‹ Ruines cléricales [microforme]Chapitre 6 sur 53 · LES JESUITES · texte numérisé non relu

LES JESUITES

Paix, paix, etiln’y avait point de paix. , JÉRÉMIE, Chap. IX.

Toute personne qui a suivi l’histoire de notre pays dans les cinquante dernières années admettra que depuis

… l'introduction des jésuites au Canada et leur incorpo-

ration détournée sous le nom fictif de Collège Ste- Marie, en 1854, cette Association a réussi à s'imposer

- comme la seule vraie expression des idées catholiques.

À cette époque, le parlement du Canada et même les représentants catholiques français n'auraient jamais onné leur sanction à un acte d'incorporation de

: l’ordre des jésuites. Les idées qui avaient cours alors … dans la classe intelligente de la population jeur étaient | entièrement hostiles.

Les traditions populaires leur étaient opposées, et c'est ainsi qu’ils ont dû s’introduire sous un nom déguisé pour éviter de provoquer des discussions. L'objection prédominante soulevée parmi les personnes d’une éducation libérale et éclairée, était celle de toute l’Europe civilisée : on leur reprochait d’être dangereux, d’intriguer constamment en secret dans toutes les classes de la société pour obtenir le

+ contrôle des esprits et s'assurer le pouvoir politique, ® toujours dans le but d'établir le despotisme à leur

protit ; enfin tout le monde savait qu'ils dirigeaient

©} une guerre incessante et sans merci contre toutes les 4 idées libérales.

Aussitôt après leur admission, les membres de cette nouvelle corporation appliquèrent individuellement

toute leur énergie vers les travaux historiques et littéraires.

Ils établirent d'abord une école modeste, s’assurèrent des donations et des subventions sous un prétexte ou sous un autre, exercèrent toute l'influence à leur disposition pour obtenir un pied-à-terre et un collège où leur réputation de professeurs pût leur attirer une bonne part du patronage des plus riches membres de la société.

Ils introduisirent dans le pays des prédicateurs éloquents appartenant à leur ordre, et bientôt ils réunirent une agglomération d’admirateurs appartenant à la plus riche classe du pays.

Trouvant que les jeunes gens instruits étaient pour la plupart républicains et admirateurs de la libre parole et du hbre examen, ils organisèrent un club de discussion, sous le nom de l’Znstitut Canadien. Les membres de l'Ordre donnèrent une attention spéciale à la jeune association, offrirent leurs services comme conférenciers et se montrèrent très assidus à répandre les notions de science et d'histoire. :

Ils persuadèrent à deux membres de l'ordre de St- Sulpice, les réverends messieurs de Charbonnel et Pinsonneault, de les aider dans leur travail: ceux-ci se montrèrent par la suite des amis dévoués des jésuites et, malgré les obligations auxquelles ïls étaient tenus vis-à-vis leur ordre, mnèrent une guerre incessante contre les sulpiciens qui refusaient d'encourager les Jésuites par des souscriptions ou autrement. Ils réussirent à chasser de Montréal le supérieur des sulpiciens, M. Quiblier qui fut interdit ou au moins suspendu par l'évêque Bourget et mourut de chagrin en Angleterre. M. de Charbonnel offrit ses services, d'accord avec les jésuites, à l'Znstitut Canadien. Tous les contemporains se rappellent qu'il fit un discours sur George Washington, dans l'église St-Jacques, sur la rue St- Denis, et que l’église était comble à cette occasion ; c'est là qu'il déclara que, pour lui, Washington était un

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saint et qu'il n'aurait aucune hésitation à dire une messe pour le repos de son âme ; cette conférence fut suivie de plusieurs autres que fit au collège Ste-Marie le rév. Père Martin sur plusieurs sujets intéressants,

Au cours de ces travaux, les rév. de Charbonnel et Pinsonneault tentèrent plusieurs fois de faire acce pter l’un d'entre eux par les membres de l'Znstitut Canadien commedirecteurspirituel de cette société mais les jeunes gens s’y refusèrent catégoriquement. C’est de là que date l'opposition contre l’Znstitut Canadien et la persécution inspirée par les jésuites et soutenue par M. Pinsonneault qui eut pour résultat sa destruction finale.

