans la pratique de votre vie ces salutaires leçons ; vous continuerez à aimer votre clergé, vos prêtres et vos évêques, à les vénérer comme les dépositaires de l'autorité divine et les mandataires de Jésus Christ ; vous suivrez sans respect humain et sans crainte de vous tromper leur avis et leur sage direction.
Vous regarderez comme un devoir, sans qu’il soit besoin pour Nous d’user aujourd'hui de notre suprême autorité et de recourir aux censures, d’expulser de vos foyers et surtout de n’encourager en aucune manière les journaux et les feuilles périodiques coupables des fautes ou des erreurs que Nous avons PS NRAEt
Enfin, espérons-le, Nos Très Chres Frères, ceux des catholiques que la passion ou un zèle indiscret ont d’abord entraînés dans un mouvement si regrettable, reconnaîtront leurs torts : ils travailleront à les réparer, et le calme ne tardera pas à renaître au sein de notre société.
Sera la présente Lettre Pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises ou chapelles paroissiales de nos diocèses, le dimanche après sa réception.
Fait et signé par Nous, Evêque de la Province de Québee, le vingt- neuf septembre mil huit cent quatre- vingt-douze, Par “mandement de Son Eminenvce et de Nos Seisneurs,
B. Pu. GARNEAU, Ptre.
Secrétaire de l’Archevêché de Québec.
Cette seconde lettre visait évidemment plus directement le CANADA-REVUE qui crat devoir protester de ses bonnes intentions, tout en affirmant l'existence de
fautes graves dans la conduit: des prêtres du diocèse et en particulier la nécessité de réformer les points suivants :
L'entourage trop mélangé des Evéques,
Le choix peu judicieux des chapeluins,
Les relations. dangereuses du clergé et des femmes,
Le mépris des représentations fuites par les laïques,
L'impunité assurée aux coupublee,
Le déplacement des prétres tarés,
L'insoumission du clergé à son Ordinaire.
C’est sur ce terrain que se livra une lutte héroïque dans laquelle chaque numéro du CANADA-REVUE était un nouvel élément de discussion et de conviction.
On commença à s'inquièter vivement en haut lieu.
Un petit comité laïco-ecciésiastique qui contrôle tous les actes de l’archevêché persuada à lArchevêque qu'il pourrait écraser le CANADA-REVUE et l’ECHO DES DEUX-MONTAGNES en prononçant contre eux la censure, qui fut en effet rendue le 11 novembre 1892, dans les termes suivants :
ARCHEVÊCHÉE DE MONTRÉAL,
11 Novembre, 1892, MEs CHERS COLLABORATEURS,
“ Dans la Lettre Pastorale, en date du 29 Septembre “ dernier, les Archevêques et Evêques des Provinces Ecclé- “ siastiques de Québec, Montréal et Ottawa se sont élevés ‘ avec force contre certains Journaux et feuilles périodiques, “ coupables d’injures graves envers la religion, la discipline “ de l'Eglise et ses ministres.
‘“ Nous espérions qu’un avertissement aussi solennel “ suffirait pour faire rentrer dans le devoir ceux qui s’en ‘ étaient écartés dans leurs écrits, sans qu’il fût nécessaire . “ de recourir aux censures,
‘ Malheureusement, on a répondu à cette lettre pleine de “ charité par le mépris, le refus d’obéir, de nouvelles insul ‘tes, un pong: impie à l'adresse de l'autorité religieuse
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‘et par l'annonce de la publication prochaine d’un roman ‘ mis à l'index.
‘ C’est pourquoi je me vois aujourd'hui dans la pénible ‘* nécessité de sévir et de prendre des mesures plus efficaces ‘ pour protéger le troupeau contre les attaques pertides de ‘ ceux qui veulent le disperser et le perdre.
‘Le Saint Nom de Dieu invoqué, Nous condamnons ‘ donc, en vertu de notre autorité, deux publications impri- ‘“ mées dans notre diocèse : savoir: Le CANADA-REVUE et “lEcuo pes DEux-MoNTAGXES, et nous défendons, jusqu'à “ nouvel ordre, à tous les fidèles, sous peine de refus des ‘“ Sacrements, d'imprimer, de mettre ou de conserver en “ dépôt, de vendre, de distribuer, de lire, de recevoir ou de ‘ garder en sa possession ces deux feuilles dangereuses et ‘“ malsaines, d’v collaborer et de les encourager d'une ‘ manière quelconque.
‘ Sera la présente circulaire lue et publiée au prône des ‘ églises paroissiales et autres où se fait l'office public, le ‘ premier dimanche après sa réception.
