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car il se tient toujours la tête et les yeux baïissés, marmottant quelques oraisons, le castor ne l’est pas moins dans son accoutrement. Les uns sont de robe lon:ue, les autres de robe courte. Les premiers affectionnent des boucles d’or ou d'argent sur leurs chaussures. C’est un caractère jugé par eux de grande vénérabilité. Et il faut aue leur re aille touchant sur leurs talons. Les assemblées où les castors étaient en majorité ont daigné se mêler de cela et l'ont consacré pour que rien ne change : à l'avenir. Au siècle dernier, ils engluaient de pommaile leur chevelure et la couvrarent de “poudre. Ce n’est qu'avec désespoir, et pour ne pas être suivis des gamins ‘dans la rue, qu'ils ont renoncé à ce procédé innocent de paraître respectables, mais 1ls entendent bien que ce soit là le dernier sacrifice fait à la civilisation. Un grand nombre d'autres ont un penchant particulier pour là vie de elaustration ; c'est pour cela qu'on les appelle moines-—toutefois avee l'idée de hanter perpé ‘tuellement les salons du monde et de les diriger à leur guise.
Par humilité, et en raison de la pauvreté qu'ils prétendent pratiquer, ils ne portent ni boucles d'or ni boucles d'argent. Quelques- uns ne portent même pas de souliers. Mais ils dominent ceux qui tiennent encore à ces frivolités, et ils se croient d'une espèce bien supérieure à ceux qui portent des boucles d’or.
Le castor de robe courte shabhille comme le commun des mortels, Ceux. £'assujettissent d'habitude au fardeau moins parfait de la vie de famille. Ils se résignent à mnitiplier l'espèce. Autrefois Île castor de robe court: :tait appelé par les "“hants, congréganiste et jésuite ; on l'appelle A ee cléècal. I doit, pour être partait, parcourir tous les jours un journal fort mal agencé contenant des légendes folles dont il fait ses délices: c'est le bréviaire des laïques. Il a de plus pour mission ennuyÿeuse de remplir lu nef du Gésu les jours, où, monté su’ ses échasses oratoires, le révérend Père liend: iclis, ou autre, prêche
des conférences ; il gagne là de grandes indulgences. | Enfin, pour ravir le paradis qui souffre violence, il | doit être l’abonné fidèle de la Vérité et quêter auprès des pieuses servantes pour le denier de Saint-Pierre.
Analvsons maintenant en traits rapides les plus remarquables variétés de l'espèce : |
Variété A. C’est le castor polémiste. Sa grande horreur c’est la liberté de la presse, surtout la liberté de conscience. Ces deux vilaines choses constituent pour lui la révolution. Et la révolution est vieille dans le monde, elle date du jour où Satan fit briller la pomme aux regards d'Eve.
C'est ainsi que dans la littérature casterienne on écrit l’histoire de l’humanité. Le castor de cette catégorie adore la liberté, mais une liberté toute particulière et de sa façon “ la liberté du bien.” Aussi il veut des substituts, organes du parquet, pour happer au collet ceux qui, en paroles ou en écrits, veulent ou se permettent “la liberté du mal” L'idée fixe de ce bipède qui fait des livres, barhouïille des journaux, ou débite des sermons, c'est de contraindre les hommes par la force à adorer Dieu. Dieu a fait les hommes libres et les supporte tels... Même quand ils l’offensent, il ne les frappe pas: il les attend à leur conscience. Le castor est convaincu qu'en cela Dieu se trompe, il ne doit y avoir sur la terre qu'un seul culte. Tous les autres, digres de l'enfer après cette vie, doivent être prohibés par la loi, extirpés par le fer et par les bûchers.
Les jésuites de la Civitta Cattolica qui fournissent beaucoup d'échantillons pour nos variétés, écrivent dans leur splendide revue “ que le péché doit être puni “ par les magistrats comme un délit.” Leur idéal c'est le juge condamnant à l'amende et à la prison les infractions aux lois de l'église.
Variété B. Le castor fétichiste forme cette intéressante variété. Nos échantillons sont innombrables. Le grand fétiche c’est le vénérable Pie IX. La sainteté de notre seigneur le pape, comme disent les pieux
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romains, est l'objectif de leur adoration. L'un (un passionniste, le P. Faber) met la dévotion au pape “au rang du culte eucharistique. 7” L'autre (Louis Veuillot) nous à dit que “le pape c’est toute l’ Eglise” l'autre ‘ ‘que le pape est l’homme qui porte la pensée de Dieu.” C'est le thème des jésuites de la Civitta: quand le pape pense, c'est Dieu qui pense en lui. Quando egli medita Dio che pensa in lui.”
Elle est raide, celle-là! Un monsignor français, M. l'ebbé de Ségur, laissa loin derrière lui ces timides assertions. Il vint nous dire sans broncher, à propos du pape dans l'Eglise, que “ c'est la partie qui est le tout. ”
Voilà donc ce vénéré pontife changé en grand Lama. Ce n'est rien moins pour nos castors qu’une incarnation de Dieu. ‘Il n’y à plus qu'un évêque pour tout :e catholicisme, le pape. Et l'abbé Courbalot un
dx fougueux de l’école, a dit, de sa plus haute voix, dan: la chaire de Saint-Sulpice à à Paris : “ Les évêques sont les enfants de “ chœur du pape.