Pendant cette période, l'ordre des jésuites avait agrandi consi | ‘rablement sa richesse et son influence. Ils avaient élevé leur collège et leur église et mis en œuvre toutes espèces d'attractions, comme théâtres, concerts, etc., pour amener la portion mondaine de la population à se joindre à eux. Ils avaient obtenu le contrôle absolu de la purtie féminine de l'aristocratie catholique et, dès le début de leur installation, ils dirigeaient absolumentl’évêque Bourget auquel ils devaient leur existence.

C'est alors que commença la guerre de l’évêque contre les prétendues idées gallicanes. Le costume du clergé fut changé, l'usage du manteau et du chapeau romains fut interdit. Dans les églises, les vieux ornements du banc des marguilliers, le crucifix, les candélabres, furent mis de côté sur l’ordre de l’évéque, qui les qualifiait de mômeries. Le vieux rituel français fut supprimé, de même que toutes les anciennes cérémonies gallicanes. Tout ce qui pouvait rappeler le souvenir de l’église gallicane fut enlevé pour faire place aux costumes et aux cérémonies romaines et ultramontaines.

La révolution, dans les formes extérieures, fut accompagnée d’une guerre féroce contre tout contrôle indé- ‘pendant des laïques sur le temporel de l’église. La

fabrique était une institution nationale, un corps quasi municipal élisant ses propres officiers. Aucune dépense ne pouvait être ordonnée sans leur sanction, et toute dépense de plus de cent francs devait être soumise à l'approbation de tous les paroissiens.

Toute violation de ces lois entraînaïit une pénalité.

Les cours anglaises, comme les tribunaux français, avaient respecté les fabriques et n'avaient jamais mis en doute leur autorité sur ces sujets.

Toutes ces vieilles lois, institutions et coutumes, se trouvaient offrir un obstacle sérieux à l'exercice du pouvoir absolu et arbitraire, et devinrent l’objet d'attaques incessantes sous le prétexte d’hérésie et de principes anti-religieux, etc.

L'histoire de notre jurisprudence offre les meilleures preuves de succès du parti ultramontain dirigé et inspiré par les jésuites. La législature fut forcée de se soumettre à leur direction et ses statuts montrent sa servilité. [l reste à peine quelques bribes des vieilles institutions et nos cours n’ont plus d'autre mission que d'enregistrer leur sentence de mort.

Le principe consacré maintenant est que l'évêque a le pouvoir absolu de disposer des fonds de l’église. L'élection des marguilliers est devenue une farce et même, dans beaucoup de paroisse on s’en dispense complètement.

À l'arrivée des jésuites plusieurs collèges furent confiés à leur direction et ils préparèrent leurs projets et leur Programme pour l'éducation de la jeunesse dans Ja Province :

Le pouvoir absolu était le seul vrai principe de gouvernement, Les idées démocratiques ou constitutionnelles étaient d'infâmes hérésies. La suprématie absolue de l’église, l’immunité complète du clergé, son indépendance absolue de l'autorité civile étaient posés comme articles do foi, et toute proposition contraire entrainait l’'excommunication ; c'était là le seul salué de la société. Toutes les idées de progrès et de liberté,

le suffrage populaire, la liberté de la presse, la liberté de la parole, étaient des choses à extirper et à abhorrer. Le massacre de la St-Barthélemy, l'inquisition, la révocation de l’édit de Nantes, étaient justifiés comme tendant au bien réel de la religion et de la civilisation. Les idées les plus extravagantes des ultramontains français furent proclamées les seuls vrais principes catholiques.

