LE CANTOR
Si par hasard, la nuit, dans les carrefours mornes, Fouillant du croc l’ordure où dort plus d’ur secret, Un chiffonnier trouvait cette âme au coin des [1 la déduignerait. [bornes,
On cherchernit en vain dans les naturalistes même les plus récents, une description de notre castor. Cette espèce n'était connue mi de Buffon, ni de Cuvier, ni de Lacépède. Et, chose étrange, le Jardin Zoologique, placé cependant sous une direction si intelligente, riche en singes et en léopards, n'a pas un seul échantillon, ni vivant, ni empaillé, ni fossile, de ce singulier produit de la création.
Il y avait donc là, duns la science, une lacune capitale à combler. Devenus spécialistes par une étude faite depuis plus de dix ans de ce curieux bipède, nous allons donner ici tous les caractères généraux qui constituent sa nature, et ceux qui le distinguent des autres mammifères de ce genre répandus dans les deux mondes. Seulement, nous ne croyons pas céder à une prétention trop vaniteuse en réclamant la priorité pour ce travail.
Le castor naît de père et de mère à la façon de nous tous ; et la nature lui à donné, quand il vient au inonde, comme à tous les homumes, le visage droit, placé du côté de la poitrine, pouvant regarder en haut, 08 sublime dedit, et les pieds tournés dans la même direction. Mais par une déviation inexplicable d’après toutes les lois physiologiques connues, déviation qui a lieu surtout dans notre jeune Canada, quand le castor a dépassé l'adolescence, on voit imperceptiblement son cou se retourner sur l’une des épaules et son visage se tixer dans l’aplomb de l’épine dorsale, sans qu'il ait
jamais le moindre désir de voir et de marcher devant lui, comme tous les bipèdes. Car à mesure que la tête se retourne en arrière, le mouvement des pieds s'opere dans le même sens, et cet organe capital de locomotion remplace le talon de l’homme, de maniere à lui permettre d'aller perpétuellement en arriere avec une facilité merveilleuse.
C’est là le caractère physique d'une incroyable bizarrerie, qui constitue la nature des castors : regarder derrière soi, marcher derrière sol.
Cette déviation anormale du corps répond à une déviation intellectuelle. L'autopsie de quelques individus à montré dans le crâne un phénomène singulier. Il y à un lobe du cerveau, chez le castor, où l'opération de la raison, comme celle des pieds et du visage se fait au rebours des autres cerveaux humains. Les choses se voient là autrement que nous les voyons. La ligne droite parait une courbe, Fhnmobilite est prise pour le mouvement et la partie constitue le tout. On peut citer le crâne d'un individu célèbre, Joserh de Maistre, où ee lobe était très remarquable, et nous recommandons aux anatomistes curieux de pareilles difformités le crâne de Louis Veuillot où se voyait à l'œil nu cette monstruosité intéressante.
Ajoutons ce trait caractéristique que tous les individus de espèce, bien loin d'éprouver une souffrance de cet état exceptionnel, au milieu de notre civilisation moderne, en ont une satisfaction incroyable, et s'en vantent avec orgueil. Jamais ils ne se blessent qu'on leur présente le miroir st ils se tiennent, dans leur estime, pour les créatures de Dieu les pius perfectionnées. Bien différents des tardigrades auxquels on penserait qu'ils devraient appartenir, ils ont une ardeur fébrile dans leurs mouvements en arrière. Ce sont les moins paresseux de toutes les espèces vivantes, Plus ils reculent loin en toutes choses, plus il leur semble qu'ils font progresser le vrai et le bien sur la terre. Etrange dans son attitude et dans sa marche,