‘“ Je demeure bien sincèrement,
“ Chers Collaborateurs, Votre tout dévoué en N. K.
(Signé) ‘ EDOUARD-CHS.
“ Arch. de Montréal.”
On avait saisi, comme on le voit, un prétexte, le projet de publication des Trois Mousquetaires par le CANADA-REVUE.
Mais le CANADA-REVUE coupa l'herbe sous le pied à tous les lécistes épiscopaux en renonçant à cette publication et en affirmant hautement son intention de résister par la force aux injustes persécutions de l'archevêché, dans les termes suivants :
A l'hostilité injuste et sans motifs que nous montre notre Premier Pasteur ; à la persécution dont nous sommes les victimes qu'allons nous opposer ?
Le courage et la fermeté qui nous donneront la force d'accomplir notre tâche et de remplir notre devoir sans
crainte comme sans défaillance. Confiants dans le triomphe de la vérité et dans l'espoir que justice nous sera bientôt rendue, nous continuerons notre œuvre.
. On veut nous bâillonner ?
Nous crierons plus fort.
L'ECHO DES DEUX-MONTAGNES était bien aussi courageux, mais sa circulation se faisait uniquement à la campagne etilfut obligé de céder et de changer d: titre.
En disparaissant, il lança une dernière bordée contre la forteresse épiscopale en ces termes :
Vous aevez ètre content, Monseigneur, vous avez étranglé notre journal ; vous avez étouffé une voix qui a crié bien des vérités depuis un an et vous faites disparaître un clairon qui a sonné maintes vaillantes charges contre les abus, les infamies et les iniquités de plusieurs de vos apôtres. Mais ces rigueurs injustifiables et cette mise en action du droit du plus fort provoqueront avant longtemps des revanches. Je prie certains prêtres qui sont les héros d'aventures plus ou moins honorables et qui ont probablement contribué à notre interdiction, de se bien tenir debout, car il se prépare un pamphlet où des plaies hideuses seront mises à nu et où l'on fera voir au pays étonné que la gangrène est à la veille d’être presque générale dans le clergé.
En face des cendres encore chaudes de ce journal, je m'incline avec respect car c’est le meilleur et le plus fidèle de mes amis qui n’est plus ; puis je me relève pour protester contre l'intolérance et la persécution dont nous sommes victines, pour crier honte au cynique système de baiïllonnement qui existe dans notre province et pour dire non serviam à ceux qui veulent faire de nous de la chair à servitude.
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Le CANADA-REVUE se prepara à la lutte et pour mettre de son côté toutes les formes envoya à l’Archevêque une délégation dont nous avons raconté l’insuccès.
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En présence de cette détermination bien arrêtée de leur refuser justice, les actionnaires du CANADA-REVUE décidèrent en assemblée générale de prendre des procédés judiciaires contre les auteurs ou propagateurs de la censure ecclésiastiques pour les dommages qu'ils avaient causés à la compagnie.
Cette action était basée sur l'opinion légale de l'hon. M. KR. Laflamme, un des avocats du procès Guibord, opinion aussi conçue : ‘
On demande à l'avocat soussigné si la loi et la jurisprudence reconnaissent le droit de poursuivre devant les tribunaux civils un dignitaire ecclésiastique à raison des faits suivants :
Le CANADA-REVUE est un journal politique et littéraire :
publié par une compagnie de publication constituée en corporation civile conformément aux dispositions de l’article 4694 et des articles suivants des Statuts Refondus de cette province.
En août et septembre ‘lerniers, certains faits comportant un outrage odieux contre la morale furent dévoilés et imputés à un membre du clergé ayant la direction spirituelle d’une paroisse importante de cette ville.
Au nombre des personnes qu’il était chargé de diriger, se trouvaient des femmes et des jeunes filles dont plusieurs devinrent ses victimes. Les actes dont il s'était rendu coupable étaient si révoltants qu’ils jetérent la consternation dans toutes les familles. La preuve de ses débauches et de sa conduite criminelle était formelle et incontestée.
Toute la presse discuta librement, dans l'intérêt public, les questions soulevées par ce scandale et fit les commentaires qu'elle jugea les plus propres à défendre la morale
publique et à empêcher le retour de semblabies abomina-
tions.
Le 19 septembre dernier, les archevêques et évêques des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa publièrent une lettre pastorale blâmant les journaux, généralement, d’avoir commenté ces faits, et dénonçant leurs rédacteurs comme coupables d'injures graves envers la religion, la discipline de l’Eglise et ses ministres. Cette lettre pastorale ne mentionne aucun journal en particulier et ne
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