Ces nouvelles doctrines exhumées du moyen-âge avaient trouvé en France, au commencerñent de ce siècle, des avocats habiles, lorsque les mêmes assauts avaient été tentés contre l’église gallicane et ses principes. Le clergé français alarmé se soulev: r, la grande majorité des cardinaux, archevê êques et évêques français lancèrent une déclaration qui condamnait ces manœuvres dans les termes les plus explicites.

Après avoir déploré la propagation de doctrines impies et infidèles, la déclaration contenait ce qui suit : “ Pourquoi le succès que le clergé était en droit d’at-

h ‘tendre, devrait-il être compromis par des attaques, | “ d’une autre nature il esi vrai, mais qui ne peuvent “que susciter de nouveaux dangers pour la religion de “ l'Etat ?

“ Des maximes sanctionnées par l'église de France “ sont ouvertement dénoncées comme outrageantes pour | “la constitution divine de l'Eglise catholique, comme “ l'œuvre du schisme et de l’hérésie, comme proclama- “tion de l’athéisme politique.

“ Mais ce qui nous étonne et nous affiige le plus, “c'est l’opiniâtreté avec laquelle on cherche à faire ‘“ renaître une vieille opinion des anciens temps conçue “au milieu de l'anarchie et de la confusion qui régnaient “ sur l’Europe, opinion qui a constamment été repoussée ‘“ par le clergé français et qui était tombée dans l'oubli “complet. Cette opinion est que l'autorité du souve- “ rain reste sujette au pouvoir spirituel, «uw point même “ de libérer leurs sujets du serment d'allégeance. “ En conséquence, Nous, cardinaux, archevêques et

évêques soussignés, déclarons que nous devons à la France, au divin ministère qui nous a été confié et aux vrais intérêts de la religion dans les divers centres chrétiens, de proclamer que nous répudions les qualificatifs qui ont été employés pour ternir et déshonorer les maximes et la mémoire de nos prédécesseurs dans l'épiscopat, et que nous conservons inviolables les ‘ doctrines qu’ils nous ont transmises sur les droits des souverains et leur indépendance complète et absolue dans l’ordre temporel de tout pouvoir ecclésiastique direct ou indirect.”

Malgré ces protestations l’école ultramontaine continuait son œuvre, les jésuites s’assuraient la prépondérance et persistaient dans leur guerre contre les idées libérales. En France ils avaient obtenu le comble de leur pouvoir sous le pontiticat de Pie IX, lorsque Louis Veuillot était leur porte-parole. La France se trouvant en état de légitime défense, et obligée de se sauver de l’absolutisme et de la domination ecclésiastique, expulsa encore une fois les jésuites. Cette mesure, qui a fait tant de bruit à l'époque et qui a été audacieusement exploitée au Cana la, avait peut-être le tort d’être trop générale, mais il fallait évidemment une décision virile, sans quoi le sort des institutions républicaines et démocratiques était réglé.

Montalembert, Mgr Dupanloup et tous les catholiques éclairés et libéraux, avaient été dénoncés comme pires que des infidèles. Veuillot, le plus violent, le plus brutal et le plus fanatique écrivain des temps modernes, celui qui dénonçait et attaquait tout le progrès scientifique, était proclamé par les jésuites le seul vrai propagateur des idées chrétiennes.

Dans le but d'arriver à la diffusion de leurs idées en dehors du cercle de leurs propres élèves et d'atteindre la population en général, les jésuites créèrent une prétendue société ou association de discussion destinée, sous le nom de l'Union catholique, à ‘enrôler tous les Jeunes gens professant les vrais principes catholiques.