Variété C. Le castor inquisiteur. L'abbé Morel, un des personnages de l'Univers, représentait splendidement cette variété. Pour lui l’inquisition est l’institution par excellence. Avec de grands inquisiteurs, on peut répondre de l’ordre dans la société civile et religies:se “ L’inquisition c'est la perle du droit canon.”
lie # illustré des papes qui l'ont chaudement propage #6 jusqu'à des conciles pour lesquels cette met! expéditive de convertir les incroyants a paru merveiliense, “ L'inquisition est l'œuvre des siècles “ de foi.” Malheureusement “ nous ne somines pas “ dignes de l’inquisition ” et il faut attendre nour l’humanité de meilleurs jours.
Variété D. Le castor ignorantin. (Celui-là est ni Sen que toutes les misères de ce monde viennent 2 la détestable habitude que les hommes ont prise de he a :% ‘écrire. Si le livre n'existait pas, si notre svisuce 6. it au niveau de celle des Iroquois, nous
serions tous des saints. C'est “4 brute polytechnique” (le mot est de M. Veuillot) qui nous mène à l'athéisme. ‘“ Elle sonde, dit-il, les œuvres de Dieu, “maïs elle ne voit pas l’ouvrier. ” Quand serons-nous donc débarrassés de {a brute polytechnique ?
Toute la théorie de cette variété bizarre de castors a été résumée par l’un d'eux dans l’aphorisme suivant destiné à convertir au catholicisme toutes les académies : “ La science ne fait que donner plus de forces et fournir plus de ressources à la perversité. 7 Argument irrésistible pour foudroyer la Hbre pensée,
Variété E. Le castor adimirateur du laid. Pour celui-ci, le beau c'est ce qui est contre nature, ce qui est difforme, sans grâce ‘ans art. La vue du beau est une sensualité coupable représentation un acte de péché. Le bipède de ec':e variété ne trouve de statues tolérables que cells des longs et grossiers personsages qui décorent quelques portails de nos vieilles églises du moven âge. Il regarde comme des œuvres barbares les merveilleuses statues orecques conservées dans nos niusées, et tout ce qui est sorti du ciseau des grands artistes de la Renaissance,
Il pense en littérature comme en fait d'art. “ Le latin du bréviaire romain, a dit en pleine chaire le retardataire Courbalot, le latin du missel romain, Île latin de la liturgie romaine est bien supérieur à celui de Cicéron et de Tacite.”
Nous devons au même, cette précieuse découverte, si conforme à la vérité de l'histoire, que “ l'Eglise à créé “ Ja langue latine.”
Telles sont les principales variétés de lespèce que nous avons essayé de décrire. IT ne reste plus que quelques mots à ajouter sur ses mœurs ec sur ses habitudes. *
ves bipèdes fréquentent de préférence les rues les plus retirées, les plus sombres, les moins aérées des villes. Quelques-uns ne tiennent nullement à la propreté sur eux-mêmes et dans leurs maisons. En cela ils
agissent par principes. L'un de leurs plus fameux législateurs a découvert que “ie corps humain est fait « de saleté ;” que ce qui énerve et tue ce stupide corps ‘ c'est de se vautrer dans toutes les propretés imagi- ‘ nables ;” que les amants “de la propreté sont faibles.” Fier de ces grandes idées, il en est venu à proxulguer cette vérité” politique qui jette tant de lumière sur Phumanité : “ L'empire appartient aux malpropres.”
Voilà comment ce retardataire grincheux éprouvait pour les boues de Rome une attracticn si douce et tant de répulsion pour l’asphalte parisien. On le voyait avec son épaisse chevelure, sa redinsote poudreuse, parcourir dans un dédain superbe la cité reine de la civilisation, en lui jetant son anathème: Ville de propreté, Je te mé “he ise |
Enfin la grande espérance, l'objectif ardemment poursuivi par este race étrange, au sein des sociétés modernes, est d'amener l’homime à n'avoir qu'un seul roi et maître disposant des âmes et des corps, le pape reconnu comme l'incarnation de Dieu sur la terre, faisant courber devant lui toute tête, toute intelligence, toute raison, toute volonté, pasteur unique de limmense troupeau humain, distribuant largement le lait et la laine aux gardiens dont il voudrait bien se servir pour conduire ses brebis dociles aux pâturages et les ramener aux huttes grossières où il les tiendrait parquées. Plus le troupe: au serait ignorant, plus il serait gouvernable : moins ils ‘adonnerait à la propreté, plus il serait fort et puissant. Bien surveillé et bâtonné au besoin, jeté à l'occurence dans les basses fosses du saint office, brûlé sous le San Benito s'il s'avisait jamais de penser autrement que le pape, il accomplirait de la sorte sa loi de perfectionnement sur la terre, jusqu’à l'heure où il recevrait sa belle récompense d’une vie employée si humblement et si bien comprise.”