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Tout jeune garçon sachant lire et écrire était sollicité d'entrer dans la société, et pendant des mois et des années on rencontrait des jésuites pénétrant partout, dans les bureaux comme dans les magasins, pour racoler des membres pour cette société, qui, naturellement, prit bientôt de grandes proportions. Lorsqu'elle fut incorporée, chacun des membres devint un travailleur dévoué dans les intérêts de la société et des jésuites qui la dirigeaient, Un jésuite était président et assistait à toutes les séances ; la discussion n'était permise que

sur des sujets qui avaient été préalablement soumis, les arguments qui devaient être employés sur les points à débattre étaient à l'avance communiqués et examinés, de façon à ce que l'orthodoxie fut toujours triomphante. Enfin, un journal, le VNouveau Monde, fut fondé pour défendre les vues de la société. Cet organe, sur lequel les jésuites avaient naturellement mis la main, se lança dans une guerre incessante et impitoyable contre tout ce qui portait le nom de libéral ou gallican. C’est peu après l'éclosion de cette combinaison que l’Znstitut Canadien fut excommunié. L'affaire Guibord, dont nous parlons autre part, acheva la destruction de la meilleure bibliothèque et de ia plus utile institution littéraire française qui ait jamais existé à Montréal

Ses membres, tous Canadiens-français, presqu'exclusivement, furent ostracisés et menacés d’excommunication Ils furent mis au ban de leurs familles, et finalement obligés de céder et de se soumettre, en apparence du moins, à ce despotisme tyrannique.

Le clergé suivit dans toute la Province la même ligne de conduite et se fit le serviteur fidèle, sinon l'avocat enthousiaste, de ce programme. Tous les membres des professions libérales furent obligés de courker la tête et d'entrer dans les rangs de ce nouveau parti, sous peine de perdre leurs moyens de subsistance. Les sermons les plus violents furent prononcés partout contre les idées libérales jusqu'à ce que le peuple fût convaincu que la religion et les principes politiques libéraux étaient choses irréconciliables.

Pour se faire une idée de la violence de la lutte entreprise par les amis des jésuites entièrement fanatisés par la propagande ultramontaine, nous croyons curieux de reproduire ici un article paru en 1872, lorsque dans la ville de Trois-Rivières, foyer de la campagne antigallicane, anti-moderne et anti-libérale, la famille Désilets prit possession du Journal des Trois-Rivières pour exorciser à son aise tous les adversaires du fameux programme, Cet écrit qui fit beancoup de bruit à l’époque, traduit sous une forme biblique les insolentes prétentions de la clique laïque qui avait entrepris de réformer à son gré et à son bénéfice la religion et les esprits catholiques dans la province de Québec.

Voici le texte de cet article maintenant introuvable et intitulé : Première épitre d'Abimeluch aux Trifluviens.

Les pseudonymes sont assez transparents pour que les hommes qui ont suivi la politique de ces vingt dernières années, puissent immédiatement reconnaître les personnages qu'ils couvrent.

Première épitre d'Abimelueh aux Trifuviens

En ce temps-là, l'esprit de ténèbres avait envahi tout le pays de Jonathan et une grande partie du pays de Stadaconé et d'Hochelaga, il ne restait plus qu’un petit groupe autour de la ville des Trifluviens. Dieu résolut de se venger de son peuple ;: il fit éclater les guerres, la peste, la famine et beaucoup de fléaux. Une grande noirceur de trois Jours couvrit toute la vallée du Saint Laurent, beaucoup périrent, mais le peuple endurci ne se repentit pas. Faites pénitence, criait le prophète Magloire ; si vous ne faites pénitence, répétait Masson, le magicien, vous périrez tous ; maïs le peuple restait sourd ; on refusait de reconnaître la voix de Dieu dans ce châtiment.

Toutes sortes d'erreurs avait pris racine dans ces

cœurs endurcis, l'aveuglement était à son comble ; les grands de la terre, les ministres, les docteurs de la loi, le peuple même, adoptaient des doctrines impies et subversives qui flattaient leurs passions et leurs goûts ; le haut clergé lui-même se laissait entraîner dans ce gouffre où tout devait infailliblement s’engloutir ; les erreurs les plus grossières et les plus immorales faisaient partout loi; l'anti-programmisme, le gallicanisme, le progressivisme. le modérantisme, étaient à l’ordre du jour. Le nombre des vrais croyants était devenu si petit, qu'il était àcraindre que Dieu se repentant d'avoir créé l’homme n’anéantit son œuvre. Cependant en co” dération des quelques fidèles du district trifluvien, il fit une dernière tentative.

Alors vivait sur les bords du Saint-Laurent, dans un modeste hameau du village du Cap de la Madeleine, le Saint homme Luc, un vrai chrétien selon le cœur de Dieu, doux de cœur et d'esprit: il avait été purifié au contact des plus rudes épreuves, comme autrefois le saint homme Job ; toute sorte de maladies morales, physiques et mentales, avaient tour à tour miné cette organisation délicate sans jamais ébranler sa foi.

Dieu lui envoya son ange pendant son sommeil. Tout à coup sa chambre fut remplie de lumière ; l'ange du Seigneur lui cria: Luc ! Luc! Luc! ubi es tu ? mais Luc n'entendit pas; alors, l'ange frappant Luc au côté, le réveilla et lui dit: O Luc, tu es Luc et per te Lux erit ; Dieu t'a choisi pour éclairer son peuple; Luc dit :—Vous honorez fidèlement ceux qui vous aiment, Seigneur ; vous leur donnez une grande puissance. — Lève-toi promptement, reprit l'ange, et suis-moi.

Laisse là ta houlette Et ton troupeau, Mets ta casquette Et tes bottes,

Tes culottes

Et ton capot (sic.}

Luc suivit l’ange, traversant rapidement les monta- vrai gnes, passant par-dessus les collines, semblable à un ce v chevreuil et au faon d’une biche ; arrivé dans la ville, on f l'ange lui montra une porte et disparut. Luc entra ; croit au même instant, toute l'assemblée, qui était réunie là r'a1sc dans la prière, s'inclina, disant : hic est Luc et lux erit. cette Là étaient rassemblés Gédéon, fils de Désilets, Alfred, ne P fils du même, Magloire, de la tribu de Maclaude, Phi- que

lippe, appelé Masson et surnommé le magicien ; tous étaient revêtus de robes blanches, tenant des palmes à la main, Luce élcvant la voix lui dit : le Seigneur m'a parlé par son 2nge, 11 n'a confié la mission de regénérer son peupie, Alleluia : les serviteurs de Dieu s'inclinèrent de nouveau disant : nous seconderons tes efforts, O Luc, Alleluia ! alleluia ! !

Alors Luc reprit: j'ai trouvé Gédéon et Alfred mes serviteurs, Je les ai oints de mon huile, ma plume les secondera, mon onction les fortifiera ; laissez là dossiers et bouquins ; celui qui ne prend sa plume et ne me suit, n'est pas digne de moi. II faut que chacun soit à son poste, veillant le jour et la nuit, car l'ennemi est nombreux et hardi, défiez-vous de ses ruses. Il ny à rien de caché qui ne doive être révélé, rien de secret qui ne doive être connu. Dites en plein jour ce que je vous dis dans les ténèbres et prêchez sur les toits ce qui vous auru été dit à l’orcille. Ne craignez pas les méchants, l'esprit qui me fortifie vous accoinpagnera. Au lieu du flambeau qui éciaire, prenez la torche qui brûle, combattez avec force par tous les moyens ces doctrines impies, qui ont nom gallicanisme, anti-programmisme, progressivisme ; défendez la propriété contre les usurpateurs qui veulent s'emparer de tout au nom de la majorité ; dites à la vapeur : tu n’iras pas plus loin.

regardez de tous côtés ces masses de fumée qui tour-

wunent dans l'air, ces machines compliquées inven-

s par l'esprit du mal ; le culte de la matière sous le non de progrès resserre tous les jours les rangs des -

vrais disciples de l'Evangile ; chacun veut se partager ce vil métal que l’on appelle or, et pour se le procurer, on fouille jusque dans les entrailles de la terre ; chacun croit voir briller en lui une lumière qu'ils appellent raison ; faisons luire la vraie lumière, disons-leur que cette raison doit nous être soumise, qu’elle doit, pour ne pas les conduire dans l'erreur, s’allumer à la lumière qui vous a été léguée d'en haut.

J'ai signalé à votre vindicte ces hommes éhontés, qui ont nom Cauchon, Gérin, David, Turcotte, Emile Rousseau ; ces ministres de l'Evangile qui font cause commune avec l'erreur ; cette Université-Laval, ce repaire où prennent naissance le modérantisme et le tolérantisme. Ainsi parla Luc, et sa figure était illuminée et ravie dans l’extase. Puis interrogeant ses disriples, il leur demanda : Qui dites-vous que je suis ? Masson, dit le magicien, s'étant levé, dit: les uns disent que vous n'êtes pas prophète, d'autres que vous n'êtes que Luc. Magloire, de la tribu Maclaude, prenant la parole dit : “ Vous êtes Luce, fils de Désilets, pasteur des âmes du cap de la Madeleine, la lumière du Très Haut est en vous ; la timide colombe du cap de la Madeleine anéantira les voraces corbeaux du cap Diamant. — Vous êtes heureux, Magloire, d'avoir cru en moi; beaucoup de péchés vous seront souvent remis ; réjouissez-vous, faites éclater votre joie, car une orande récompense vous est préparée dans le comté de St-Maurice.

Alfred, fils de Désilets, se levant : “ O Luc, dit-il ! l'esprit du bien qui t’anime me fortifie et me donne le courage de surmonter les plus grands périls ; J'ai été éprouvé comme l'or dans la fournaise, tanquem

“aurum in fornace ; j'ai été sacrifié comme une vic-

time en holocauste. J’ai cru aller chez les miens et ils ne m'ont pas reçu ; jai voulu faire entendre les conseils de la sagesse et ils m'ont repoussé ; mais, armé de la force, je briserai tous les obstacles, les portes s’ouvriront devant moi et la lumière paraîtra, le juste

brillera comme les étincelles qui consument les roseaux.” “ Et moi, dit Gédéon, fils du même, je prendrai la hardiesse pour cuirasse, pour casque mon infaillible jugement et pour bouclier mon frère Luc. ”

Alors Luc, levant les yeux, dit: “ Comme rien d'impur et de souillé ne doit trouver place parmi nous, il faut que chacun fasse l’aveu de ses faute. Quant à à vous, Gédéon, fils de Désilets, et Alfred, fils du même, votre passé m'est connu, mais j'ignore celui de Magloire.

A cette question inattendue, Magloire, de la tribu de Maclaude, balbutia quelques mots presque inintelligibles. J'ai souvenance que près d'un fleuve passant

. le désir .... l'occasion . . .. puis se reprenant avec fermeté : “ O Lue! mon maitre, je fus purifié dans les eaux de la Gatineau. ”

Luc reprit : “ Alons, frère Magloire, rappelez-vous ce temps où après avoir été baptisé dans les eaux de la Gatineau, vous avez soutenu de grands combats au milieu de beaucoup de déceptions, vous avez vu vos subsides enlevés, vos espérances déçues, mais ne perdez pas confiance, votre récompense n'est pas de ce monde.”

Et Luc, se tournant du côté de son disciple Philippe, appelé Masson, surnommé le magicien, lui dit: ‘Ki quelqu'un veut venir avec moi, qu'il se renonce luimême, qu'il partage notre fardeau, et qu'il nous suive ; celui qui voudra sauver son salaire le perdra, et celui qui perdra son salaire pour l'amour de moi, le retrouvera dans le royaume des cieux. Mon très cher Philippe, je t'en conjure, ne nous abandonne pas ; tu demandes un salaire, mais ne sais-tu pas que la rémunération te ferait perdre le mérite de tes œuvres : l’homme ne vit pas seulement de pain; d’ailleurs, la propriété du Journal des Trois-Rivières nous appartient, et la propriété est chose sacrée. Croirais-tu donc que la propriété c’est le vol? Mon frère Alfred ne veut pas donner de salaire ; Gédéon et moi ne pouvons

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en conscience forcer sa volonté, il n'y a rien de légal et de juste sans consentement unanime ; tu devrais mieux me comprendre, tu me parais faible sur les points de doctrine.”

Masson, se penchant vers Magloire :

Je crains bien qu’un jour Gédéon,

Je.te le dis tout bas,

Ne me fasse faire un plongeon,

Mais n’anticipons pas.

C’en est déjà fait, dit Magloire, (Haut) On t’a chipé tu peux m'en croire.

Gédéon, fils de Désilets, que son expérience consommée désignait pour le commandement, se lévant de nouveau, dit: “Que vos reins soient ceints et vos: lampes allumées dans vos mains ; prenez vos cymbales, vos lanternes, vos chaudières et vos bouquins : l'heure: est arrivée.” Puis il prépara l'attaque, distribua des trompettes, des torches, enfermées dans de grands vases de terre. Le bouillant Alfred prit ses bouquins.

Au signal donné, tous brisèrent leurs vases, sonnèrent leurs trompettes, chaudièr es et grelots en criant : “ Le glaive de Gédéon !”

Alors, Pierre, le notaire de la tribut des Désilets, entendant ce grand bruit, croyant son bien-aimé Gédéon en danger, décrocha sa vaillante épée et acconrut ; près de la porte, arrivait Gérin, l’anti-programmiste, de la race des Madianites, l'ennemi de sa race ; Picrre, devant cet ennemi redoutable n’hésita pas, il brandit son épée et la fit vibrer avec dextérité près de l'orcille de Gérin qui lui cria d’une voix de stentor : “ Petit Pierre, mets ton épée dans le fourreau !”

ABIMÉLUCH,

Puys des Madianites, 25 mars 1872.

Les jésuites, avec toute cette influence, offrirent leur appui aux pouvoirs politiques de l’époque, il fut natu-

rellement accepté sans même que les conditions fussent discutées. En dehors des menaces, ils savaient offrir à un jeune homme, si indépendant qu'il fût, des séductions presque irrésistibles. Tout individu, si incapable qu'il pût être, qui se soumettait passive.ent à leur influence et consentait à devenir leur serviteur, était porté aux nues et déclaré un législateur inné. Avec l'influence que possédait la société sur toute la population, il était facile de trouver des circonscriptions toutes prêtes à accepter ses favoris, et de suite chaque curé devenait un cabaleur dans la chaire et au confessionnal. Le contrôle de l’ordre sur les familles était illimité. Toutes les fois qu'une riche héritière était à placer, ils avaient immédiatement parmi leurs élèves un sujet à offrir pour assurer la félicité des deux parties. C’est ainsi qu'ils s’assuraient pour toujours la cratitude de l’heureux couple et la garantie pour l’avenir d'un appui encore plus effectif.

Les jésuites publièrent en même temps ce fameux pamphlet intitulé Lu source du nul dont l'objet et le résultat fut d'obtenir le vote unanime et servile des représentants de la Province de Québec pour le succès des plans des jésuites, et l'on conçoit facilement, qu'appuyé sur le vote solide de soixante- -cinq membres canadiens dans les Communes, n'importe quel homme poli- “ique, d'intelligence même médiocre, pouvait diriger les destinées et la lég islation de la Puissance du Canada.

Lorsque Sir Georges Cartier s'aperçut qu'il était temps pour lui de résister à ce pouvoir dictatorial, il S'opposa aux désirs de l’évêque Bourget, relativement au démembrement de la paroisse de Montréal ; tout le système fut violemment ébranlé, mais les jésuites se gardèrent bien de céder et organisèrent la lutte pour annihiler cet intrus. Le fait est qu’en sous-main ils employèrent contre lui toutes les armes dont ils purent disposer, même celles du libéralisme, et que l'échec électoral qui termina la carrière politique et l'existence de ce puissant homme d'Etat leur fut dû dans une large mesure.

Si nous étudions l'influence des jésuites sur l’éducution élémentaire de la population, nous trouvons les mêmes résultats désastreux. Jusqu'à leur arrivée dans ce pays nous avions des écoles et ‘es collèges libres, professant des doctrines comparativement libérales ; nos paroisses étaient sous la direction d’un clergé entiérement national, pactisant dans ses sentiments avec le peuple et désireux de lui assurer les avantages d'une bonne éducation substantielle : les prêtres des paroisses étaient bien élevés, avaient les moyens de vivre convenablement, étaient, en général, indépendants et ne craisnaient pas d'exprimer leur opinion à leur évêque. 11 y avait là une sérieuse difficulté à surmonter, mais l'évêque Bourget, inspiré par les jésuites, sugoéra un systeme très élémentaire : les paroisses furent subdivisées. Tout prêtre qui offrait les moindres signes d'indépendance, était immédiatement déplacé et privé de sa subsistance : chaque subdivision des paroisses appauvrissant naturellement le curé qui dépendait de leurs revenus pour son existence. Le curé devenait par suite entièrement esclave de la volonté de l'évêque. Les paroissiens, les habitants furent appelés à construire à grands frais de nouvelles églises pour lesquelles le clergé avait le droit de percevoir des taxes directes sur les biens fonds de la paroisse. Les plans devaient être soumis à l’évêque et l’on imposa à la classe la plus pauvre de la population des bâtisses absolument extravagantes.

Lorsque les portions démembrées des vieilles paroisses eurent bâti ces églises grandioses, les autorités ecclésiastiques condamnèrent immédiatement comme insuffisantes et non appropriées les églises qui restaient sur les anciennes portions de paroisses. Bien que la majorité des paroissiens ‘ou des franc tenanciers, eût uominalement le pouvoir de décider de l'opportunité de construire une nouvelle église, du moment où le prêtre avait proclamé, sur l’avis de l’évêque, la nécessité d'en ériger une, ils recevaient l’ordre formel de décider

une nouvelle construction, N'ils s'y refusaient, comme la chose est arrivée dans plusieurs paroisses, il s'en suivait immédiatement une excommunication générale avec défense de célébrer aucun baptême, ni mariage, ni enterrement, suivant les rites de l’église. Tout le monde peut comprendre, que, dans notre population, cette seule menace amenait immédiatement l’obéissance : les femmes et les enfants auraient pleuré jusqu’au jour où leur père ou leur mari auraient enfin fait sa soumission.

Les évêques ou les prêtres qui exercent de tels pouvoirs sont en vertu de nos lois justitiables des tribunaux et peuvent être enjoints de renoncer à de telles méthodes. Mais ces lois ont été proclamées gallicanes, hérétiques et violatrices des droits, privilèges et immunités de l'Eglise, c'est ce qui explique les etforts suprêmes tentés dans l'affaire Guibord et l'explosion de colère qu'a provoquée le jugement du Conseil Privé; mais, pour affirmer leur pouvoir, ils ont forcé la main à la législature de Québec et fait passer une loi, en vertu de laquelle, le curé de chaque paroisse à le pouvoir exclusif et absolu de décider si une personne à droit à l'enterrement chrétien dans le cimetière, et cet acte fut adopté unanimement par une législature terrorisée. Nous voyons maintenant le pays couvert d églises aux magnifiques proportions architecturales qui indiquent une immense richesse de la part de ceux qui ont contribué à leur érection, mais qui, maïheureusement aussi, ne prouvent que trop notre pauvreté et notre dépendence. Des milliers de nos braves coupatriotes ont dû s’exiler dans la république voisine pour échapper aux taxes énormes qui sont la conséquence de ces extravagances. Voici l'œuvre accomplie par les jésuites dans la Province de Québec et cet œuvre s’est traduite dans la société par la création de l'être dont voici le portrait :

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